Immortal Hulk, tome 1 : Enfin un vrai Hulk ! [avis]

(image © Marvel Comics)

Après sa mort dans Civil War II, on avait un peu perdu de vue Hulk. Le revoici dans une toute nouvelle série qui renoue avec l’esprit de la série télévisée. Et c’est une réussite ! Dès ses 1res pages, Immortal Hulk propose une vision originale et travaillée de la relation entre le scientifique et son monstrueux alter ego.
■ par Doop

(image © Marvel Comics)

« Ou est-il les deux ? ». C’est derrière ce titre bizarre que se cachent les toutes nouvelles aventures du Géant de Jade, Immortal Hulk signées Al Ewing (The Ultimates, Avengers Assemble) et Joe Bennett, un vétéran de l’industrie qui a signé des titres allant de X-51 à Checkmate en passant par les Teen Titans, Batman ou encore Elektra. Je dois vous avouer que même s’il bénéficie d’une bonne réputation, les histoires d’Al Ewing m’ont souvent laissé de marbre. J’ai toujours eu tendance à le considérer comme un sous-Paul Cornell, lui-même étant un sous-Warren Ellis. Il faut reconnaitre qu’Al Ewing a souvent de bonnes idées. Il a produit Loki agent d’Asgard, une très bonne série qui à mes yeux a redoré son blason. L’idée de l’associer avec Joe Bennett, un dessinateur en progression constante depuis les années 90 et qui semble avoir enfin la reconnaissance qu’il mérite, me semblait assez aguichante pour tenter l’aventure. Et bien m’en a pris. Cela faisait très longtemps que je ne m’étais pas autant régalé sur une série consacrée au personnage ! Dans Immortal Hulk Al Ewing propose une version complètement déconnectée des évènements Marvel (ce qui est toujours une bonne chose). Elle fonctionne un peu sur le souvenir de la série télévisée ou des 1ers épisodes de Bruce Jones. En effet, c’est seul et sans argent que Bruce Banner traverse les États-Unis et combat les apparitions de son double destructeur. Bruce est poursuivi par une journaliste (Jackie McGee, référence encore une fois à la version télé) et se retrouve toujours embarqué dans des situations qui vont le forcer à laisser la place à Hulk pour résoudre une situation difficile.

 

(image © Marvel Comics)

 

Un festival d’inventivité

D’entrée, Al Ewing propose dans Immortal Hulk une approche originale et bien pensée, qui permet de raccrocher les wagons avec Civil War II : si Bruce Banner peut être tué, Hulk en revanche ne peut pas mourir ! Cela permet de justifier toutes les « morts » du personnage et ses résurrections sans avoir de problèmes et sans aller contre les continuités précédentes. De plus Al Ewing propose une version de Hulk assez inédite, intelligente (il parle de manière sensée) mais très méchante. S’il n’a pas encore franchi les limites du meurtre, le Immortal Hulk de Bennett et Ewing n’hésite pas à mutiler ou à torturer ses « proies », qui pour le moment le méritent bien. À ma connaissance, personne n’avait encore fait de Hulk un monstre sadique, utilisant sa force et son potentiel de destruction pour faire mal. Hulk fait vraiment peur et permet non seulement de tirer la série vers l’horreur, mais aussi de lui donner une profondeur psychologique bienvenue. Sous la plume d’Al Ewing, Immortal Hulk est presque devenu une légende : lorsque Banner meurt, Immortal Hulk apparait ! C’est vraiment bien vu !

 

(image © Marvel Comics)

 

De courts récits complets et un fil rouge

Dans Immortal Hulk, Al Ewing met un point d’honneur à produire quasiment une histoire complète par épisode ! Il rompt donc avec le fameux système des arcs de 5 ou 6 numéros et c’est tant mieux. Cela permet de donner un rythme au récit. Et il peut donc se permettre de tenter des choses, comme cet 3e épisode où l’histoire est racontée de différents points de vue, avec différents dessinateurs. Certes ce procédé n’est pas nouveau. Il a déjà été utilisé dans un vieux Spectacular Spider-Man écrit par… Peter David. Mais cela permet à la série de se distinguer dans sa forme aussi bien que dans ce qu’elle raconte. Les 5 épisodes de ce volume ne sont pourtant pas déconnectés : il y a bien une trame sous-jacente qui envoie la série directement vers l’horreur et la possession, tout en reprenant des passages du run de Bill Mantlo (notamment la relation entre Bruce et son père). Cela donne une ambiance noire et glauque. Mais, contrairement à des tonnes de séries actuelles, ça a véritablement du sens. Il y a du lien entre les différents porteurs de la marque gamma, puisque Sasquatch est l’un des protagonistes principaux des 2 derniers épisodes. Il faut dire qu’Al Ewing semble vouloir proposer avec Immortal Hulk quelque chose d’original autour des radiations gamma et de leur lien avec des forces démoniaques. C’est vraiment intéressant.

 

(image © Marvel Comics)

 

Des dessins au diapason

Si le scénario est très fort, on peut dire la même chose des dessins ! Joe Bennett a commencé comme « monsieur bouche-trou » dans les années 90. Petit à petit, le dessinateur a gagné du galon, densifiant son trait très propre. Au fil des années, il a proposé des pages de plus en plus solides. Si son style sur Immortal Hulk est encore un peu classique, ses pages sont vraiment magnifiques ! Il faut dire que le dessinateur est tout terrain, étant aussi à l’aise dans les scènes intimistes que dans les grandes doubles pages d’action, ce dont Immortal Hulk regorge. L’encrage de Ruy José lui convient d’ailleurs à merveille.

 

(image © Marvel Comics)

 

Enfin un vrai Hulk !

J’avais complètement laissé tomber le personnage depuis les Hulk multicolores de Jeph Loeb et Ed McGuiness, ne suivant que de très loin des relances ratées de Jason Aaron, Mark Waid et consorts. Depuis des années, Hulk a évolué au gré des modes et des styles, essayant désespérément de percer et de retrouver sa gloire d’antan. J’ai même eu l’impression que Marvel avait mis de côté le géant vert, attendant la bonne occasion pour le ressortir. Marvel est prêt à sortir en 4e vitesse un comics portant sur des personnages secondaires des films pour surfer sur leur éphémère popularité (Shuri, La Guêpe). Et alors que le personnage est l’un des plus mis en avant du film Thor : Ragnarok, il ne s’est pourtant rien passé côté comics. On pouvait légitimement se poser des questions. Il faut dire que ce n’est pas facile à écrire ce genre de chose. Hulk est un personnage très solitaire, qui impose donc beaucoup de finesse et d’inventivité. Ce n’est pas pour rien que Loeb a introduit 100 000 Hulk différents et que Greg Pak a complètement laissé tomber le personnage pour écrire à sa place Hercule ou Amadeus Cho ! À mon sens seuls 4 ou 5 scénaristes contemporains ont su gérer les relations complexes entre Bruce et Hulk : Bill Mantlo, Peter David, Paul Jenkins, Joe Casey et Bruce Jones, tout du moins au départ. Tout le reste n’a été que ratage et ventes abominables sur le long terme (allez, on sauve Planète Hulk). Il fallait donc un scénariste un peu ambitieux, proposant des idées originales et c’est exactement ce que l’on trouve ici. Avec Immortal Hulk, Al Ewing et Joe Bennett réalisent un tour de force que l’on n’avait pas vu depuis au moins 15 ans : rendre le personnage enfin intéressant ! À mon sens l’une des lectures du mois ! ■

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Immortal Hulk tome 1 est un comics publié en France par Panini Comics.

 




A propos Doop 208 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.