Le sexe dans les comics [En vert et contre tous n°19]

Le sexe dans les comics est une très vieille histoire. Dès les années 40, William Moulton Marston se sert de Wonder Woman pour faire passer au nez et à la barbe de tous les lecteurs ses idées non-conventionnelles sur le couple et la domination. Comme pour tout média, on peut légitimement se questionner sur l’importance et l’utilité des scènes de sexe dans les comics. Véritable moyen de faire avancer l’intrigue ou tout simplement envie de proposer des histoires plus réalistes ? Il s’agit le plus souvent de créer un buzz misérable afin d’attirer l’attention sur une histoire médiocre. Qu’on ne s’y méprenne pas, je n’ai absolument rien contre le sexe dans les comics… du moment que c’est bien fait. Au pire, traitez-moi de vieux réac’ tout de suite et passez à autre chose !
■ par Doop

 

Batman White Knight (image © DC Comics)

 

Un moyen de répondre aux attentes du lectorat

Je comprends évidemment l’idée qu’une industrie censée faire des bénéfices propose en couverture ou en histoire des choses qui vont lui permettre d’augmenter ses chiffres de vente. On en pense ce qu’on en veut, mais lorsque l’on met une fille à moitié à poil sur une couverture, cette dernière vendra plus qu’une énième représentation iconique du héros. Harley Quinn est devenue célèbre depuis qu’on a proposé un personnage destroy et à moitié nu dans les jeux vidéos puis dans le film Suicide Squad. Et techniquement on ne peut rien y trouver à redire : cela a fonctionné. En revanche, lorsqu’on compare le personnage de départ avec sa version actuelle, il y a quand même de très grosses différences. Cela ne l’a pas rendu plus adulte pour autant d’ailleurs. La version de Dini nous montrait un personnage clairement fou, imprévisible et asexué. Son amour du Joker était intégral mais innocent, relevant du fantasme de la petite fille sur son maître d’école ou un acteur de cinéma, prête à tout pour lui plaire. Au pire, quelques allusions pouvaient être faites, mais cela n’allait pas plus loin. C’était extrêmement complexe quand on y réfléchit deux secondes et cela mettait en jeu plus de finesse et de subtilité qu’une Harley Quinn à poil, qui annonce la couleur dès la première image. Moi je préfère la suggestion à l’étalage. Mais bon, encore une fois, il n’y a rien à redire, Harley est devenue un personnage emblématique depuis qu’elle a troqué son costume d’arlequin pour des minishorts ras les bonbons et un maquillage de pute, perdant au passage de sa complexité. J’attends toujours les réflexions de ceux qui pensent que les années 90 étaient les pires années concernant l’image de la femme dans les comics.  Le sexe vend, mettons donc du sexe partout. Montrons des bat-zizis, des seins, des scènes à poil sans qu’il y ait un intérêt quelconque pour faire vendre. Au pire on pourra toujours se draper dans une censure artistique bienvenue si cela fait trop de bad buzz. Certains se réjouissent de la sortie d’un Batman White Knight de Sean Murphy où une scène de sexe entre le Joker et Harley, censurée au départ, est présente. Pourquoi ? Apporte-t-elle réellement une avancée dans le récit ? Qu’on ne vienne pas me parler d’intégrité artistique : c’est simplement un moyen d’attirer l’attention du lecteur sur un récit moyen et mal maîtrisé (et je l’assume).

 

Alias 1 (image © Marvel Comics)

 

Un moyen de faire avancer l’histoire

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Vous l’avez compris, le sexe pour le sexe n’est pas ma tasse de thé. En revanche, lorsque cela peut permettre de faire avancer un récit, de donner un éclairage complexe ou tout simplement d’ancrer sa série dans un principe de réalité, très bien. Un exemple très simple : Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples. Ce récit est parsemé de scènes de sexe en tout genre, à tel point que les versions numériques ont été censurées ! Et pourtant ce n’est pas gênant ici, dans la mesure où il s’agit d’un univers crée par les auteurs, avec ses propres codes. Dans cet univers le sexe est omniprésent, il fait partie du cahier des charges de la série et souvent il apporte quelque chose. Les dialogues entre les deux héros lors d’une scène, la découverte d’un autre aspect de la personnalité des héros peut aussi passer par ce biais. Je dirais quasiment la même chose sur la scène de sexe entre Jessica Jones et Luke Cage dans Alias 1, scène hautement polémique. Elle avait pourtant un intérêt au niveau du scénario. Tout d’abord dire au lecteur qu’on passait dans une autre dimension, plus réaliste mais aussi démontrer la déchéance de Jessica à ce moment-là. La série était labellisée MAX (donc adulte). Les dialogues accompagnant cette scène sont très forts, relisez-les. On est loin d’un moment gratuit pour faire saliver les lecteurs. D’ailleurs le dessinateur Michael Gaydos ne rend pas la chose sexy, loin de là. On est très très loin d’un bat-zizi en gros plan pour soi-disant montrer que l’on est dans une série adulte ou d’un Batman : White Knight qui montre des nichons parce que…. Ben… parce que… Mon billet d’humeur vous a plu ? Découvrez mes autres coups de cœur et coups de gueule !

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A propos Doop 231 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.