La mort de Vertigo ! [En Vert Et Contre Tous n°35]

(image © Vertigo/DC Comics)

D’après le site Bleeding Cool, il semblerait que DC Comics envisage très prochainement de fermer sa branche Vertigo, ligne de comics plus adultes que le mainstream habituel. Si la sentence n’a toujours pas été officialisée, cette décision serait logique au vu des quelques affaires qui ont secoué DC Comics depuis quelques mois et de sa stratégie éditoriale qui ne convient plus pour les lecteurs un peu exigeants. Retour sur une ligne qui ne pourra, en termes de créativité, jamais être dépassée.
■ par Doop

 

(image © Vertigo/DC Comics)

 

Une branche Vertigo déjà à moitié coupée

Ne nous mentons pas, la ligne Vertigo était déjà moribonde depuis que sa créatrice principale, Karen Berger, avait décidé de partir en 2012 après presque 20 ans de travail dessus et que sa remplaçante, Shelly Bond, s’est faite virer en 2016. Vertigo ne s’en était jamais relevé. Mais cela reste, en tout cas pour moi, tout simplement la fin d’une époque qui permettait de proposer de comics à tous les lecteurs et surtout, la funeste promesse de titres beaucoup moins exigeants de la part de DC. Quel est le dernier titre original Vertigo à avoir connu du succès ? Certainement Fables, Scalped, ou bien Sweet Tooth. Des titres qui commencent à dater. Quand on y repense, Vertigo a lancé la carrière de dizains d’artistes ou d’auteurs devenus maintenant des superstars des comics. Un petit retour en arrière s’impose.

 

(image © Vertigo/DC Comics)

 

Berger, Karen Berger

Karen Berger est entrée chez DC au début des années 80. Une petite anecdote intéressante : pour son premier travail en tant qu’éditeur (House of Mystery n°292), le dessinateur Romeo Thangal décide de représenter la jeune femme dès la première page, comme si il avait déjà pressenti son importance future. Intéressée par des thèmes un peu plus matures que les superhéros, elle commence à chercher des « voix » distinctives qu’elle va principalement trouver en Angleterre. Il faut dire que sa collaboration avec un auteur anglais du nom d’Alan Moore sur la série Swamp Thing est saluée par la critique. Car oui, c’est bien Karen Berger qui a donné carte blanche à l’auteur pour écrire ce qu’il voulait sur cette série. C’est donc elle qui fait franchir l’Atlantique à des auteurs comme Neil Gaiman, Grant Morrison, Jaimie Delano ou encore Peter Milligan. En quelques années, Berger se retrouve donc à la tête de séries qui sont intégrées dans le DC Universe mais qui proposent quelque chose de différent, un point de vue unique et bizarre sur la société de l’époque et une volonté de toujours proposer quelque chose d’original. Animal Man, John Constantine : Hellblazer, Doom Patrol, Shade The Changing Man, Swamp Thing et Sandman se démarquent complètement des comics de l’époque. A tel point que lorsque Karen Berger s’apprête à partir en congé maternité en 1991, on lui demande de réfléchir à une collection qui permettrait de différencier ces titres des séries DC Classiques. La ligne Vertigo naît en Janvier 1993, avec une mention « pour lecteurs avertis » sur chaque couverture. Encore une fois, et je l’ai déjà exprimé dans un précédent billet d’humeur, ce n’est pas que le gore ou le sexe qui rend les comics Vertigo « adultes », c’est tout simplement une manière différente d’aborder des sujets complexes. La première mini-série originale de la ligne, Death : The High Cost Of Living, est signée Neil Gaiman, Chris Bachalo et Mark Buckingham (trois noms qui ont depuis fait une énorme carrière) et nous narre les aventures de la sœur de Sandman. Aux titres précédemment cités viennent alors s’ajouter Sandman Mystery Theatre, Kid Eternity, Black Orchid, The Extremist, Sebastian O, crées par des auteurs comme John Wagner, John J. Muth, Duncan Fegredo, Matt Wagner, Guy Davis, George Pratt, Jill Thompson, Ann Nocenti ou encore Sean Phillips. Il faut dire que Karen Berger a bien recruté : elle est allée chercher son ancien assistant Art Young, qui s’apprêtait à lancer une ligne adulte de comics chez Disney et lui a fait rapatrier chez Vertigo tous les titres alors prévus pour cette dernière ! De même, elle l’installe en Angleterre afin de mieux assurer la transition avec tous ces auteurs qui sont pour la majorité britanniques.

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(image © Vertigo/DC Comics)

 

Une ligne qui tient ses promesses… et qui résiste à tout !

Dès le départ, Vertigo est poussée par le marketing de DC Comics qui a vu en cette ligne la possibilité de s’assurer quelques succès critiques et de nombreuses récompenses. Les bénéfices ne sont pas la priorité : si quelques séries se portent bien et gagnent de l’argent, Vertigo lance souvent des comics plus difficiles, qui ne rencontrent pas le succès public mais qui tentent toujours quelque chose de différent. En gros, la ligne Vertigo est constituée de quelques séries phares qui rapportent de l’argent et qui permettent de publier des titres plus confidentiels ou plus originaux. Au bout d’une année, la ligne est suivie par un nombre de lecteurs pas aussi nombreux que ceux des séries mainstream, mais qui lui sont fidèles ! De plus, Vertigo arrive à toucher un public un peu plus féminin que dans les comics de l’époque. Un exemple de la volonté de ne pas entrer dans le schéma classique : le refus de tout crossover. En effet, après un premier essai en 1993 (Children’s Crusade) pas vraiment apprécié par les auteurs et les lecteurs, K. Berger décide qu’elle ne suivra plus les sirènes de cet effet de mode. La ligne Vertigo incite ses lecteurs à lire les histoires, pas à les collectionner. Alors que tous les éditeurs rivalisent d’ingéniosité pour attirer les spéculateurs, les titres de la ligne Vertigo ne proposent pas de variant covers ou de couvertures chromées ; simplement des histoires différentes. C’est d’ailleurs cette ligne éditoriale qui va lui permettre de passer le cap de la grande récession des années 95/96 dont on a déjà parlé dans une précédente chronique. Autre fait très important, qui va inciter les grands noms à venir (ou à rester) : le fait que les auteurs détiennent partiellement les droits des personnages qu’ils créent pour Vertigo !

La suite ? Tout de suite !




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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.