Livewire : Une fugitive Valiant (un peu trop) en quête de rédemption

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

Plein feu sur Livewire, l’héroïne techno de l’univers Valiant ! Traquée par tout le monde, Livewire doit entrer dans la clandestinité pour se reconstruire. Mais la rédemption prend des chemins parfois inattendus et surtout un peu longuet…
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

 

Mise sous tension

Dans l’univers Valiant, les psiotiques sont grosso modo l’équivalent des mutants des comics Marvel : des personnages avec des superpouvoirs craints et rejetés par les humains. Ces derniers mois, le conflit a franchi une nouvelle étape. Il a été clairement question que le gouvernement élimine les psiotiques, adultes comme enfants. Amanda McKee, alias Livewire est une de ces psiotiques, capable de se connecter mentalement aux machines et d’en prendre le contrôle. Après avoir été le bras droit de Tokyo Harada, le grand vilain de l’univers Valiant, Livewire s’est émancipée pour défendre la cause psiotique : elle a pris sous son aile une poignée de jeunes psiotiques marginaux. Mais, dans le crossover Harbinger Wars : Blackout, Amanda a dû commettre l’irréparable pour protéger les siens : une panne de courant généralisée sur le territoire américain, entraîner d’innombrables blessés et morts. Devenue une terroriste aux yeux du gouvernement et du grand public, elle est maintenant une fugitive activement recherchée…

 

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

 

Remise en cause

On le voit, c’est une toute nouvelle période pour Amanda McKee qui s’ouvre dans Livewire. Le personnage est pour ainsi dire remis totalement à plat : il faut revoir sa place dans l’univers Valiant, ses relations avec les autres personnages et surtout qu’elle s’interroge sur ses propres agissements (peut-elle encore se considérer comme une superhéroïne ?). Côté scénario, Vita Ayala a donc tout à reconstruire sur ce personnage devenu particulièrement isolé. En trois sagas (« Fugitive », « Guerrière » et « Championne »), l’intrigue nous raconte donc la rédemption de Livewire.

 

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

 

La fugitive

Seule, poursuivie et traquée, Livewire n’a plus aucun soutien. Le gouvernement veut lui mettre la main dessus pour désactiver ses pouvoirs psiotiques. Même ses protégés de Secret Weapons se sentent trahis et ne veulent plus d’elle. C’est donc en mode fugitive qu’Amanda McKee devra se reconstruire. Première conséquence : cet album devient globalement indépendant et auto-contenu. Il y a bien quelques références et allusions à des événements passés, mais Livewire se lit presque comme un récit complet, dans la tradition d’une partie des titres Valiant Comics. Dans « Guerrière », ce statu quo de « Fugitive » perdure et Livewire se met en tête de libérer une jeune psiotique. L’autrice Vita Ayala positionne cette petite fille comme si elle tendait un miroir à Amanda pour mieux se regarder. Hélas, malgré la finesse déployée, malgré les scènes d’action, cela fait tout de même 8 épisodes centrés sur essentiellement les questionnements et la rédemption potentielle de Livewire. C’est long, très long, si bien qu’arrive un moment où lire les hésitations et interrogations d’Amanda finit par lasser un peu. Heureusement, la 3e partie, « Championne », aborde un autre sujet et s’avère au final constituer le meilleur de cet album.

 

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

 

Héroïsme et politique

« Championne » marque un moment pivot dans l’album Livewire. C’est une nouvelle étape dans la vie d’Amanda. Un politique entend défendre la cause psiotique dans l’espoir de se faire élire. Et il compte bien utiliser Livewire comme porte-étendard. Pas forcément la meilleure stratégie de communication, à 1re vue, mais le sénateur John Write a plus d’une carte à jouer. Ce dernier tier de Livewire relève le niveau de l’album, en plaçant son héroïne dans un rôle inattendu et intéressant, surtout quand on connaît son histoire récente. Trahison, coups montés, manipulations, retournements de situation… Vita Ayala trouve ici un peu plus de place, d’ampleur et d’intelligence pour son scénario. Au point qu’on regrette presque que, dans les dernières pages, elle ne pousse pas l’idée encore plus loin. Il y a comme une « remise dans le circuit », si je peux dire, un peu trop facile à mon sens, sur le mode « tout est pardonné » (après, il faut bien pouvoir enchaîner avec un autre récit complet et auto-contenu, c’est le principe chez Valiant). Le résultat donne tout de même au final l’impression d’un « tout ça pour ça » un peu décevant.

 

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

 

Trois parties pour trois styles graphiques pour une édition impeccable

Côté dessins, chaque saga se voit attribuer un dessinateur et donc un style particulier. Raúl Allén et Patricia Martin ouvrent le bal avec une superbe ligne claire. Forcément, au jeu de la comparaison, les choses se gâtent avec l’arrivée de Kano sur le 2nd tier, puis de Tana Ford sur « Championne ». Le style graphique devient moins fin, plus épais et lourd, au fil des épisodes. De plus, je regrette que les pouvoirs technologiques de Livewire ne soient pas plus mis en avant : visuellement, ce pourrait être un festival d’effets visuels. Là, le résultat est trop timoré à mon goût. Un mot enfin sur l’édition française signée Bliss Éditions, impeccable comme d’habitude. Bliss Éditions publie probablement les comics parmi les mieux façonnés en France : qualité du papier, de la reliure, grammage, couverture en carton blindée. Le tout avec un respect méticuleux des artistes qui force le respect (le respect vis-à-vis Vita Alaya est absolument exemplaire). En ces temps un peu compliqués pour les éditeurs, il me paraissait important de le faire souligner. ■

Livewire
(image © Bliss Comics, Valiant Comics)

Livewire est un comics publié en France par Bliss Editions. Il contient : Livewire n°1 à 12.




A propos Stéphane Le Troëdec 467 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.