The Fix, tome 2 : dur, dur d’être un ripou [avis]

(image © Image Comics

Ce 2e volume de The Fix continue sur la lancée du 1er avec un récit qui va à cent à l’heure. Toutes les qualités du titre sont de nouveau présentes ici : humour, cynisme et un brin de vulgarité, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre.
■ par Sonia Dollinger

 

Roy et Mac sont amis et font les quatre cents coups ensemble, le problème, c’est qu’ils sont endettés jusqu’au cou auprès d’un psychopathe et que leur vie ne tient plus qu’à un fil. Ils multiplient donc les arnaques et les boulots un peu louches pour tenter de rembourser leur dette. Pas facile de concilier une vie de flic et des activités illicites.

 

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The Fix : une galerie de loosers

Parodie des films de gangsters hollywoodiens, mettant en scène des flics pourris à la fois sympathiques et pathétiques ou des tueurs sans scrupules prêts à tuer pour un regard de travers, The Fix réussit à allier une critique extrêmement juste et pointue à un humour déjanté et caustique. Nick Spencer met au service de son récit son amour des films de genre et des séries à la Breaking Bad qui mettent en scène des anti-héros attachants mais horripilants. Le rythme de l’histoire est soutenu et le lecteur est embarqué dans les aventures de Mac et Roy sans avoir une seconde de répit, Spencer multiplie les rebondissements tout en parsemant son propos de clins d’œil au cinéma de Tarantino et de critiques sociétales, se moquant notamment de notre société entièrement dévouée au culte de l’image. Les personnages secondaires forment une galerie aussi désespérante que les deux anti-héros, allant de la starlette junkie hystérique au maire de Los Angeles, accro aux jeux vidéo, en perpétuelle rébellion contre la figure du père et incapable de se conduire comme un adulte en cas de coup dur. Si on rit franchement à certaines blagues bien grasses en dessous de la ceinture, on rit aussi jaune devant le miroir sociétal que Nick Spencer nous tend avec The Fix.

 

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Le chien, ce héros

Il est bien difficile de réellement s’attacher aux personnages de The Fix. Roy est un flic cynique, capable d’envoyer un innocent en prison pour récupérer son job ou ses avantages, le meurtre d’une jeune femme, aussi camée et désagréable soit-elle, ne l’émeut pas le moins du monde. Mac, son équipier, est un type fallot qui se laisse embarquer dans des affaires louches et qui ne maîtrise rien dans son couple. Aucune des figures secondaires n’est positive, qu’il s’agisse de Josh, le tueur impitoyable qui se détend en découpant des gens ou le maire qui n’est qu’un gamin capricieux. Pourtant, Nick Spencer présente un véritable héros dans ce sinistre ensemble : Bretzel, un chien policier au flair imparable qui repère un gangster au premier regard. Il est significatif que le seul personnage qui ne soit pas entaché par des compromissions soit un animal. Dans ce second volume, Spencer explore d’ailleurs très bien la relation d’amitié qui se noue entre Mac et son nouvel équipier canin. D’abord hostile, le chien s’habitue peu à peu à son maître quand ce dernier fait des efforts pour se hisser à la hauteur des attentes de l’animal. L’évolution du personnage de Mac doit beaucoup à sa relation avec Bretzel qui devient, finalement, le personnage central de ce deuxième tome de The Fix reléguant d’un coup de patte tous les humains au second plan. Spencer en profite pour glisser une planche émouvante sur la condition animale tout en conservant l’humour propre au titre.

 

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Un déluge de bons mots et un plaisir graphique

The Fix dispose d’un certain nombre de points forts à commencer par la qualité d’écriture de Nick Spencer. Malgré quelques dialogues un peu gras en dessous de la ceinture – mais qui s’insèrent totalement dans le contexte – le scénariste mène sa barque avec habileté, entre hommages appuyés au cinéma et aux séries de gangsters et dénonciations d’une société qui part à la dérive, Roy et Mac n’en étant finalement que des symptômes parmi tant d’autres. La femme de Mac est, par exemple, une bonne représentante de cette société accro aux réseaux sociaux qui ne vit que par l’image qu’elle souhaite donner à des followers virtuels. Si l’on est parfois déconcerté par le ton un peu cru de The Fix, Spencer nous renvoie tous nos travers en pleine face.

 

(image © Image Comics

 

Format cinématographique

L’autre force de The Fix est le trait de Steve Lieber qui pourrait très bien convenir à un storyboard de film et dont l’aspect incisif et précis souligne les scènes d’action qui se multiplient. La symbiose entre le scénariste et Lieber marche vraiment bien, on sent une grande complicité entre les deux individualités qui usent de références communes. Steve Lieber joue vraiment à la fois sur le mouvement et sur l’expressivité de ses personnages. Comment résister au regard de Bretzel ? ■

(image © Image Comics, Urban Comics)

The Fix, tome 2 est un comics publié en France chez Urban Comics.




A propos Sonia Dollinger 17 Articles
Sonia est tombée amoureuse de Jean Grey à l'âge de six ans et lit des comics depuis bientôt quarante ans. Créatrice du blog Comics have the Power, elle participe également au collectif LesComics.fr et au podcast les GG Comics. Son gros problème est qu'elle ne sait pas choisir et qu'elle lit tous les titres qui lui passent sous la main en gardant une affection particulière pour tout ce qui touche aux X-Men.