Ninja-K : Colin King en mode 007 dévoile les secrets sordides du MI6 [avis]

(image © Valiant Comics)

Ce qu’il y a de bien avec Ninja-K, c’est qu’il s’adresse à tous les types de lecteurs. Si vous êtes un amateur de longue date des comics Valiant, vous allez y découvrir le passé de Colin King. Vous êtes un nouveau lecteur ? Pas de problème, Ninja-K est un récit complet auto-contenu. Avec en bonus, les superbes dessins de Tomás Giorello et de Roberto de la Torre !
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © Valiant Comics)

 

Comme moi, vous vous êtes peut-être déjà demandé si NinjaK se prononçait « nine-jacques » ou bien « ninja-cas ». Cet album règle la question très rapidement : NinjaK alias Colin King n’est pas le 1er des agents spéciaux du MI6. Depuis la Première Guerre mondiale, et l’agent Ninja-A, plusieurs agents se sont succédés. Les agents Ninja fonctionnent un peu comme le matricule double 0 dans les James Bond : quand un agent meurt ou prend sa retraite, un autre prend sa place. James Bond 007 a ainsi succédé à l’agent matricule « 006 ». Actuellement, l’agent « Ninja » du MI6 est Colin King. C’est lui que les lecteurs suivent depuis le retour de Valiant en France chez Bliss Edition (1). Au début de cette histoire, Ninja-K découvre que ses prédécesseurs sont assassinés un à un. Le MI6 lui propose une protection. Mais Colin King compte bien remonter la piste du mystérieux assassin. Il ignore que son enquête va révéler des secrets sordides…

 

(image © Valiant Comics)

 

Trois artistes aux styles différents mais parfaitement utilisés

La 1re chose qui frappe en feuilletant Ninja-K, c’est la qualité graphique ! Ce joli petit pavé regroupe 3 récits, « Les dossiers Ninja », « La Coalition » et « Répercussions », avec à chaque fois un dessinateur différent. On connait déjà Roberto de la Torre pour son travail en 2010 sur Daredevil ou plus récemment sur Shadowman et Docteur Mirage. Son style griffé et surchargé de noir fonctionne très bien avec l’histoire d’horreur qu’on lui confie. Juan José Ryp met son trait fin au service du récit le plus superhéroïque de l’album. C’est peut-être l’artiste le moins inspiré de ce Ninja-K avec des cases un peu trop statiques : on l’a connu plus à son aise sur Britannia. La plus grosse surprise reste Tomás Giorello, vu notamment sur War Mother, livre un travail impressionnant. Son dessin particulièrement riche en détail et dynamique (soutenu par les couleurs de Diego Rodriguez) évoquera sans doute aux vieux lecteurs des artistes comme Barry Windsor-Smith ou bien encore Frank Frazetta. De sacrées références.

 

(image © Valiant Comics)

 

L’histoire des ninjas du MI6

Passé le plaisir des yeux, intéressons-nous aux intrigues de Christos Gage. Dans « Les Dossiers Ninja », le scénariste explore une des zones d’ombre de l’univers Valiant : le mystérieux « bureau Ninja » du MI6. Depuis la Première Guerre mondiale, ce service secret forme des agents d’élite aux méthodes de combat ninja. On savait que Colin Kink, le « Ninja-K » actuel, avait eu des prédécesseurs, mais jamais on ne s’était longtemps arrêté sur ce détail. Ici, Christos Gage profite de l’enquête de Colin King pour lever le voile. De deux manières : la 1re consiste en quelques pages de flashback qui s’étalent sur 5 épisodes, flashbacks illustrés par Simone Bianchi. On y suit une mission du tout 1er agent spécial, Ninja-A, pendant la guerre de tranchées. Le tout dans une ambiance très pulp, genre « ninja contre nazis zombis » assez jouissive il faut bien l’admettre. De plus Christos Gage utilise l’enquête de Ninja-K pour montrer la vie des autres agents ninja du MI6. On regrettera juste que l’histoire progresse de manière assez répétitive : Colin King va parler à une personne A qui lui donne un indice qui le mène à une personne B, qui le mène à son tour à C, etc. Fort heureusement, C. Gage rythme l’ensemble avec bonheur si bien qu’on enchaine les épisodes pris par un tourbillon de révélations et d’action.

 

(image © Valiant Comics)

 

Combat de catch au Mexique ?

Dans le 2nd récit, direction le Mexique ! Finie l’ambiance espionnage et enquête, Christos Gage opte pour une histoire beaucoup plus classique de superhéros. D’affrontement entre équipes, pour être plus précis. Ninja-K fait équipe avec d’autres personnages Valiant comme Dr Mirage, Livewire ou Punk Mambo. Changement de ton, donc, puisque Colin King se retrouve obligé de faire équipe. « La Coalition » se focalise sur leur combat contre une équipe de supervilains. C’est un plaisir de retrouver de vieilles connaissances, mais l’histoire en elle-même est relativement classique. La conclusion promet cependant des répercussions intéressantes pour l’univers Valiant tout entier.

 

(image © Valiant Comics)

 

Horreur à Tchernobyl

« Répercussions » met en scène une des supervilaines des épisodes de « La Coalition » qui s’est réfugiée à Tchernobyl. Ninja-K se rend sur place pour la traquer. Mais arrivé à Prypiat, il comprend vite que la situation est plus compliquée qu’il ne l’imaginait. Christos Gage revient à une mission solo plus classique, qu’il plonge lentement vers l’horreur. L’intrigue utilise bien le contexte historique du lieu et plonge le héros dans une crise personnelle. Au-delà de ce récit intéressant, les coulisses sont passionnantes. Car le torchon brule entre Colin King et le MI6. Depuis l’épisode « La Coalition », sa coéquipière et petite amie est devenue un paria traqué par le gouvernement. Des évènements qui amènent le lecteur à l’event Harbinger Wars : Blackout. ■

(image © Valiant Comics, Bliss Editions)

Ninja-K est un comics publié en France chez Bliss Edition.

 

(1) après un passage éclair chez Panini Comics




A propos Stéphane Le Troëdec 267 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.