Olivier Coipel magnifique dans « Thor : la Guerre de l’Indigne » [avis]

(image © Marvel Comics)

Olivier Coipel est de retour sur Thor le temps d’une minisérie de qualité, La Guerre de l’Indigne. Une épopée intimiste qui s’inscrit parfaitement dans la saga écrite par Jason Aaron et qui explore les liens entre Thor et Mjolnir.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © Marvel Comics)

 

Le Fils d’Odin n’est plus digne de porter le marteau Mjolnir ni le nom de Thor. Il trompe l’ennui en pourfendant une bande de trolls sur la Lune. Après ce combat, l’Invisible, une mystérieuse entité cosmique, lui révèle qu’il existe un autre marteau. Mais le Fils d’Odin a une énigme plus urgente à régler : le Royaume d’Asgard a disparu ! Accompagné de Beta Ray Bill, il comprend que le Collectionneur est l’auteur de ce vol. En effet, après la disparition de l’univers Ultimate, le Mjolnir du Thor de cet dimension est venu se ficher dans le sol d’Asgard. Taneleer Tivan est prêt à tout pour le soulever. Avant de pouvoir le récupérer, le Fils d’Odin et Beta Ray Bill sont faits prisonniers par le Collectionneur. Ils ignorent encore que ce nouveau marteau est aussi convoité par Thanos, qui a envoyé Proxima Minuit, Black Swan et une mystérieuse jeune femme le récupérer !

 

(image © Marvel Comics)

 

Le meilleur travail d’Olivier Coipel pour Marvel

Avec Thor : La Guerre de l’Indigne, Olivier Coipel effectue un retour fracassant sur les aventures du Fils d’Odin. Un personnage qu’il connait bien, puisqu’il l’a dessiné le temps de quelques épisodes en 2007 puis en 2011. Le moins qu’on puisse, c’est que son « Indigne » en impose ! Tout en conservant son design trapu, Olivier Coipel rapproche le Fils d’Odin du look récent de Chris Hemsworth, interprète de Thor dans le MCU. Mieux : il confère à ses planches une puissance visuelle, un dynamisme et une classe folle ! Il faut voir les postures incroyables et variées de son personnage ! Hélas, Olivier Coipel cède aussi à ses vieux démons : ses décors souvent sont trop souvent bien vides et une poignée d’artistes Marvel viennent rapidement lui filer un coup de main. Encore que ces remplacements sont très bien gérés par le scénariste Jason Aaron qui confie à chacun d’entre eux une époque bien précise. Malgré ces réserves, Thor : La Guerre de l’Indigne est pour moi le meilleur travail d’Olivier Coipel chez Marvel. Du très très grand et beau spectacle.

 

(image © Marvel Comics)

 

Jason Aaron, seul maitre à bord

Pour Jason Aaron, Thor : La Guerre de l’Indigne est l’occasion de se concentrer de nouveau sur un héros dont il a écrit les plus belles pages. La série régulière actuelle se focalise sur Jane Foster, mais il fallait aussi raconter le destin du Fils d’Odin. Aaron est au 2 extrémités du spectre de cette histoire : avant, il a mis en scène la déchéance d’Odinson dans Original Sin (sans l’expliquer) ; après, il devra gérer les conséquences de ses choix (avec l’apparition d’un nouveau personnage pour le moment mystérieux). C’est probablement le problème de La Guerre de l’Indigne : il s’agit d’un récit le cul un peu « coincé entre 2 chaises », si j’ose dire. Impression renforcée par 2 autres points. Le nouveau lecteur qui débarquerait dans cette aventure n’y comprendrait pas le fin mot car il faut suivre le run d’Aaron depuis le début pour tout saisir. Plus surprenant : il n’y a pas de réponses apportées aux questions posées, ou du moins pas à celles qu’on attendait, et il faudra obligatoirement lire la suite dans la série régulière. Malgré cela, je ne peux être qu’émerveillé par la finesse d’écriture de Jason Aaron. Il fait des choix de casting judicieux. Il montre une jolie capacité à gérer des personnages anciens ou plus récents. Beta Ray Bill en début d’histoire, MorteGriffe le chien de Hel, mais surtout la mystérieuse « jeune » femme aux ordres de Thanos. Sa véritable identité est remarquable d’audace, au point qu’elle ouvre des perspectives intéressantes pour la suite de l’Univers Marvel dans son ensemble.

 

(image © Marvel Comics)

 

Un récit plus intimiste que ne le suggère ses influences

Il existe de nombreux points communs entre ce Thor : La Guerre de l’Indigne et de récents films du MCU. Jason Aaron tisse des liens entre les 2 univers avec une aventure spatiale située dans l’antre du Collectionneur nous remémore Les Gardiens de la Galaxie. L’intrusion de Thanos via son Ordre Noir réduit à 3 sbires rappelle Avengers : Infinity War. Seulement il ne s’agit jamais d’une adaptation du MCU en comics. Jason Aaron pioche probablement des éléments suggérés lors de la conception de Ragnarok et Infinity War. Sortis respectivement en octobre 2017 et avril 2018 pour un comics publié en janvier 2017, nul doute qu’il y a eu connivences entre les pôles créatifs ciné et papier de Marvel pour faire coïncider les choses. Mais Jason Aaron s’affranchit rapidement du cinéma. Son histoire se veut plus introspective. Il ne s’agit pas en réalité de savoir « qu’est-ce qu’être Digne ? » ni « va-t-il récupérer un marteau ? » mais bien « qui est réellement le dieu Thor ? ». Jason Aaron conclue en faisant grandir son héros, lui faisant toucher des doigts un concept nouveau pour lui la sagesse. Un joli moment de comics. Et moi lecteur, j’ai bien hâte de le retrouver… Avec ou sans marteau. ■

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Thor : La Guerre de l’Indigne est publié en France par Panini Comics.




A propos Stéphane Le Troëdec 268 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.