Gamera contre Barugon : le film le plus adulte de la saga enfin en blu-ray 4K

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Avec Gamera contre Barugon, Roboto Films poursuit son travail de réhabilitation du kaiju eiga japonais en proposant une restauration 4K d’un film longtemps considéré comme l’un des sommets de la saga Gamera. Sorti en 1966, ce deuxième épisode tranche nettement avec l’image enfantine qui collera par la suite au personnage de Gamera. Plus long, plus sombre, plus ambitieux, Gamera contre Barugon cherche clairement à séduire un public adulte. La question est donc double : le film tient-il encore la route aujourd’hui, et cette nouvelle édition blu-ray permet-elle d’en révéler toute la richesse ?

Un récit de monstres fondé sur la cupidité humaine

Contrairement à ce que son titre laisse penser, Gamera contre Barugon n’est pas un enchaînement de combats spectaculaires. Le cœur du film repose avant tout sur un récit humain, centré sur la cupidité, la trahison et les conséquences d’un acte irréfléchi. Le scénario écrit par Nisan Takahashi prend son temps pour installer une intrigue quasi aventureuse, teintée de film noir, autour d’une expédition destinée à récupérer une mystérieuse pierre précieuse, une opale cachée en Nouvelle-Guinée. Cette approche donne au film un rythme parfois déroutant, mais aussi une densité inhabituelle pour un kaiju eiga de l’époque.

Ce choix narratif peut frustrer les amateurs de destruction massive, mais il renforce paradoxalement l’impact de Barugon, dont l’apparition tardive est traitée comme un véritable événement (la pierre précieuse est en réalité un œuf qui finit par éclore). Ici, le monstre n’est pas une simple attraction, mais la conséquence directe de la bêtise humaine, un thème qui traverse discrètement tout Gamera contre Barugon.

Barugon, un kaiju tragique et mémorable

Barugon est sans doute l’un des adversaires les plus marquants de la saga. Quadrupède reptilien, doté d’une langue extensible pouvant projeter un jet de glace, et d’une épine dorsale tirant un rayon arc-en-ciel destructeur, Barugon se distingue par un design à la fois simple et immédiatement identifiable. Les effets spéciaux, supervisés par Akira Inoue, impressionnent encore aujourd’hui par leur inventivité, notamment lors des scènes de gel massif et de destruction urbaine.

Ce qui rend Barugon particulièrement intéressant, c’est son statut de créature tragique. Il n’est ni foncièrement maléfique, ni animé par une volonté de domination. Il agit par instinct, poussé à l’éveil et à la croissance par l’avidité humaine. Cette dimension donne au combat final de Gamera contre Barugon une tonalité presque mélancolique, rare dans ce type de production.

Un Gamera encore ambigu, loin du héros pour enfants

Dans Gamera contre Barugon, Gamera n’est pas encore le « protecteur de l’humanité » qu’il deviendra par la suite. Il apparaît comme une force élémentaire, attirée par les sources d’énergie, capable de détruire un barrage sans le moindre état d’âme. Le film entretient volontairement cette ambiguïté, notamment lors de la première confrontation entre les deux monstres, où Gamera est sévèrement mis en échec par le rayon réfrigérant de Barugon.

Cette représentation plus adulte du personnage donne au film une saveur particulière, même si la résolution finale reste classique. Le basculement vers un Gamera héroïque est un peu abrupt, mais il s’inscrit dans une période charnière pour la franchise, encore en quête d’identité.

Une mise en scène ambitieuse pour le kaiju eiga des années 60

Réalisé par Shigeo Tanaka, seul réalisateur de la saga à ne pas être Noriaki Yuasa, Gamera contre Barugon se distingue par une mise en scène plus posée, parfois presque contemplative. Les scènes où les grands monstres n’apparaissent pas bénéficient d’un soin inhabituel, et les séquences de destruction s’appuient sur des maquettes détaillées et une photographie soignée.

Le film ose également montrer des blessures, du sang (violet ou vert, selon le kaiju), et même une certaine forme de violence graphique appliquée aux monstres, un choix audacieux pour l’époque. Cette brutalité contrôlée et certaines allusions sexuelles participent à l’identité singulière de Gamera contre Barugon, souvent considéré comme le film le plus « sérieux » de l’ère Showa pour le personnage.

Une restauration 4K qui sublime le film

L’édition blu-ray proposée par Roboto Films est une véritable redécouverte. La restauration 4K met en valeur les textures des décors, les costumes des kaiju et les effets optiques, notamment le fameux rayon arc-en-ciel de Barugon. Le grain argentique est respecté, la stabilité de l’image impressionne, et les couleurs retrouvent une profondeur rarement vue sur les anciennes éditions.

Les pistes audio, propres et bien équilibrées, permettent de redécouvrir la musique et les ambiances sonores sans saturation excessive. Cette édition rend enfin justice à Gamera contre Barugon, longtemps cantonné à des copies médiocres et tronquées à l’international.

Gamera contre Barugon, un classique imparfait mais essentiel

Malgré un rythme parfois inégal et une narration qui demande un minimum de patience, Gamera contre Barugon reste un film à part dans la saga. Plus adulte, plus sombre, plus ambitieux, il témoigne d’une tentative sincère d’élever le kaiju eiga au-delà du simple divertissement pour enfants. Grâce à cette édition soignée en blu-ray 4K de Roboto Films, le film retrouve une visibilité méritée et s’impose comme une étape incontournable pour comprendre l’évolution du premier Gamera vers Gamera contre Gyaos (sur lequel on reviendra rapidement).

Un film imparfait, mais profondément attachant, qui mérite largement d’être redécouvert aujourd’hui par les amateurs de cinéma fantastique japonais.




A propos Stéphane 796 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.