Spider-Man – L’Histoire d’une vie : Et si Peter Parker vieillissait normalement ?

(image © Marvel Comics)

Avec Spider-Man : L’Histoire d’une vie, Chip Zdarsky et Mark Bagley imagine un récit complet dans lequel le superhéros vieillit comme vous et moi. Et ils en profitent pour revisiter les grandes sagas de Spider-Man et les moments importants de son existence ! Un projet étonnant et réussi.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

On a coutume de dire que les superhéros ne vieillissent jamais, et qu’ils finissent toujours par ressusciter. Spider-Man : L’Histoire d’une vie prend le contre-pied de cette idée et imagine l’existence de Peter Parker de 1966 à 2019. Ce n’est pas la 1re fois qu’un comics travaille cette idée de montrer la vie d’un superhéros qui vieillirait normalement, John Byrne s’y était frotté chez DC Comics dans ses Superman/Batman : Generations. On pouvait aussi peut-être craindre trop de ressemblance avec Spider-Man : Reign. Mais Chip Zdarsky prend vraiment le problème sous un autre angle (on ne va pas se focaliser sur des enfants Parker, par exemple, même s’ils sont présents), tient son idée de départ jusqu’au bout et injecte dans son récit de multiples relectures des sagas cultes du Tisseur !

 

(image © Marvel Comics)

 

Spider-Man au fil des décennies…

1966. Peter Parker est Spider-Man, celui que nous connaissons tous. Il vit chez sa tante May, travaille comme photographe au Daily Bugle, suit des études scientifiques. Il flirte avec Gwen Stacy, sa camarade de classe. Flash Thompson, un des meilleurs amis de Peter, part sur le front du Viet Nâm, ce qui pose un sacré cas de conscience à notre héros. Et Norman Osborn alias le Bouffon Vert aimerait bien faire de Peter son héritier, au détriment de son propre fils, Norman

 

(image © Marvel Comics)

 

Une histoire qui frappe en plein cœur

Mine de rien, le postulat de départ de L’Histoire d’une vie modifie beaucoup la manière dont on va le le lire. Dès le départ, le principe est connu : 6 épisodes, 1 par décennie, et donc, pour peu qu’on soit un minimum perspicace, on connaît le destin de Spider-Man. On sait que Chip Zdarsky construit son intrigue pour nous amener jusqu’à la fin de l’épisode n°6. L’Histoire d’une vie se concentre donc sur le vieillissement de Spider-Man, pas ses origines ni son destin final, mais bien l’entre-deux. L’intrigue montre aussi l’évolution de ses relations amicales et surtout amoureuse (avec une gestion subtile de la problématique Gwen Stacy/MJ Watson). Vers la fin, il s’agit aussi d’expliquer comment Peter peut continuer à être un superhéros une fois la cinquantaine passée, quand le corps ne suit plus totalement. On pense aussi un peu au Bruce Wayne vieillissants de Kingdom Come ou de Batman The Dark Knight Returns, par exemple. Et puis assister au vieillissement inéluctable de Spider-Man (spoiler : pas de sérum miracle dans L’Histoire d’une vie !), ça de quoi toucher le cœur de tout lecteur de comics.

 

(image © Marvel Comics)

 

Des variations sur des sagas connues

Décennies après décennies, L’Histoire d’une vie revisite avec élégance les moments clé de la vie de Spider-Man. Il s’agit pour Chip Zdarsky d’émuler et de résumer en quelques pages l’ambiance qui régnait dans les pages d’Amazing Spider-Man à telle ou telle époque. Chip Zdarsky procède ainsi à un inventaire sélectif qui lui permet juste d’évoquer une saga en quelques lignes ou de résumer en quelques pages la Saga du Clone, tout en la mixant à d’autres histoires connues. Se dégage une ambiance très plaisante : de déjà vu, certes, et c’est un point positif car les auteurs savent cuisiner les ingrédients astucieusement (le Spider-Man Supérieur, Venom, La Dernière Chasse de Kraven, Civil War, et tant d’autres). Ici, les vieux lecteurs et les néophytes sont sur un pied d’égalité : difficile de deviner à l’avance comment l’histoire va se développer. Mais on se prend régulièrement à se dire que la manière de réinventer tel ou tel event se tient très bien, même quand on est loin, très loin, de l’histoire originelle ; sur une mini-série, ça fonctionne très bien. Et puis par certains aspects, lire une Saga du Clone en une vingtaine de pages plutôt qu’en plusieurs années d’imbroglio éditorial, ça me va assez bien ! Chip Zdarsky n’oublie pas non plus le contexte historique : l’un des points les plus étonnants de L’Histoire d’une vie c’est la manière dont l’histoire, la vraie, est régulièrement soulignée ce qui permet de montrer aussi le passage du temps.

 

(image © Marvel Comics)

 

Mark Bagley, dessinateur « historique » et à l’aise

Parmi les excellentes idées de L’Histoire d’une vie, il y a la présence de Mark Bagley aux crayons. L’artiste apporte avec lui son histoire avec le personnage qu’il a dessiné pendant de nombreuses années, tant dans l’univers classique Marvel que dans la ligne Ultimate. Bref, Mark Bagley est l’homme de la situation pour ce projet, d’autant plus qu’il réalise l’ensemble des 6 épisodes, assurant une unité graphique bienvenue, accentuée par la compilation des 6 épisodes que compte L’Histoire d’une vie. Mark Bagley a un style marqué, et il s’amuse à réinterpréter des figures connues ou, sur la fin, à inventer des concepts nouveaux. Bref, L’Histoire d’une vie s’impose comme une lecture particulièrement passionnante et intéressante, et pourrait même être une porte d’entrée pour les nouveaux lecteurs. ■

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Spider-Man : L’Histoire d’une vie est un comics publié en France par Panini Comics. Il contient : Spider-Man : Life Story 1-6.

 

À LIRE AUSSI : 10 enfants méconnus de Spider-Man !

enfants spider-man
(image © Marvel Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 435 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.