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Jack Binder, de la boxe à l’édition

Jack Binder

On ne peut pas parler d’Otto Binder sans évoquer Jack Binder, son frère. Il n’est pas l’une des figures de proue ni l’un des personnages les plus connus de l’histoire des comics. Mais il joue un rôle essentiel dans l’organisation et la productivité de cette nouvelle industrie. Au début des années 30, Jack Binder se trouve avec toute sa famille dans le Michigan. Il devient assistant ferronnier tout en pratiquant la boxe à haut niveau. Mais à l’issue d’un combat malheureux, il doit arrêter la boxe. Il rejoint alors Earl, son grand frère, à Chicago. Là, les 2 frangins perdent toutes leurs économies aux jeux. Sans le sou, Jack Binder est embauché par un imprimeur local qui remarque son talent pour le dessin et qui lui conseille d’entrer dans une école d’art. Il reste 2 ans et demi à la Chicago Art Institute avant de se lancer à son compte dans la fabrication manuelle de cartes de Noël dont il dessine lui-même les illustrations. Cette entreprise n’étant pas très florissante, il devient livreur de lait avec son beau-père pendant plus de 7 ans. Jack Binder rejoint ensuite Otto et Earl Binder à New York, les 3 frères travaillant pour Street and Smith, la maison d’édition de pulps. C’est Otto qui écrit les histoires et Jack qui réalise les intérieurs et les illustrations de couverture. Sur les conseils de Frank Gordon, un ami écrivain, Jack Binder s’intéresse alors au monde en pleine éclosion du comics. Il intègre le studio d’Harry Chesler, qui produit donc des histoires pour plus d’une quinzaine de compagnie (et majoritairement pour Fawcett) assurant non seulement le dessin, mais aussi le lettrage. C’est d’ailleurs lui qui signe le 1er épisode de Daredevil pour la compagnie Lev Gleason et qui n’a rien à voir avec le super-héros aveugle de Marvel. Au bout d’un an, il devient responsable artistique du studio et en profite pour faire engager son jeune frère Otto ainsi qu’un certain Eli Katz qui plus tard prendra pour pseudonyme Gil Kane. Lorsqu’il constate l’explosion de la demande, Jack Binder décide de quitter Harry Chesler pour fonder son propre studio. Avec l’aide d’Otto et d’Olga, sa femme qui ravitaille en boissons et en nourriture les dessinateurs travaillant à la chaîne, il est l’un des 1ers à embaucher un dessinateur noir, Elmer Shoner, ce qui représente une petite révolution pour l’époque. L’idée géniale de Jack Binder est de rentabiliser le travail de tous les dessinateurs de son studio.

 

 

Jack Binder professionnalise l’industrie des comics

shazam !
Comment dessiner ton superhéros préféré ! Extrait de giant-sized DC Comics de 1973

Jack Binder constate que certains employés sont doués dans les crayonnés, d’autres dans le lettrage, et d’autres encore pour l’encrage. Il partage le travail entre les dessinateurs d’une manière peu conventionnelle afin de gérer au mieux les compétences des employés. En effet, dans les autres studios, chaque dessinateur se voit proposer une histoire différente. Les collaborateurs ne lui viennent en aide que lorsque les délais sont en passe de ne pas être respectés. Jack Binder divise la création d’un comics en plusieurs segments, plusieurs catégories et spécialise ses employés dans une seule de celles-ci. Imaginons un studio composé de 5 dessinateurs et qui se voit proposer 5 histoires. Habituellement, chaque dessinateur prend une histoire différente et se dépêche de la terminer. Les dessinateurs ayant fini leur histoire en 1er aidant au mieux les retardataires. Jack Binder imagine un tout autre système : il découpe les histoires en plusieurs catégories : en général les crayonnées, le dessin des personnages principaux, le dessin des personnages secondaires et des arrière plans, l’encrage et le lettrage. Puis il propose aux 5 membres de l’atelier de ne se consacrer qu’à l’une des catégories pour chacun des épisodes, qui se retrouvent donc signés à 10 mains. De la même manière, il établit une grille de salaires et de prix à la page très détaillée pour chaque fonction. Si dans les faits cette méthode de création provoque un manque de cohésion artistique, elle permet non seulement d’améliorer la qualité de l’histoire (puisque chaque employé fait ce pour quoi il est le meilleur) mais aussi d’augmenter la productivité du studio. Tous les studios adoptent rapidement ce mode de production, véritablement mis au point par Jack Binder et qui fait passer l’industrie des comics du statut d’artisanal à celui de professionnel. Cette nouvelle organisation porte d’ailleurs rapidement ses fruits, puisque l’éditeur Fawcett Comics propose rapidement au studio Binder de reprendre les histoires proposées tout d’abord à Harry Chesler.

 

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A propos Doop 267 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.