Superman est-il plus intéressant que Batman ? [En Vert Et Contre Tous n°15]

(image © DC Comics)

Superman n’est certainement pas le héros le plus préféré de tous. J’entends souvent dire qu’il est trop niais, trop gentil, pas assez tourmenté, et la plupart du temps par des gens qui ont très peu lu de comics et ne se sont contentés que des films. Et pourtant, Superman est un personnage beaucoup plus complexe que ce que l’on pourrait penser, peut-être plus que Batman d’ailleurs.
■ par Doop

 

Des origines sociales et peut-être moins solaires que ce que l’on pense

Lors des 1res aventures de notre héros, ce dernier met en prison des hommes politiques corrompus et des patrons qui exploitent leurs ouvriers, ce qui donne à Superman un aspect social que l’on a trop souvent oublié. Il a fallu attendre Grant Morrison et son reboot du New 52 pour que cet aspect revienne sur le devant de la scène. Dans son ouvrage Supergods, le scénariste écossais relève aussi beaucoup de choses intéressantes sur la couverture d’Action Comics #1. En effet, si l’on regarde bien et si l’on se place dans le contexte de l’époque (où aucun super-héros n’existe), que voit-on sur cette couverture ? Un homme inconnu, projetant une voiture (symbole américain très fort à la fin des années 30) sur un rocher, avec des passants qui s’éloignent apeurés. De fait, Superman est finalement plus présenté comme un vilain que comme un héros. Il faudra lire l’intérieur pour comprendre que la voiture appartient à des bandits qui ont enlevé Lois. Superman est rapidement devenu un symbole de des États-Unis. À partir des années 40, le personnage s’est adapté aux attentes du lectorat, tout comme Batman d’ailleurs. Alors oui, Batman a commencé sa carrière avec des pistolets, mais il a radicalement changé d’attitude et s’est clairement aseptisé durant les années 50-70 (on peut parler du Bat Hound ou de Bat-Mite), il était à cette époque certainement aussi « niais » que Superman.

 

(image © DC Comics)

 

Une psychologie détruite

On a souvent tendance à relier Batman à ses origines tragiques. Mais c’est oublier que celles de Superman le sont encore plus ! Certes, le jeune Bruce Wayne a perdu ses parents dans des circonstances traumatisantes, mais Kal-El a quant à lui perdu toute sa race ! C’est le dernier survivant de Krypton, qui ne rencontrera plus jamais de personnes comme lui. C’est quand-même difficile à vivre. On pourra d’ailleurs se référer à l’épisode Superman 141 signé Jerry Siegel où Kal-El revient sur sa planète avant sa destruction. On pourra rétorquer que le petit Clark a été élevé par des parents adoptifs, contrairement à Bruce, mais ce dernier a lui aussi bénéficié, selon les histoires, de l’aide d’Alfred ou de Leslie Thompkins. Les origines de l’Homme d’acier, quoi qu’on puisse en penser, sont en tout cas aussi traumatisantes que celles de l’homme chauve-souris.

 

(image © DC Comics)

 

Un héros adulte

À mon sens, et en exagérant un petit peu, Batman est l’archétype du super héros adoré par les rebelles. Incarnation du fameux « Bad is Good », Batman est peut-être, sur ses principes, le héros le plus caricatural qui soit : toujours dans la colère, toujours dans la réaction. C’est le principe de l’anti-héros, celui qui fonctionne le mieux comme Wolverine ou Deadpool et qui pourtant utilise souvent le même principe narratif. Batman est un personnage qui n’a jamais réussi à surmonter ses problèmes. Superman, en revanche, a réussi à dépasser son trauma initial pour avancer dans sa vie et celle de sa famille (un peu comme Spider-Man à l’époque). De fait, Superman a grandi, est parvenu à l’âge adulte en intégrant ses problèmes, contrairement à un Batman qui est resté coincé dans son adolescence et qui est devenu un récent prétexte pour fournir aux lecteurs avides de violence cool les scènes les plus gores (Scott Snyder, si tu nous lis…)

 

(image © DC Comics)

 

De grands auteurs de tous les côtés

J’allais faire un paragraphe sur le fait que Batman a eu plus de chance car certains auteurs (Frank Miller et Alan Moore) ont livré des histoires canoniques sur le personnage. Mais quand on y pense, les mêmes auteurs ont eux aussi livré des histoires emblématiques sur Superman, qui ont peut-être moins imprimées l’inconscient collectif pour les raisons évoquées dans le paragraphe précédent. Whatever Happened to The Man of Tomorrow n’a, à mon sens, rien à envier à un Killing Joke. All Star Superman me semble lui aussi beaucoup plus canonique que le run de Grant Morrison sur Batman. Et la grande majorité des histoires de Joe Casey et Joe Kelly sur Superman peuvent tenir la dragée haute à celles du Batman à la même époque. Tous les grands auteurs de comics ont écrit sur Superman, ce qui prouve que le personnage est aussi intéressant que les autres.

 

(image © DC Comics)

 

Que faire avec un personnage omnipotent ?

Pour conclure, je dirais que Superman est en tout cas un personnage beaucoup plus difficile à écrire que Batman. En effet, lorsqu’un personnage a des failles, tous les types d’histoires sont possibles, il suffit juste de faire revenir un souvenir, un élément du passé et vous avez une trame sur laquelle vous appuyer pour produire un arc. Sincèrement, c’est la base de nombreuses aventures du héros. Alors que finalement, que dire d’un héros qui a vaincu ses problèmes et qui, de plus, peut tout faire ? Ce n’est pas étonnant que certains auteurs un peu fainéants (allez, John Byrne dont je n’ai pas apprécié le run sur l’Homme d’acier plus que ça) ont constamment essayé de réduire ses pouvoirs. Alors qu’il faut faire tout le contraire ! Le meilleur angle d’attaque de Superman c’est le dieu qui veut être un homme (alors que c’est exactement le contraire avec Batman, l’homme qui se proclame au-dessus des autres). C’est quand-même beaucoup plus difficile à écrire à mon sens.

 

(image © DC Comics)

 

Une opposition caricaturale

Alors certes, afin de rétablir un peu la balance, j’ai volontairement (et avec un peu de mauvaise foi) opposé Superman à Batman. Pour ma part, si j’étais au départ un fan hardcore du justicier masqué, j’ai développé depuis quelques années une affection particulière pour l’Homme d’acier, que je trouve finalement moins caricatural. Mais on rappellera que tous les goûts sont dans la nature, que chacun a une affinité avec le personnage qu’il préfère et que finalement, tant que c’est un prétexte pour lire de bons comics, tout va bien. L’essentiel c’est finalement d’avoir sur chacun de ces personnages de bons auteurs qui vont produire de bonnes histoires. Ce qui a souvent été le cas pour l’un ou pour l’autre. ■




A propos Doop 189 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.