Clark Kent, Superman tome 1 : Brian M. Bendis piège Superman dans la Zone Fantôme ! [avis]

(image © DC Comics)

Clark Kent, Superman tome 1, Brian M. Bendis continue d’exploiter la lutte entre l’Homme d’Acier et Rogol Zaar, l’exterminateur de kryptoniens. Avec une ambiance agréable qui rappelle l’Âge d’Argent.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © DC Comics)

 

Superman broie du noir depuis le départ de Lois Lane et leur fils. Alors entre 2 interventions, il se change les idées. Sa Forteresse de Solitude a été détruite, il la reconstruit au milieu du Triangle des Bermudes. Le Limier Martien lui suggère de devenir le « guide » de l’humanité, de prendre sous sa coupe l’espèce humain, mais Superman refuse. De toute manière, il n’a pas vraiment le temps de réfléchir à la question. Car soudain la Terre est déplacée dans la Zone Fantôme, une prison inter dimensionnelle. Problème : la Zone Fantôme renferme les pires criminels de la galaxie. Et notamment Rogol Zaar, que Superman vient tout juste d’exiler dans la fameuse prison. En plus de devoir trouver un moyen de ramener la Terre à son emplacement d’origine, Superman va devoir faire face à Rogol Zaar, bien décidé à prendre sa revanche…

 

(image © DC Comics)

 

LE retour de l’Âge d’Argent…

Avec Clark Kent, Superman tome 1, Brian M. Bendis retrouve le ton de l’Âge d’Argent. Cette idée de Terre projetée dans la Zone Fantôme rappelle évidemment de nombreuses histoires de cette époque, à la fois par l’idée même mais aussi par son traitement. Là où DC aurait pu en faire un énorme crossover, ici cette crise se gère en 5 épisodes. Le paradoxe, c’est que ça reste toujours aussi décompressé que d’habitude avec Brian M. Bendis : sous la plume d’un autre scénariste, la même histoire tiendrait certainement en 1 voire 2 épisodes. Autre exemple de cette approche assez typique du Silver Age : le plan d’Atom pour sauver la Terre. Dans bon nombre de comics, on se serait perdu dans une explication stupide, pour tenter de trouver une justification pseudo-scientifique. Ici, non. Car dans Clark Kent, Superman tome 1 on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer, Brian M. Bendis rythme l’histoire pour nous tenir en haleine : l’atmosphère de la Zone Fantôme est un véritable poison lent – même pour les membres de la Justice League – il n’y a donc pas de temps à perdre et Rogol Zaar rode dans l’ombre…

 

(image © DC Comics)

 

De jolis moments

Clark Kent, Superman tome 1 s’avère relativement dynamique par rapport aux écrits habituels de Brian M. Bendis, avec des combats bourrés d’énergie – et le scénariste peut remercier Ivan Reis qui accentue encore cet aspect avec de très jolies planches. Cela n’empêche pas parfois l’histoire de se poser pour quelques moments plus subtils et émouvants. Je pense notamment à cette scène au début de l’album où Clark Kent repense à sa famille, seul sur son lit. Un passage plus efficace que de le montrer volant dans l’espace à la recherche de Lois. Et je pense à ce très joli flashback de Clark expliquant à son fils pourquoi il n’utilise pas sa force face à la bêtise des autres. Quelques petits moments comme cela, dispersés dans de grandes scènes d’action, qui font du bien et font respirer l’intrigue.

 

(image © DC Comics)

 

Nuclear Man ?!

L’anecdote est savoureuse. Sur les réseaux sociaux, les lecteurs de Superman ont mis au défi Brian M. Bendis d’utiliser Nuclear Man, un supervilain détesté pour avoir été l’ennemi ridicule du film Superman 4 : Le Face-à-face naufrage artistique proche du nanar. Le traitement de Bendis n’est par ailleurs pas si anecdotique qu’on peut le croire. Il s’agit de rappeler, certes de manière rigolote – encore que le destin de Nuclear Man face à Rogol Zaar n’a rien d’enviable – que la Zone Fantôme est réellement « l’endroit où Krypton jette ses affreux secrets ».

 

(image © DC Comics)

 

La finesse des monologues

Autre élément notable dans ce tome 1 de Clark Kent, Superman, c’est la manière dont Brian M. Bendis s’amuse avec les cases de monologues. Très rapidement, le scénariste installe un jeu intéressant avec les monologues. Chaque personnage a droit à sa propre présentation. Ainsi, Rogol Zaar s’exprime en blanc sur fond noir ; et Superman en blanc sur fond bleu. Lorsque Clark écrit un article, c’est carrément la typographie qui rappelle celle d’un journal. On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un détail, mais le dernier épisode joue intelligemment avec ce principe pour surprendre le lecteur avec un cliffhanger (par ailleurs tout à fait prévisible).

 

(image © DC Comics)

 

Rogol Zaar

Je ne suis pas spécialement fan de Rogol Zaar. Ivan Reis a beau s’emploiyer à le rendre badass, a travailler le langage corporel, son look d’hybride entre Doomsday/The Tenth/The Pitt/Lobo aux yeux vairons ne fonctionne pas sur moi. Dans le tome 0, on pouvait regretter que Brian M. Bendis ne donne pas plus de chair à ce perso. Ici, le scénariste y travaille. Il lui donne du temps de présence, à faire autre chose que se battre. Mais surtout il gonfle son background et Rogol Zaar devient – artificiellement et trop rapidement, certes – un perso important de la mythologie kryptonnienne. ■

(image © DC Comics, Urban Comics)

Clark Kent, Superman tome 1 est un comics publié en France chez Urban Comics.




A propos Stéphane Le Troëdec 268 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.