La diversité… c’était mieux avant ! [En Vert Et Contre Tous n°39]

diversité dans les comics
(image © Marvel Comics)

La rumeur persistante d’un futur changement de couleur de peau de Batman risque de faire encore couler beaucoup d’encre. Manquerait plus qu’il soit gay, ma bonne dame ! Et dire que tout le monde s’en serait moqué il y a quelques années.
■ par Doop

 

diversité comics batman noir stan lee
Dans Just imagine Stan Lee’s Batman, Stan Lee et Joe Kubert imaginaient déjà un Batman noir sans créer de polémique… (image © DC Comics)

 

Une diversité aux forceps ?

Plus sérieusement, on risque encore une fois de réveiller la frange la moins fréquentable des lecteurs de comics, surtout si DC nous sert une histoire bâclée. En ces heures où tout le monde a désormais le droit à la parole derrière son clavier, il ne va pas trop falloir se rater. Ce qui est malheureusement l’option la plus probable. Car sincèrement, en l’état, il n’y aura aucune justification valable à un remplaçant noir de Bruce Wayne si ce n’est l’éternel argument de la diversité. En effet, ce nouveau personnage n’existe pas encore, ou tout du moins n’a pas eu d’importance dans les séries Batman récentes. On risque donc d’avoir un héros mal fagoté, qui va reprendre le flambeau alors qu’il n’est, en tout cas pour le moment, pas légitime. En fait, reporter ce changement uniquement sous le prisme de la couleur de peau est un argument terriblement tendancieux, qui empêche surtout de voir le problème réel : à savoir la facilité de l’écriture. Bien évidemment, c’est très difficile de juger, ce changement ne s’étant pas encore produit, mais on peut quand même avoir quelques pistes en regardant ce qui s’est fait avant.

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James Rhodes Iron Man
James sur le point d’enfiler le casque d’Iron Man (image © Marvel Comics)

 

La jurisprudence James Rhodes !

Sincèrement, si je comprends complètement l’envie de voir des personnages un peu différents, il ne faut pas non plus faire n’importe quoi. Si l’on décide en quelque mois d’avoir un Batman noir sans aucune autre justification, cela risque même de devenir très contre-productif. Pour la énième fois, on nous sortira que le public n’est pas encore prêt, que les gens ne veulent pas de la diversité. Et c’est encore une fois un argument totalement faux. La seule chose à laquelle le public n’adhère pas, ce sont des mauvaises histoires. Prenons l’exemple de James Rhodes, qui a revêtu l’armure d’Iron Man durant une bonne période dans les années 80. A aucun moment je ne me suis fait la réflexion du changement de couleur de peau du héros, parce que c’était tout simplement logique ! Je ne crois pas que Marvel ait reçu des menaces de mort à l’époque et jamais le fait de mettre un héros noir dans le costume de l’un des plus célèbres personnages de la compagnie n’a fait débat : c’était juste naturel ! Rhodey gravitait depuis des dizaines d’années autour de Tony, il était son remplaçant idéal! Alors oui, ce n’était qu’un remplacement de moyenne durée, mais cela compte quand-même (surtout que le fameux Batman noir risque de durer moins longtemps sous le masque que James Rhodes dans l’armure). Si James Rhodes avait été présenté au lecteur uniquement quelques numéros plus tôt, cela n’aurait pas fonctionné, qu’il soit blanc, noir, vert ou bleu parce qu’il n’aurait eu aucune légitimité. Exemples : Jean Paul Valley ou Ben Reilly !

 

Tornade Ororo X-Men
Pendant des années, Tornade a dirigé les X-Men sans que personne ne se pose de questions… (image © Marvel Comics)

 

La diversité, ça marchait mieux avant !

C’est quand-même troublant de voir que les personnages issus de la diversité ont plus de mal à s’affirmer auprès du lectorat actuel que 20 ans plus tôt. L’affirmation selon laquelle il n’y a jamais eu de diversité dans les comics avant les années 2010 est fausse. On a évoqué James Rhodes, mais on pourrait aussi citer des dizaines de personnages noirs, asiatiques, gays et féminins qui ont connu leur heure de gloire il y a plus de 20 ans. Sans que cela ne réveille les gros racistes de base ou les hystériques de la diversité. Avez-vous oublié Black Lightning ? John Stewart ? Captain Marvel (Monica Rambeau) est devenue chef des Avengers, pas parce qu’elle était noire ou qu’elle était une femme, simplement parce que c’était la plus légitime. Black Widow ou la Guêpe aussi, et personne n’en a fait un fromage. Tornade a été l’un des leaders les plus charismatiques des X-Men.  Et personne n’a relevé constamment l’argument de sa couleur de peau. Mr Terrific était non seulement un génie, mais aussi le leader de la JSA dans les années 2000. Encore pire, il était en couple avec la plus blonde (OK, brune) des héroïnes ! Les séries Spider-Woman, Miss Marvel ou Miss Hulk n’ont peut-être pas connu une longévité exceptionnelle, mais elles étaient bien présentes. Du coup, personne n’a attendu les bons sentiments de Disney et consorts pour proposer de la diversité dans les comics. Alors on pourra toujours rétorquer que ces personnages n’ont jamais réellement eu de séries propres ou que ces dernières n’ont pas tenu très longtemps… Cela reste à voir. Spawn a été l’une des meilleures ventes de comics dans les années 90 et fête ce mois-ci son 300e épisode. Bishop The Last X-Man ainsi que District X ont tenu respectivement 14 et 16 numéros, ce qui est plus que la grande majorité des séries actuelles. Et avez-vous déjà entendu parler des comics Milestone ?

 

(image © DC Comics)

 

Pourquoi changer si on peut créer ?

L’idée, si l’on veut introduire de la diversité, c’est surtout de créer un personnage bien campé, qui se définit autrement que par sa couleur, son orientation sexuelle et sa religion. Pourquoi Kamala Khan ou Miles Morales fonctionnent ? Parce qu’ils ont été à un moment bien écrits et qu’ils ne se sont pas posés en tant que remplaçants, mais en véritables partenaires des super-héros existants. Kamala n’a pas remplacé Carol Danvers, Miles Morales ne remplace pas actuellement Peter Parker. À mon sens, faire coexister, c’est le meilleur moyen de faire vivre des personnages, qui pourront, après un certain temps, remplacer. Dans les comics j’ai trouvé la passation de bouclier entre Captain America et le Faucon intéressante, surtout que les 2 héros ont pendant longtemps été équipiers. Mais elle n’a aucune justification dans les films. Les 2 personnages ne se connaissent pas et n’ont quasiment rien vécu ensemble. Du coup, on se retrouve avec uniquement l’argument de la couleur de peau. Voilà qui, à mon sens, invalide totalement le message. Je ne parlerai même pas de la scène risible des filles Marvel lors du combat contre Thanos. Vous vous rendez quand-même bien compte que la série Batgirl qui a connu la plus longue longévité est celle dont l’héroïne principale était une jeune asiatique muette ? Pourquoi ? Simplement parce que c’était un bon personnage, tenu par de bons scénaristes et un excellent dessinateur et qu’il ne s’agissait pas de se substituer à Barbara Gordon. Remplacer juste pour « créer le buzz » ne fonctionne jamais. De fait, on en revient toujours à la même chose : tout fait sens tant que c’est bien pensé et bien écrit. ■

 

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(image © DC Comics, Marvel Comics)




A propos Doop 260 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.