Archangel, uchronie et voyages temporels par le romancier William Gibson

Archangel de William Gibson

Première incursion du romancier William Gibson dans le monde des comics. Accompagné du dessinateur vétéran Butch Guice, Archangel propose aux lecteurs une histoire à base d’uchronie et de voyages temporels. Elle reste malheureusement bien fade et sans réelle saveur.
■ Par Doop

 


LA PISTE AUX ÉTOILES

Scénario : ★★☆☆☆

Dessin : ★★★☆☆

Feeling : ★★☆☆☆


 

Nous voici en 2016, dans un monde dévasté par les guerres nucléaires. Une seule solution reste désormais possible, modifier le cours du temps et changer le cours de l’histoire. Mais tout le monde n’est pas du même avis. Nous suivons donc les aventures d’un groupe de rebelles, dans le présent mais aussi dans le passé.

 

Un manque de rythme et d’enjeu

Autant le dire, la lecture de cette bande dessinée (à l’origine une minisérie en 5 épisodes) a été assez pénible. De nombreuses fois le bouquin m’est tombé des mains et il a fallu que je me force un peu pour aller au bout. Ceci est dû à un rythme très bizarre, où rien n’est expliqué au départ et où les enjeux ne sont pas clairement établis. Qui sont ces gens ? Quel est leur plan ? C’est très superficiel et du coup, j’ai vraiment eu l’impression de lire une histoire sans comprendre réellement le plan ou la finalité des actions des personnages, ce qui entraîne chez moi une sensation de lecture automatique et donc de désintérêt assez rapide. Je pense que ceci est dû au fait que l’écriture d’un comic-book n’est absolument pas la même que celle d’un roman et que Gibson, pourtant aidé d’un co-scénariste, ne maîtrise absolument pas les techniques d’écriture inhérentes à ce médium. Du coup, on se demande qui est qui, pourquoi tel personnage fait cela. En dépit d’un regain d’intérêt dans les troisièmes et quatrièmes parties, on se dit qu’on a finalement lu une histoire assez banale; classique si on est gentil, quelconque si on l’est moins.

 

Archangel de William Gibson

 

Une bande dessinée toutefois honorable

Après ne nous y méprenons pas, c’est loin d’être une bande dessinée nulle. Si l’histoire m’a passablement ennuyé, elle reste toutefois lisible et les personnages sont sympathiques, surtout l’espionne Naomi Givens et le fameux Pilote. En fait, ce qui pêche réellement, c’est la partie située dans le présent, qui n’est vraiment pas développée et paraît vraiment trop superficielle. De plus, les dessins sont signés Butch Guice, ce qui est toujours un gage de qualité, même s’il faut bien l’avouer, ce Archangel ne figurera pas parmi les meilleurs travaux de cet artiste.
A noter une dernière partie vraiment mal dessinée (par Wagner Reis qui remplace Guice, selon toute vraisemblance) et qui est assez indigne du niveau d’un comics qui se veut un peu ambitieux. C’est dommage, on termine le bouquin sur une mauvaise note alors que jusque-là la partie graphique était plutôt intéressante et rehaussait la qualité de l’ensemble.

 

Archangel

 

Une fin gnangnan

Après, j’ai réellement un problème avec la toute fin de l’histoire. Pourquoi les deux scénaristes se sentent-ils obligés de sortir l’artillerie lourde et de redonner au lecteur ce que le contexte lui permettait déjà de comprendre. J’ai véritablement horreur de ce type de procédé, lorsque le scénariste vous met devant les yeux à coup de canon ce qu’il a essayé de développer de manière plus subtile. On a l’impression que pour exister désormais, une bande dessinée se doit obligatoirement de montrer qu’elle est anti-Trump. Non que je défende ce monsieur, loin de là, mais c’est trop lourdement amené pour que je puisse y croire et voir autre chose qu’une opportunité mal venue. C’est vraiment dommage.

 

Couverture du comics Archangel

Archangel est un comics de 160 pages écrit par William Gibson et Michael St John Smith, et dessiné par Butch Guice, Alejandro Barrionuevo et Wagner Reis. Cet album est publié en France par Glénat au prix de 19,95 €. Les épisodes originaux (Archangel #1-4) sont parus aux USA chez IDW. La traduction de ces épisodes est signée Philippe Touboul.




A propos Doop 231 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.