Pourquoi Henry Cavill, le Superman de Zack Snyder, est un mauvais Superman ? [En vert et contre tous n°6]

Pourquoi Henry Cavill, le Superman de Zack Snyder, n’est pas un bon Superman ? [En vert et contre tous n°6]

Les rumeurs de départ d’Henry Cavill de la franchise cinématique DC rajoutent encore un peu plus de confusion sur la cohérence de cet univers. Mais finalement, il n’y a pas à regretter le changement d’acteur sur Superman puisque Superman n’a finalement jamais existé dans ces films !
■par Doop

 

Pourquoi Henry Cavill, le Superman de Zack Snyder, n’est pas un bon Superman ? [En vert et contre tous n°6]
visuel de promotion pour Man of Steel (image © Warner Bros)

Commençons par mettre les choses au clair le plus rapidement possible : je me fous royalement du sempiternel débat « les films Marvel sont mieux que ceux de DC ». Je ne tiens en aucun cas à entrer dans cette danse. Il y a des films Marvel que j’ai trouvé tout pourris (Dr Strange, Iron Man 3), ratés ou chiants (Black Panther – même si cela doit faire dresser les cheveux sur la tête de certains – ou Ant Man 2) et des films estampillés DC Comics que j’ai trouvé plutôt bons…Euh…Attendez, il faut quand-même que je réfléchisse… Bon allez, Wonder Woman à la rigueur et uniquement pour la présence et le charme de Gal Gadot ! Ah oui, je précise aussi que je n’ai pas aimé les Batman de Christopher Nolan, à part peut-être le 1er. Alors que certains commenceront à mettre en cause mes goûts cinématographiques (ouais, le Joker de Heath Ledger était pas foufou, et je l’assume), je leur répondrai que c’est mon billet d’humeur et qu’il n’y a pas mort d’homme. Ce n’est que du cinéma et que du divertissement. Dépassionnons un peu les débats, un peu de mesure et de recul ne fait jamais de mal, surtout en ces temps numériques où le gris n’a plus sa place entre le blanc et le noir, sans compter les jugements tranchés sans explications. Tentons donc d’expliquer pourquoi Superman n’est jamais apparu dans ces films.

 

Pourquoi Henry Cavill, le Superman de Zack Snyder, n’est pas un bon Superman ? [En vert et contre tous n°6]
Christopher Reeve dans le rôle de Superman (image © Warner Bros)

Not my Superman !

Alors oui, je vois déjà venir les arguments du type : « de toute façon, chaque personne possède sa propre idée du personnage suivant qu’il a commencé les comics à telle ou telle époque, ce n’est pas parce que le Superman des films de Zack Snyder ne correspond pas à ta vision que c’est forcément mauvais ». Ce n’est pas faux, mais il y a quand même quelques nuances à apporter. Vous imaginez un film Astérix où les gaulois massacreraient les romains à grandes giclées de sang et où César violerait Falbala ? Certains diraient « oui, c’est une vision du personnage comme une autre ». Non.
Qu’on le veuille ou non, un personnage doit respecter un certain cahier des charges, sinon à ce moment-là, on peut en faire ce que l’on veut. Et quel est le fondement principal de Superman ? Ce qui le définit en tant que héros et le différencie des autres ? Si je vous parle d’un extraterrestre qui a quitté sa planète et s’est retrouvé sur Terre, vous pouvez me donner des dizaines de héros correspondant à cette description (Le Limier martien, Captain Marvel, Silver Surfer). En revanche, si je vous parle d’un être tout puissant, débarqué sur terre encore enfant et qui a été élevé par 2 fermiers du Kansas qui lui ont appris à être un humain compatissant avant d’être un dieu vengeur, il n’y a plus beaucoup de doute possible : il s’agit bien de Superman (je vous conseille d’ailleurs la lecture du livre Supergods de Grant Morrison qui étaye cette thèse). C’est en tout cas la version initiale, sur laquelle on peut broder, prendre éventuellement le contrepied, mais c’est avant tout ce qui définit notre héros : la compassion. Et c’est ce qui faisait que les 1ers films de Richard Donner (ou même celui de Bryan Singer) fonctionnent. Lorsque Christopher Reeve ou Brandon Routh arrivent en planant et vous regardent, on se dit que tout va bien, que Superman est là et qu’on est en sécurité. Il y a de la gentillesse dans ce personnage. Certains diront de la niaiserie mais je ne vais pas m’attarder là- dessus. Je les renvois juste au Superman de Joe Kelly (Action Comics #775, What’s so funny about Truth, Justice and American Way) pour qu’ils réalisent leur erreur de jugement. Et la gentillesse, la compassion, c’est justement tout ce qui manque au Superman de Henry Cavill.

 

Pourquoi Henry Cavill, le Superman de Zack Snyder, n’est pas un bon Superman ? [En vert et contre tous n°6]
Henry Cavill dans le rôle de Superman (image © Warner Bros)

Le Superman de Zack Snyder

Encore une fois, je vais rejeter les phrases du style « encore du Snyder-bashing » dans la mesure où je trouvais déjà Zack Snyder mauvais avant même qu’il ne touche aux super-héros (ceux qui me suivent sur le forum buzzcomics pourront le confirmer) donc pas de faux procès, je ne surfe pas sur une vague de haine et je n’ai absolument rien contre ce monsieur. C’est juste que je n’apprécie pas sa réalisation trop manichéenne à mon goût. Lorsque j’ai entendu certains se réjouir de son départ de Justice League pour des problèmes personnels, j’ai juste trouvé ça infâme. Point barre. En revanche, son Man of Steel et ses suites sont totalement foirées. Je ne reviens pas sur les compétences techniques et d’écriture de Zack Snyder (il a quand-même fait un bon film dans sa carrière, le royaume de Ga’Hoole), ce n’est pas ce qui nous intéresse ici.
Le problème de la vision de Snyder, c’est que sa fascination pour les dieux éclipse totalement le côté humain de Clark Kent. Sur les trois films, l’alter ego du héros est complètement mis de côté (de la même manière que Loïs d’ailleurs). Il n’y a quasiment aucune scène avec Clark Kent, alors que c’est justement ce qui définit avant tout Superman : sa volonté d’être humain. En oubliant ce côté pour ne laisser place qu’à la vision iconique du héros, Zack Snyder rate totalement le coche. Sincèrement, remplacez Superman dans Man Of Steel par un extraterrestre lambda, vous aurez exactement le même film à la scène près. Il n’y a rien qui ne différencie Superman d’un autre héros à pouvoirs dans ce film, aucune compassion, aucun sentiment de bienveillance qui émane d’Henry Cavill. C’est cette volonté de rendre noire une ambiance lumineuse, de tordre l’histoire pour la faire entrer dans le logiciel du réalisateur qui rend le film tout à fait bancal et désaxe le personnage. C’est à mon sens parce que le traitement de Diana est humain que le film Wonder Woman a fonctionné. De fait, le départ d’Henry Cavill et une redéfinition du personnage n’est peut-être pas une mauvaise chose. Après, il faudra aussi éviter de trop aller dans l’autre sens et de livrer une pantalonnade comme Justice League, où encore une fois Clark Kent Kent n’existe pas. S’il vous plaît, juste un peu d’humanité ! ■




A propos Doop 252 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.