Gamera : la restauration qui redonne vie au kaiju culte chez Roboto Films

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Il y a des monstres géants qui écrasent tout sur leur passage, et puis il y a Gamera. Une tortue géante crachant du feu, capable de voler comme un ovni, née dans les années 60 pour concurrencer Godzilla, et qui a fini par tracer sa propre route dans l’histoire du kaiju eiga. Avec cette édition en 2 versions (4K UHD 2160p ou Blu-Ray 1080p), Roboto Films remet en lumière le premier film de la saga dans des conditions techniques inédites. La question n’est donc pas seulement de savoir si Gamera a bien vieilli, mais si cette restauration permet enfin de redécouvrir ces films au-delà de leur réputation parfois caricaturale. Est-ce que le spectacle tient toujours ? Le propos est-il plus riche qu’on ne le croit ? Et surtout, cette édition vaut-elle le détour pour un public de cinéphiles et d’amateurs de cinéma de genre.

Gamera : une alternative crédible au mythe Godzilla

Dès son apparition en 1965 sous la houlette de Noriaki Yuasa, Gamera se positionne clairement comme une réponse à Godzilla, tout en refusant d’en être une simple copie. Là où le monstre de la Toho incarnait un traumatisme nucléaire et une menace implacable, Gamera adopte rapidement une posture plus ambiguë. Destruction massive, certes, mais aussi compassion inattendue, notamment dans sa relation avec les enfants. Cette dualité, parfois maladroite, parfois touchante, devient l’une des signatures de la saga. Le premier film pose déjà les bases d’un ton oscillant entre sérieux et bizarrerie assumée, avec une identité propre qui s’affirme au fil des épisodes sans jamais renier son ADN populaire.

Une lecture politique et humaniste souvent sous-estimée

Ce que cette restauration permet de mieux percevoir, c’est à quel point Gamera est traversé par des thématiques étonnamment cohérentes. Derrière les maquettes et les costumes (très réussis) se dessine un discours très marqué sur la peur nucléaire, la responsabilité scientifique et surtout la coopération internationale. Contrairement à certaines versions occidentalisées qui ont gommé ces éléments, les films originaux insistent sur l’idée que les catastrophes naissent des conflits humains, et que seule une réponse collective peut y mettre fin. Ce message, parfois naïf, parfois appuyé, confère à Gamera une sincérité qui le distingue de nombreux kaijus purement destructeurs.

La restauration 4K : un choc visuel inattendu

Supervisée notamment par Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, la restauration 4K opérée à partir des négatifs originaux change radicalement l’expérience. Le grain du noir et blanc est mieux maîtrisé, les contrastes révèlent enfin des détails longtemps enfouis dans les copies anciennes, et la texture des costumes gagne une présence presque troublante. Certaines séquences de destruction, autrefois perçues comme artisanales, prennent aujourd’hui une ampleur nouvelle. On découvre la précision du travail des équipes de l’époque, les surimpressions (la matepainting du champignon nucléaire en impose), et une inventivité technique qui force le respect. Le film ne devient pas moderne pour autant, mais il retrouve une lisibilité et une puissance visuelle qui lui manquait cruellement.

Effets spéciaux et mises en scène : entre charme rétro et limites évidentes

Il serait malhonnête de prétendre que Gamera échappe aux défauts de son époque. Les câbles se devinent malgré le travail admirable, certaines incrustations accusent le poids des années, et les mouvements du monstre peuvent prêter à sourire (cela reste un acteur dans une combinaison). Mais… mais cette édition permet aussi de mieux apprécier la mise en scène de Noriaki Yuasa, son sens du rythme et sa capacité à rendre lisible l’action malgré des moyens limités. Le ridicule n’est certes jamais loin, surtout lorsque Gamera s’envole en tournoyant, mais il fait partie intégrante de l’expérience. Et pour beaucoup, c’est précisément ce mélange de sérieux et d’absurde qui rend ces films profondément attachant !

Une édition pensée pour les amateurs éclairés

L’édition proposée par Roboto Films s’adresse clairement à un public qui sait ce qu’il vient chercher. Le respect de l’œuvre et de son histoire crève les yeux. La restauration met en valeur le matériau d’origine sans le trahir, et permet de redécouvrir Gamera dans des conditions proches de ce qu’avaient imaginé ses créateurs. Pour les amateurs de kaiju, de cinéma japonais ou simplement de patrimoine fantastique, cette sortie constitue une pièce importante, presque pédagogique, dans la compréhension de l’évolution du genre.

Conclusion : Gamera, enfin réhabilité par la 4K

Avec cette restauration, Gamera cesse d’être seulement une curiosité bis. Il redevient ce qu’il a toujours été en filigrane : un film imparfait, inventif, parfois maladroit, mais sincère et étonnamment moderne dans ses intentions. Roboto Films signe ici une édition précieuse, qui rappelle que le cinéma de monstres ne se résume pas à la démesure, mais peut aussi porter un regard sensible sur son époque. Gamera ne gagnera peut-être jamais le statut mythique de Godzilla, mais dans cette version restaurée, il s’en approche dangereusement. Roboto Films propose le premier opus, Gamera, avec ses 2 suites, Gamera contre Barugon et Gamera contre Gyaos, sur lesquels nous reviendrons rapidement ici même.




A propos Stéphane 796 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.