Captain Marvel, l’intégrale 1967-1969 : retour aux sources cosmiques [avis]

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Avec la sortie du film Captain Marvel, Panini Comics se devait de rééditer les 1res aventures de Mar-Vell, le soldat kree venu anéantir les humains. Cette intégrale réunit les tout débuts du héros cosmique et de mieux comprendre le personnage et ses déclinaisons.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © Marvel Comics)

 

D’une certaine façon, le Captain Marvel de Roy Thomas et Gene Colan reprend le concept général de la future série Silver Surfer. À savoir, l’extraterrestre surpuissant qui ressent une bienveillance inattendue pour l’humanité. Le colonel kree Yon-Rogg envoie son meilleur soldat Mar-Vell espionner les humains dans le but par la suite de se venger de la destruction d’une Sentinelle kree. Mais les motivations de Yon-Rogg ne sont pas seulement militaires. Le colonel a des vues sur la jolie doctoresse Una, malheureusement pour lui déjà en couple avec Mar-Vell. Yon-Rogg espère donc que ce dernier va faillir dans sa mission. Arrivé sur Terre, Mar-Vell prend l’identité du Dr Lawson, un scientifique travaillant sur la base de la NASA de Cap Canaveral. Très vite, la jolie Carol Danvers, responsable de la sécurité du site, s’interroge sur le comportement étrange du Dr Lawson. Et pendant ce temps, Yon-Rogg ne cesse de confier à Mar-Vell des missions de sabotage de plus en plus difficiles. Car Mar-Vell ressent une étrange empathie envers les êtres humains. Va-t-il sacrifier sa carrière et son amour pour sauver l’humanité ? Le vil Yon-Rogg parviendra-t-il à lui faire commettre un faux pas qui lui serait fatal ? Et Carol Danvers va-t-elle découvrir la vérité sur l’origine de Mar-Vel ?

 

(image © Marvel Comics)

 

Une série au suspense savamment orchestré

Vous craignez que ce comics de la fin des années 60 soit une lecture rébarbative ? Détrompez-vous ! Roy Thomas réussit à rendre dynamique le récit des aventures de Captain Marvel. Car dans l’intégrale Captain Marvel, le suspense est quasi contant. En effet, le héros Mar-Vell est pris entre plusieurs dangers. Physiologique, tout d’abord : Mar-Vell doit régulièrement avaler une pilule qui lui permet de supporter l’atmosphère terrestre. Ajoutez à cela la perfidie de son supérieur. Il s’installe un jeu du chat et de la souris et de faux-semblants très réussis entre Yon-Rogg et Mar-Vell. Entre ces deux-là, c’est à celui qui sera le plus malin, et cela rend la lecture de cette intégrale Captain Marvel passionnante ! Ajoutez enfin les interventions de Carol Danvers, la responsable de la sécurité, loin d’être réduite au rôle de demoiselle en détresse. Carol Danvers marquerait presque Dr Lawson « à la culotte ». Si bien qu’on tremble quand on lit les plans machiavéliques de Yon-Rogg… et on se réjouit presque de voir le héros passer juste entre les mailles du filet !

 

(image © Marvel Comics)

 

Science-fiction et paranoïa façon années 60

Dans ces épisodes de Captain Marvel, Roy Thomas s’amuse à brasser les thèmes de la science-fiction des années 60. Ainsi, de nombreux adversaires de Captain Marvel sont des robots. Les vilains sont souvent désuets tant par leur nom que leur aspect, mais régulièrement liés au thème de la technologie, de la machine dont on perd le contrôle et qui se retourne contre l’Homme. On pense bien sûr à la Sentinelle kree, , mais aussi à d’autres adversaires comme Quasimodo l’Ordinateur vivant, le Robot tueur, le Metazoïd, ou encore L’Homme-tueur. Sous la plume de Roy Thomas puis d’Arnold Drake, la série Captain Marvel n’échappe pas à une certaine routine, avec son « vilain du jour ». Mais le suspense général et le niveau toujours plus fort des ennemis (Namor, en invité vedette ou bien encore le Super-Skrull) parviennent à faire oublier la répétitivité des situations. Fréquent dans la SF des années 60, la paranoïa que ressent Mar-Vell, constamment pris entre plusieurs dangers, contraste alors avec l’empathie qu’il ressent pour la race humaine. Symbole de cette évolution du personnage : sur le plan des amourettes, son cœur balance vite d’Una à Carol Danvers. La paranoïa, la peur de l’autre, sont souvent présentes. Infiltration, subterfuges, complot, sabotages, méfiance, interrogatoires… Paradoxalement, Captain Marvel, ce guerrier finalement pacifique, doit faire face à un isolement terrible. D’ailleurs le héros passe son temps entre sa chambre d’hôtel miteuse et la base de Cap Canaveral, via des paysages… désertiques. À la fin de l’intégrale, cette tension aboutit à un chamboulement complet de la mécanique de la série, qui prend un tournant beaucoup plus « cosmique ».

 

(image © Marvel Comics)

 

Gene Colan et ses remplaçants

Sur les 6 premiers épisodes, Gene Colan imprime sa marque au point que Don Heck puis Dick Ayers essaieront de reproduire son style graphique après son départ. D’ailleurs, Gene Colan ne quitte pas tout à fait l’univers cosmique de Marvel. Quelques mois après son départ de Captain Marvel, on le retrouve sur la 1re mouture… des Gardiens de la galaxie, avec un certain Arnold Drake ! Mais revenons à Captain Marvel. On est loin des ruelles sombres du New York de Daredevil, mais Gene Colan parvient à donner un joli rythme à ses planches et une sacrée allure à son Mar-Vell. Par la suite Don Heck parvient à donner le change (on peut ne pas se rendre compte du changement de dessinateur). Par contre, Dick Ayers est clairement un cran en dessous de ses prédécesseurs, avec une action plus figée et des dessins beaucoup plus brouillons. Coup de chance pour lui, Arnold Drake choisit alors d’envoyer Captain Marvel à l’autre bout de l’univers pour voir ses pouvoirs « upgradés » par l’entité cosmique Zo (annonçant les mêmes upgrades de Miss Marvel ?…). Le héros revient alors sur Terre changé, pour de nouvelles aventures. Mais ça, ce sera pour une prochaine intégrale, qu’on a hâte de lire ! ■

(image © Marvel Comics, Panini Comics)

Captain Marvel, l’intégrale 1967-1969 est un comics publié en France par Panini Comics.




A propos Stéphane Le Troëdec 280 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.