Le retour des auteurs ? [En Vert et Contre Tous n°31]

Je suis le 1er à me plaindre du fait que les artistes, les auteurs, ont laissé la place à des franchises dirigées par des éditeurs ou des producteurs n’ayant qu’une vision commerciale et mercantile du médium. Marvel en est d’ailleurs devenu l’un des principaux exemples en laissant les clefs de ses franchises à des auteurs et artistes peu connus et en empêchant toute idée originale par ses crossovers et ses ingérences tous les 6 mois. Et pourtant, les dernières annonces peuvent laisser envisager le retour des auteurs et des idées nouvelles
■ par Doop

 

 

Attention, n’y voyez pas de ton méprisant lorsque je parle d’auteurs peu connus. Après tout, il faut bien commencer un jour, mais ce que je reproche surtout, c’est que depuis le succès des films, ce sont les personnages qui ont pris les pas sur les histoires. On ne parle plus de tel ou tel numéro, mais de telle ou telle saga ou même de franchise. Ce genre de choses à tendance à me faire bondir ! On pourrait rétorquer que le personnage reste plus important que le reste, que c’est le plus identifiable et que c’est ce qui permet aux gens d’aller voir les films. Sur tous les spectateurs d’Avengers : Endgame, combien avaient lu Infinity Gauntlet ? Après tout, tout le monde possède désormais les « bases » de Captain America ou de Doctor Strange et je ne pense pas que le public se déplace pour aller voir Robert Downey Jr. Il se déplace à mon sens pour y voir Iron Man. C’est aussi pour cette raison que remplacer les acteurs ne posera, à mon sens, aucun problème pour le futur du MCU, mais c’est un autre débat. Disney est, quoi qu’on en pense, une compagnie qui a toujours privilégié la pérennité de ses personnages au détriment de ses artistes. Sur les millions de comics Disney vendus depuis les années 40, combien d’artistes maison se sont retrouvés sur le devant des projecteurs ? Carl Barks ? Don Rosa ? Peut-être, mais c’est quand même un phénomène assez récent. Il n’est donc pas étonnant de voir que Disney pratique exactement la même chose avec les comics Marvel. Des personnages importants issus du cinéma sont placés sur le devant de la scène, au détriment non seulement de ses auteurs, mais des idées. J’exagère un peu, il reste toujours quelques noms au sein de l’écurie Marvel, mais concrètement, qui peut me dire quel est le dessinateur actuel de Uncanny X-Men ? À mon avis l’augmentation de la production et la mise en place d’équipe tournantes empêchent toute identification entre un scénariste, un dessinateur et sa série. Ce qui n’était pas le cas avant. Les X-Men de John Byrne et Chris Claremont parlent à tout le monde, le Daredevil de Frank Miller aussi. Plus récemment, le Batman de Scott Snyder et Greg Capullo ou encore le Batman de Tom King ont fonctionné. Le fait de donner le temps à un scénariste s’installer et de lui laisser faire à peu près ce qu’il veut est à mon sens gagnant. Et c’est ce que Marvel avait tendance à oublier.

 

 

Sans bonnes histoires, pas de personnage populaire

Comment un personnage peut-il être populaire s’il n’y a pas d’aventures, de sagas palpitantes qui vont relancer son intérêt auprès des lecteurs ? Quand F. Miller a quitté Daredevil, il y a eu un gros coup de mou. Jusqu’à l’arrivée de Kevin Smith puis de Brian M. Bendis. Je ne juge pas la qualité (les runs de Karl Kesel ou de JM DeMatteis étaient meilleurs que certains plus connus) mais ce qui fait l’intérêt d’un comics, c’est avant tout ce que les auteurs nous proposent dessus. Personnellement je me moque du dernier crossover de Captain America s’il est réalisé par des tâcherons ou des gens que je connais et qui n’ont jamais rien proposé d’original. En revanche, lorsque vous me sortez Liam Sharp et Grant Morrison sur du Green Lantern, cela à plus de chance d’éveiller mon intérêt qu’une relance d’Aquaman par Kelly Sue DeConnick (qui n’a jamais rien écrit de bien) et Robson Rocha (un dessinateur lambda). Le comics se vendra peut-être mieux grâce au succès du film, mais cela ne durera que 3 mois et tout le monde l’aura oublié dans 2 ans. Vous vous rappelez que les Finch avaient repris Wonder Woman il n’y a pas si longtemps ? Non, parce qu’ils n’avaient rien à dire, contrairement à Brian Azzarello et Cliff Chiang. Ce que j’essaye de dire c’est que si les personnages sont importants, c’est aussi parce que des auteurs les ont mis en avant. Sans Don McGregor, Billy Graham, pas de film Black Panther ! Sans Ed Brubaker et Steve Epting, pas de Captain America au cinéma. Sans Frank Miller, pas de série Daredevil. Sans Dan Abnett et Andy Lanning, pas de Gardiens de la Galaxie. Et je pourrais vous en sortir encore pendant 10 pages. L’important c’est peut-être les personnages, mais c’est surtout ce que les auteurs en font, sans ingérence éditoriale.

 

 

Une lueur d’espoir

Et je dois avouer que depuis quelques annonces, Marvel tente de remettre en avant les auteurs. Vous allez rire, mais le fait d’aller chercher Rob Liefeld n’est pas innocent. Encore une fois, je ne parle pas de la qualité mais quoi qu’on en pense, le gars continue de faire vendre sur son nom. De la même manière, faire une grande annonce pour annoncer qu’on place Jonathan Hickman à la tête des séries X-Men me semble être une idée qui va dans la bonne direction. Qui peut dire que l’arrivée d’une série Loïs Lane par Greg Rucka et Mike Perkins ou Jimmy Olsen par Matt Fraction et Steve Lieber ne le fait pas plus saliver que le prochain relaunch de Loki par Daniel Kibblesmith et Oscar Bazaldua ? Sans préjuger de la qualité encore une fois. Là où l’on va voir si Marvel va changer un peu de direction, ce sera surtout à la lecture du Giant Size X-Statix par Peter Milligan et Mike Allred. Si le ton est aussi acide et provocateur que ce qui a été fait dans les années 2000, on pourra légitimement penser qu’il se passe quelque chose. On l’espère en tout cas. ■




A propos Doop 208 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.