Spoilez-moi : j’aime ça ! [En Vert et Contre Tous n°33]

« Non, surtout pas de spoilers ! ». Cette phrase m’agace de plus en plus. On a horreur d’être spoilé et je peux le comprendre. Moi, je m’en moque. Parce que, selon moi, ce n’est pas le rebondissement final qui fait qu’une œuvre soit réussie ou pas. J’irai peut-être même jusqu’à penser le contraire et à me demander si tout l’effet de buzz autour de la notion de spoil n’est pas juste une manière de cacher les défauts de certains comics !
■ par Doop

 

Qu’est-ce qu’un spoiler ?

Commençons par la base, tenter de définir le spoiler. Le 1er problème, c’est la notion de spoiler dans un univers qui propose des histoires en continuité depuis plus de 80 ans ! À quel moment l’exposition de tel ou tel fait devient un spoiler ? Si je vous raconte la fin de Batman : Année Un, publié il y a 30 ans, dans un article qui analyse ce comics, prendriez-vous cela comme un spoiler ? Sincèrement, j’estime qu’un délai d’1 an ou 2 annule totalement l’effet de spoiler. Surtout avec le décalage VO/VF et le reboot incessant des univers ! Dès qu’un comics est paru depuis plus d’un an, je ne vois pas comment on peut accuser les gens qui en parlent de spoiler. Peut-on réellement spoiler la fin de Watchmen de nos jours ? En dehors du cas très particulier de quelqu’un qui le lirait pour la 1re fois, qui voudrait ne pas connaître la fin et le signifierait clairement, je ne vois pas comment. Et bien évidemment il faudrait conseiller à cette personne de ne pas lire d’articles sur le sujet. Et je pose la question : quand bien même ?

 

(image © Marvel Comics)

 

Le spoiler ne dénature pas la lecture, bien au contraire

Sincèrement, je fais partie de ceux qui se moquent totalement du spoiler. Allez-y, balancez-moi la fin de Game Of Thrones ou de Batman : Metal, je n’en ai rien à faire ! Parce qu’à mes yeux, la fin d’un récit n’est qu’un élément de plus dans sa réussite ou son échec. Et que ce n’est pas parce que je connais déjà la fin que cela va forcément enlever de la valeur à l’histoire. Alfred Hitchcock disait que, dans un film, s’il faisait exploser une bombe sous une table sans avoir prévenu, le spectateur serait surpris pendant 1/10ème de seconde. Alors que s’il montrait la bombe dès le départ et passait 1h30 à filmer le repas, le suspens durerait tout le long du film. C’est pertinent. Car finalement, un récit prend sens lorsque tous les éléments développés pendant l’histoire se mettent en place pour une fin surprenante ou spectaculaire. À part le fait de posséder une mémoire absolue, je ne vois pas comment on pourra retrouver certains éléments conduisant à une fin qui fait sens sur un comics dont la publication s’étale sur une ou 2 années ou une série qui a duré plus de 8 ans. Et c’est d’ailleurs le seul point intéressant : est-ce que la révélation finale a été construite durant toute la série ? Parce que s’il s’agit simplement de construire une conclusion spectaculaire ou inédite sans lien avec le point de départ, tout simplement parce qu’il s’agit d’un passage obligé, c’est juste nul. Allez, encore une métaphore télévisuelle : Lost ou Battlestar Galactica. L’assertion selon laquelle un récit perd tout intérêt parce que l‘on connaît déjà la fin est à mon sens complètement absurde. Cela veut donc dire que l’œuvre en question n’a plus d’intérêt à la relecture ? Que l’on ne peut donc lire certains comics qu’une seule et unique fois ? Sincèrement, lorsqu’on connaît la fin de Sandman et le destin de Morpheus, la 2e ou 3e lecture de l’œuvre est nettement plus passionnante. On relève alors dans chaque partie tel ou tel point qu’on avait pas remarqué et qui nous amenait pourtant vers cette conclusion. C’est encore mieux ! En tout cas j’y prends plus de plaisir. Mes 2 spoilers préférés : le Xorn/Magneto ou la fin du 1er épisode des Thunderbolts ! Pas uniquement parce que personne ne l’avait vu venir mais surtout parce que des indices couraient tout au long de l’œuvre. Ce sont 2 énormes moments, bien construits, et ça ne m’empêche pas de relire ces sagas avec encore plus de plaisir.

 

(image © Marvel Studios)

 

Le spoiler comme cache-misère ?

Ne pas vouloir être spoilé, qu’est-ce que ça cache en fin de compte ? C’est un peu rechercher une sensation forte, un moment d’adrénaline. C’est monter sur un grand huit, tout simplement, rechercher la satisfaction immédiate. Ne nous voilons pas la face, c’est aussi un terrible argument marketing. Sincèrement, tout le buzz autour de la fin d’Avengers : Endgame n’est-il pas juste un moyen de faire monter la pression ? Qu’y a-t-il dans cette fin de surprenant ou de réfléchi ? Rien. Parce que rien n’a été pensé sur la durée. Parce qu’il n’y a aucune surprise. Parce qu’on crée artificiellement du suspense pour inciter les spectateurs à venir voir le film. Je pense en particulier à la mort d’un personnage qui tombe comme un cheveu sur la soupe, sans aucune préparation, sans aucune justification. Juste histoire de dire « tiens, qui va-t-on pouvoir tuer qui impressionnerait les spectateurs ? ». C’est nul et en plus mal joué, mal réalisé et mal écrit. Oui, je parle de cette scène sur une certaine planète qui met en scène 2 membres des Avengers qui doivent se sacrifier. Quoi de plus fascinant qu’une annonce qui vous dit « la fin est géniale et surprenante, surtout ne le dites à personne » ? Moi cela a plutôt tendance à me faire fuir, je préfère une accroche du genre « la fin va vous surprendre, mais si vous avez bien tout lu, elle fait sens ». Tout le buzz autour du mariage de Batman et Catwoman ne change absolument rien à l’histoire, simplement à donner un peu de hype et à faire grimper les ventes. Encore une fois, tout est dans la mesure. On peut vouloir être surpris, choqué, ému par un évènement qu’on ne connaît pas, mais cela n’enlève absolument rien à la qualité de l’œuvre. Ou alors cela veut dire que l’œuvre ne tient que par son dénouement, et que de fait elle est ratée ! Et si mon article vous a plu, foncez lire mes autres billets d’humeur. ■




A propos Doop 231 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.