House of X n°1 : Jonathan Hickman réussit-il à réinventer les X-Men ? [avis]

(image © Marvel Comics)

Intriguant, ce House of X n°1 se détache de tout ce qui a été proposé depuis 10 ans. Il ressemble à ce que fait Jonathan Hickman depuis plusieurs années. Objectif atteint pour un épisode d’exposition, il donne vraiment envie de lire la suite !
■ par Doop

 

Après des années de n’importe quoi, Marvel Comics donne enfin les clefs de son univers mutant à un scénariste ambitieux et qui sait proposer des directions claires : Jonathan Hickman. On pouvait toutefois se demander si cette nouvelle mouture allait pouvoir innover. La réponse est oui !

 

(image © Marvel Comics)

 

Jonathan Hickman comme architecte des X-Men : une évidence

Cela fait des années que les mutants de Marvel naviguent à vue, passant des mains d’un auteur à celles d’un autre sans une direction claire et significative. Combien de reboots, combien de changements d’équipes, de nouveaux concepts ont été infligés aux X-Men depuis 10 ans? Fan de la 1re heure, j’ai moi-même jeté l’éponge autour d’Avengers vs X-Men, considérant Matt Fraction comme l’un des derniers scénaristes qui a proposé quelque chose d’original (Utopia). OK, je veux bien rajouter aussi Wolverine and The X-Men. J’ai échappé aux X-Men de Brian Michael Bendis et à tous les redémarrages moisis qui lui ont succédé, en dépit de grands noms assignés comme Jeff Lemire ou Humberto Ramos, mais qui n’ont finalement rien proposé d’intéressant. Il fallait un véritable coup de massue, une révolution qui permette de pouvoir repartir à zéro. Et quand on parle d’architecture, de cohésion, de plan à long terme, le nom de Jonathan Hickman fait sens. Ce scénariste, au ton si particulier est en effet réputé pour ses projets au long cours et surtout, son sens de la logique et de la structure. Tout n’est pas réussi, certains lui reprochent son côté un peu froid et analytique. Mais il faut reconnaitre que Jonathan Hickman a su achever à chaque fois ses intrigues pharaoniques centrées autour de multiples personnages, que ce soit sur Les Quatre Fantastiques (que j’ai adoré) ou sur Avengers (que j’ai beaucoup moins apprécié). Il a livré chez Image de grandes séries comme Manhattan Projects ou encore Black Monday Murders. Cela fait plaisir de le retrouver sur une franchise qui a avant tout besoin d’un architecte. Avec House of X et Powers of X, Jonathan Hickman s’est imposé la tâche de redéfinir en 12 numéros tout un univers avant de superviser une demi-douzaine de nouvelles séries dont le casting vient juste de tomber. Et dès les 1res pages on se rend compte qu’il ne fait pas table rase du passé. Jonathan Hickman s’appuie sur ce qui a déjà été fait auparavant, même si sa mémoire semble parfois sélective.

 

(image © Marvel Comics)

 

Un changement de paradigme qui sert de synthèse !

Autant le dire tout de suite, je pense que vous n’avez pas besoin de vous remettre à jour avant d’attaquer cette série. Je pensais lire Uncanny X-Men avant, qui contient son lot de morts mutantes, mais apparemment tout le monde est revenu via une 1re page absolument intrigante ! Cela ravira certainement la majorité des lecteurs. Cela permet surtout de donner à J. Hickman la possibilité de faire ce qu’il veut. De fait, le scénariste reprend dans House of X plusieurs éléments de la continuité, s’appuyant sur le projet déjà défini par Matt Fraction avec Utopia mais en le globalisant. Cette fois-ci les X-Men ont des ambassades partout dans le monde, via Krakoa, un des personnages importants du run de Jason Aaron sur Wolverine and The X-Men. On a connu de pires références. De fait, Jonathan Hickman arrive facilement à faire une synthèse de ces dernières années, poussant encore une fois l’idéal du Pr Charles Xavier dans ses derniers retranchements. Parlons-en de ce Pr Xavier ! C’est à mon sens l’un des points les plus forts de son intrigue, même s’il n’apparait que sur quelques pages. Caché derrière un casque qui le fait ressembler à Harry Bendix de Stormwatch, on se demande véritablement ce qui lui arrive et cela crée une tension immédiate. Le fait de proposer des contreparties médicales à la création d’ambassades à travers le monde n’est pas non plus sans rappeler une certaine proactivité que Warren Ellis n’aurait pas reniée dans Authority. Après, ce 1er épisode de House of X reste quand même un état des lieux et une présentation générale des personnages, ce qui a pour conséquence de rendre l’épisode un peu froid. Les personnages, en dehors de Magnéto, ont du mal à trouver une « voix » propre, mais ce n’est pas non plus facile lorsque vous devez donner un peu de lumière à tous les mutants de Marvel (et on en voit facilement une bonne quarantaine rien que dans ce 1er épisode).

 

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Du pur Hickman

En tout cas, on ne peut pas reprocher à Jonathan Hickman de faire du Hickman. Ceux qui connaissent le scénariste ne seront pas dépaysés puisque ce dernier utilise dans House of X tout le panel de ses fameux tics d’écriture. Dès le départ, les planches de Pepe Larraz sont entrecoupées par des placards de textes et des descriptions qui sont habituelles de l’auteur. Elles apportent un véritable plus, permettant d’expliquer certaines scènes et de développer, en une page, un concept nouveau de House of X. Hickman adore aussi proposer du code et des langages cryptés : c’est encore le cas ici où ce dernier invente carrément une nouvelle langue, la langue mutante que les lecteurs les plus acharnés vont s’amuser à déchiffrer. Hickman s’intéresse tout d’abord à la structure de ce nouveau monde, parsemant bien évidemment ses 40 pages d’intrigues qui restent à développer et de scènes mystérieuses qui prendront (on le sait) tout leur sens dans quelques épisodes. Il est d’ailleurs étonnant de constater que pour l’instant aucune menace, aucun méchant n’a été décrit. À moins que l’ennemi ne soit déjà présent. C’est toute la qualité (ou le défaut) de l’écriture de Jonathan Hickman. Il propose tellement de pistes en 40 pages que finalement tout peut arriver. J’aime bien son style mais je dois reconnaître que pour les lecteurs qui ne sont pas fans, cela risque d’être difficile à appréhender.

 

(image © Marvel Comics)

 

Les dessins sublimes de Pepe Larraz

Je ne suis pas un spécialiste de Pepe Larraz, mais il faut reconnaître que ses planches sont absolument sublimes. C’est du véritable dessin de comics et ça fait plaisir ! Même s’il n’a pas beaucoup d’action à représenter (House of X étant pour le moment un numéro d’exposition), il se dégage de ses traits une fluidité et un dynamisme qui rappellent les meilleures heures des séries mutantes. Je vois Pepe Larraz un peu comme un mélange entre Alan Davis et Stuart Immonen. Pepe Larraz ne fait pas des dessins tape à l’œil, ne propose pas des planches avec un style « bizarre » ou totalement camouflées derrière des artifices de couleurs. C’est classique mais parfait. Il met toute sa maîtrise du dessin à raconter une histoire. Cela faisait très longtemps que je ne m’étais pas autant enthousiasmé sur des dessins, qui pour le moment arrivent à bien retranscrire l’histoire complexe du scénariste.■

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A propos Doop 231 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.