The Wrong Earth : Le Batman des années 60 rencontre le Dark Knight de Frank Miller ! [avis]

(image © AHOY Comics)

Minisérie proposée par Ahoy Comics, The Wrong Earth nous propose la rencontre entre 2 versions d’un même superhéros. Elle a de plus connu un bon retour et un bon succès critique aux Etats-Unis. Et il faut reconnaître que The Wrong Earth est très plaisant, même si la fin est assez frustrante.
■ par Doop

 

The Wrong Earth est la 1re série du nouvel éditeur Ahoy Comics, une toute nouvelle compagnie crée par le journaliste Hart Seeley mais aussi 2 scénaristes/éditeurs historiques de DC Comics et de Vertigo : Tom Peyer (Swamp Thing, Animal Man, Doom Petrol) et Stuart Moore (Firestorm, Hellblazer, The Invisibles). Depuis quelques mois Ahoy Comics propose une demi-douzaine de titres, dans un format plutôt différent de ce qui se fait généralement. En effet, les comics Ahoy proposent non seulement une histoire de 24 pages, accompagnée d’un récit en prose, de petites histoires et de strips concernant les personnages de la série. C’est un peu ce qui se faisait dans les années 30 ou 40. Si ces récits sont généralement assez anecdotiques (le 1er est tout de même signé Grant Morrison, qui n’est jamais très bon sur des récits en prose), c’est une valeur ajoutée non négligeable. The Wrong Earth est signé Tom Peyer, qui a été aux commandes d’excellentes séries comme La Légion des super héros ou encore Hourman et Jamal Igle, un dessinateur plus que doué et passé un peu sous le radar (Supergirl, Firestorm). Un nouvel éditeur, une équipe artistique un peu méconnue mais de 1er plan : c’était assez alléchant pour tenter le coup.

 

(image © AHOY Comics)

 

Adam West vs The Goddamn Batman

Dragonfly, une copie presque conforme de Batman, son sidekick Stinger et son pire ennemi baptisé « Numéro 1 » vivent sur la terre Alpha, un monde où tout est délirant et assez inoffensif. Une terre où le héros fabrique son propre répulsif pour requins ou balles et où les plans des méchants sont totalement loufoques (étouffer le héros dans une tirelire géante). Bref, une terre qui fleure bon les années 60 et la série télévisée Batman avec Adam West. Via un miroir magique, notre héros et ses acolytes vont échanger leur place avec le Dragonfly de la terre Omega, un monde « grim and gritty » où tout est sombre, violent et sans aucune concession. Par exemple, sur cette Terre, Stinger s’est suicidé de désespoir. Comment les personnages vont-ils s’adapter à leur nouvelle vie et leur nouveau monde si radicalement différent du leur ? Pourront-ils rentrer chez eux ? Tels sont les problèmes développés dans The Wrong Earth.

 

(image © AHOY Comics)

 

Un concept plus malin que ce que l’on pense

The Wrong Earth propose une idée très simple et qui peut, à 1re vue, ne pas paraitre très originale : des versions différentes des personnages connus. Je commence à en avoir un peu marre de tous ces héros de maisons d’édition indépendantes qui ne proposent que des versions alternatives des grands héros Marvel ou DC. Je comprends que c’est un moyen pour les auteurs de pouvoir réaliser des histoires un peu différentes et assez osées sans l’aval des 2 grandes maisons d’édition. Hélas le principe devient assez répétitif. Pourtant, Tom Peyer nous propose une variation plutôt malicieuse de ce concept. Plutôt que de proposer une version alternative de Batman, il préfère confronter 2 versions différentes du même personnage : l’une correspondant à l’Âge d’Or des comics et l’autre à un univers très ancré dans les années 90. Personnellement, je n’avais pas souvent vu ça. En dehors d’une histoire classique et finalement bien menée, cette méthode permet de donner à The Wrong Earth un discours sur l’évolution du medium et des comics, ce qui est toujours très appréciable.

 

(image © AHOY Comics)

 

Une étude de personnage plus fouillée qu’on ne l’imagine

Mais le récit de The Wrong Earth ne se résume pas qu’à ça. Tom Peyer est un très bon scénariste, qui n’hésite pas à proposer une étude psychologique fouillée des personnages en les confrontant à des situations et des méthodes qui leurs passent totalement au-dessus. C’est vraiment très bien fait et les derniers épisodes, où chacun des Dragonfly commence en parallèle à prendre les habitudes du monde dans lequel ils se trouvent, sont tout simplement brillants. Bien évidemment, la version 90 est beaucoup plus complexe que celle de la Terre Alpha, mais Tom Peyer réussit quand-même à faire en sorte que le 1er ne vole pas la vedette à la seconde. De la même manière, il ne fait pas de critique entre les 2 versions et ne prend pas position sur quelle Terre est la meilleure : il pose simplement un constat sur les différences de traitement en fonction des années. C’est très appréciable et souvent inattendu.

 

(image © AHOY Comics)

 

Des dessins exceptionnels mais une fin frustrante

Si l’histoire proposée dans The Wrong Earth est de très bonne facture, les dessins sont encore un cran au-dessus. Pas besoin d’être un expert pour savoir que Jamal Igle est un très bon dessinateur. J’avais vraiment beaucoup aimé son travail sur Firestrom et surtout sur la Supergirl version New Krypton. Je suis donc heureux de la retrouver après un petit passage à vide, surtout que l’artiste franchit véritablement un cap avec cette série. C’est magnifique et le passage entre les versions alpha (avec un trait un peu plus rond et des lignes claires) et omega (plus de traits, plus sombre) se fait tout naturellement. C’est fluide, bien raconté et très agréable à lire. Un tout petit point négatif toutefois : la fin de la minisérie. Alors que les bases semblent posées et les 2 héros commencent à développer une personnalité qui les sort un peu de leur définition de base, on se rend compte que The Wrong Earth n’est qu’une 1re étape d’une trame plus longue. En effet, l’histoire se poursuivra dans une nouvelle minisérie prévue pour 2020 et c’est vraiment frustrant, dans la mesure où rien n’est pour l’instant résolu. Est-ce que Ahoy Comics existera encore en 2020 ? On l’espère car si la suite est aussi bonne que ces 6 numéros, nous tenons un véritable petit bijou. ■

(image © AHOY Comics)
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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.