Sorti en 1967, Gamera contre Gyaos marque un tournant décisif dans la saga du kaiju volant préféré des enfants japonais. Avec ce troisième film, Daiei affine sa formule, introduit l’un de ses adversaires les plus iconiques et assume pleinement un ton hybride, à la fois ludique, absurde et étonnamment brutal. Roboto Films propose Gamera contre Gyaos en blu-ray dans une restauration 4K, l’occasion rêvée de se replonger dans ce film de grand monstre joyeusement bricolé. Le film est-il toujours aussi réjouissant ? La restauration est-elle à la hauteur ? Et surtout, pourquoi ce duel reste-t-il si marquant dans l’histoire du kaiju eiga ?
Gamera contre Gyaos ou la naissance d’une formule définitive
Avec Gamera contre Gyaos, le réalisateur Yuasa Noriaki verrouille définitivement la grammaire de la saga. Fini le doute sur la nature du monstre, Gamera est désormais un héros à part entière, protecteur des humains et surtout des enfants. Le jeune Eiichi, interprété par Abe Naoyuki, incarne cette bascule : omniprésent, parfois agaçant, mais absolument central dans la manière dont le film affirme sa vocation familiale. Cette approche plus accessible répond à une volonté claire de la production de séduire un jeune public, sans pour autant sacrifier totalement les enjeux adultes.
Le scénario mêle ainsi film de monstres, chronique rurale et fable écologique. Le conflit entre villageois et société de construction routière n’est pas manichéen, chacun poursuivant ses intérêts sans être caricaturé. Ce positionnement étonnamment neutre donne au film une saveur particulière, même si ces passages humains ralentissent parfois le rythme global.

Gyaos, un monstre improbable devenu culte
Impossible d’évoquer Gamera contre Gyaos sans parler de son antagoniste. Gyaos est une créature improbable, mélange de ptérodactyle, de vampire et de bricolage en latex pas toujours très inspiré, avouons-le. Sa tête plate, ses yeux jaunes et sa bouche triangulaire lui confèrent un look immédiatement reconnaissable, à défaut d’être réellement effrayant. Et pourtant, c’est précisément cette étrangeté qui le rend mémorable.
Inspiré par Rodan mais affublé de caractéristiques vampiriques (peur du soleil, goût prononcé pour le sang), Gyaos incarne parfaitement l’esprit des kaiju Daiei : maladroit, excessif, mais furieusement attachant. Sa dangerosité est bien réelle, notamment dans certaines scènes étonnamment violentes, comme cette régénération de membres ou ses attaques aériennes dévastatrices sur les villes.

Des effets spéciaux fauchés mais inventifs
Sur le plan visuel, Gamera contre Gyaos n’a jamais cherché à rivaliser avec les productions Toho. Et pourtant, le film surprend par l’ambition de certaines scènes. Les effets spéciaux, bien que rudimentaires, regorgent d’idées audacieuses : hélicoptères découpés net par des rayons supersoniques, combats aériens improbables, maquettes malmenées avec un enthousiasme communicatif.
La chorégraphie des affrontements est plus dynamique que dans les précédents volets. Les combats sont brutaux, parfois désordonnés, mais jamais ennuyeux. On sent une vraie volonté de spectacle, quitte à frôler le ridicule. Et c’est précisément cette sincérité dans la démesure qui rend le film aussi attachant encore aujourd’hui.

Une restauration 4K qui révèle les qualités du film
L’édition blu-ray de Gamera contre Gyaos proposée par Roboto Films est une excellente surprise. La restauration 4K redonne une lisibilité bienvenue à l’image, sans trahir la nature artisanale du film. Le grain est respecté, les couleurs gagnent en stabilité et certains décors prennent enfin de l’ampleur. Les trucages restent visibles, bien sûr, mais ils n’en sont que plus charmants.
Côté son, les pistes sont propres et mettent en valeur la musique et les bruitages excessifs qui participent pleinement à l’expérience. Cette restauration permet de redécouvrir le film dans des conditions idéales, en assumant pleinement son identité de série B inventive et décomplexée.
Pourquoi Gamera contre Gyaos reste indispensable
Malgré ses maladresses, ses longueurs et ses personnages parfois oubliables, Gamera contre Gyaos demeure l’un des piliers de l’ère Showa. Il fixe les codes de la saga pour les films suivants, introduit un ennemi emblématique et trouve un équilibre étonnant entre film pour enfants et divertissement kaiju plus sombre. Ce n’est pas un grand film, mais c’est un film profondément sincère, animé par une énergie folle qui le rend impossible à détester.