Halloween (2018) : l’héritage de la peur [avis]

(image © Universal)

40 ans après le 1er Halloween de John Carpenter, Michael Myers et Jamie Lee Curtis s’affrontent de nouveau. Avec un parti pris radical : effacer les 10 suites pour repartir presque à zéro ! Cet « Halloween 2 : 40 ans après » est bourré de bonnes idées, mais n’échappe hélas pas au poids de son passé. On fait le point sur l’édition DVD et Blu-Ray.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

(image © Universal)

 

Deux journalistes réalisent un podcast sur les meurtres commis en 1978 par le psychopathe Michael Myers lors de la nuit d’Halloween. Mais leur enquête ravive les obsessions du tueur. Au cours d’un transfert vers un nouvel asile, Myers réussit à s’échapper et reprend sa traque de Laurie Strode, survivante du massacre de 1978. Mais après avoir surmonté ce traumatisme, Laurie s’est préparé au retour du tueur d’Halloween et compte bien mettre un terme à sa traque meurtrière…

 

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La suite directe du Halloween de John Carpenter

Le grand pari de ce nouvel Halloween est de réussir à échapper à une continuité lourde de 10 suites, par ailleurs pas toujours réussies. Le réalisateur David Gordon Green et son équipe font un choix radical : faire tout simplement comme si elles n’avaient existé ! Exit donc toute la continuité, y compris un élément sujet à polémique : les liens familiaux entre Laurie Strode et Michael Myers. Débarrassé de cet encombrant héritage, David Gordon Green se concentre donc sur un film qui se déroule uniquement à la suite du 1er Halloween de John Carpenter. 40 ans plus tard, pour être très précis. Seulement voilà : David Gordon Green ne parvient jamais à totalement se débarrasser des autres suites. D’abord parce que le réalisateur zappe entre différentes tendances et surtout parce qu’il se retrouve à utiliser les mêmes clichés, les mêmes situations. Le 1er tiers de cet Halloween (2018) donne l’impression qu’on va s’affranchir des stéréotypes en s’attachant à montrer l’état de Laurie Strode et de Michael Myers, traités de la même manière. Mais au bout d’un moment, tout se passe comme si les responsables s’étaient dit : « mais il nous faut une nuit d’Halloween avec des baby-sitters, un boogeyman, des citrouilles et un psychiatre ! ». Et de retomber dans le train-train habituel de la saga.

 

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Michael Myers contre la famille Strode

Dans Halloween (2018), on nous présente une Laurie Strode solitaire, limite suicidaire et obsédée à l’idée de préparer sa famille à un nouveau combat contre Michael Myers. Le film nous montre comment cette famille renoue des liens pour affronter le Mal ultime. Ce thème du combat intergénérationnel revient régulièrement jusqu’au climax final, un home invasion qui forme la partie la plus réussie du film. L’idée d’étoffer la famille Strode est nécessaire : le film de John Carpenter était particulièrement sec, il n’y avait pas a priori matière à développer une franchise. Hormis à répéter les mêmes thèmes en boucle comme ça a été fait. L’inconvénient de ce choix de mettre en avant la famille de Laurie Strode, c’est qu’il manque un élément important : la motivation du tueur. Autant John Carpenter trouvait une (vague) justification à l’obsession de Michael Myers, autant ici il n’y en a pas du tout. « The Shape » (toujours joué par l’acteur Nick Castle qui reporte le masque 40 ans après !) déclare la guerre à la famille Strode, mais sans vraiment de raison. Il est l’incarnation du Mal absolu, d’accord, mais ça reste un peu facile.

 

 

De bonnes idées malgré tout

Malgré ses défauts, Halloween (2018) n’est pas dénué de grandes qualités. Jamie Lee Curtis est par moment saisissante dans son rôle de badass parfois aussi inquiétante dans sa paranoïa que Michael Myers (l’affiche du film souligne d’ailleurs sur cet aspect). Le thème musical d’Halloween est rejoué dans une version jouée au piano qui apporte une belle émotion au score. Les décors et les costumes parviennent à nous plonger dans un environnement quasi intemporel : nous sommes bien en 2018 mais par bien des aspects le film semble se dérouler dans les années 70. La photographie de Michael Simmonds est saisissante (à ce sujet, lisez son interview sur filmmakermagazine). Mieux encore : à mi film, David Gordon Green shoote un plan séquence impressionnant dans lequel Michael Miyers déambule couteau à la main dans les rues et les maisons le soir d’Halloween. Dommage que le réalisateur n’ait pas poussé l’idée plus loin : on tenait probablement là un des moments les plus réussis de toutes les suites. À noter enfin dans les bonus, les explications de John Carpenter (producteur et compositeur sur le film), et parmi les scènes coupées, un joli clin d’œil à Psychose, vénérable ancêtre du slasher movie. ■

(image © Universal)

Halloween (2018) est édité en dvd et blu-ray par Universal.




A propos Stéphane Le Troëdec 344 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.