5 raisons pour lesquelles God Country pourrait bien vous tirer quelques larmes [critique]

(image © Image Comics)

Avec God Country, Donny Cates et Geoff Shaw imaginent un vieux héros malade qui doit choisir entre sauver l’univers, sa vie ou sa famille. Un récit complet bourré d’émotions qui pourrait bien vous tirer quelques larmes !
■ par Stéphane Le Troëdec

 

Emmett Quinlan est un vieux texan souffrant de la maladie d’Alzheimer. Son état devient progressivement ingérable : les hommes du shérif l’ont retrouvé errant sur la route, et Emmett s’en est pris violemment à eux. Roy Quinlan, son fils, tente de s’occuper du mieux possible de son père. Une situation de plus en plus inconciliable avec sa vie de couple et de papa. Alors qu’une violente crise secoue la famille, une tornade s’abat sur la maison d’Emmett. Mais la tempête laisse derrière elle un mystérieux artefact : quand le vieil homme empoigne l’énorme épée, il retrouve toute sa tête. Emmett redécouvre son fils, sa belle-fille et sa petite-fille. Il ignore encore que l’arme appartient à un dieu qui compte tout faire pour la récupérer…

 

Toute la démence du grand-père dans le regard de sa petite-fille (image © Image Comics)

 

Un sujet difficile traité avec subtilité

God Country aborde le sujet de la maladie. Une thématique pas souvent traité dans les comics. On pense évidemment à Captain Marvel qui meurt à cause de son cancer. Ou bien encore à Mia Darden, alias Speedy, atteinte du SIDA. Mais si on veut être précis, God Country évoque surtout les épisodes de Thor où Jane Foster hérite du marteau magique qui lui permet de retarder l’évolution de son cancer lors du run de Jason Aaron. Les 2 œuvres partagent l’idée d’un artefact comme planche de salut. Avec, en filigrane, la question : que se passera-t-il lorsque le personnage abandonnera son « remède ». Question que Donny Cates n’esquive pas dans God Country.

 

Un étrange famille qui enfin se retrouve (image © Image Comics)

 

Des personnages attachants

En tête du casting de God Country, il y a évidemment Emmett Quinlan. Ce vieil homme est touchant parce qu’on le découvre dans un triste état, atteint de la maladie d’Alzheimer. Et surtout parce que nous sommes les témoins de sa « guérison » miraculeuse grâce à la fameuse épée. Emmett, c’est un peu le grand-père qu’on rêve tous d’avoir : fort, protecteur, bienveillant, et pédagogue. Mais il ne faut pas oublier les autres personnages de God Country. Ainsi, toute la petite famille d’Emmett est présentée de manière convaincante : le fils, débordé par les évènements et qui tente de sauver son couple ET son père ; la belle-fille, qui n’en peut plus de son beau-père et qui redécouvre un autre homme suite à son changement ; et bien entendu, la petite-fille, qui trouve (enfin !) le grand-père qu’elle n’a jamais connu. On l’a compris, God Country, c’est surtout une histoire de famille.

 

Comme un petit air de Jack Kirby dans certains designs de Geoff Shaw (image © Image Comics)

 

L’originalité de l’histoire

Avec God Country, Donny Cates construit une intrigue originale et intéressante. En récupérant la fameuse épée, Emmett guérit d’Alzheimer et retrouve sa famille. Mais tout à un prix. Car le propriétaire de la fameuse épée va vouloir récupérer son bien. Le hic, c’est qu’il s’agit d’un Dieu. Et donc au-delà de l’enjeu intimiste qui se noue au fil des pages, Donny Cates élabore doucement une grande épopée impliquant des divinités. Le scénariste manie aussi bien les différents niveaux de l’intrigue et parvient à concilier des histoires aux échelles très variés. Ainsi, voir Emmett commencer à bastonner des séides des dieux pour s’offrir, en quelque sorte, un peu plus de temps avec les siens, c’est à la fois épique et touchant.

 

Tant d’humanité et de tristesse dans ce regard… (image © Image Comics)

 

Le dessin à fleur de peau de Geoff Shaw

Dans God Country, Geoff Shaw fait la démonstration de toute la palette de son talent. Il semble à l’aise pour dessiner l’émotion des personnages. Toute la « fin » de God Country repose d’ailleurs sur cette capacité à transmettre des émotions. Mais Geoff Shaw réussit aussi à rendre crédible les environnements : son Texas semble crédible, avoir un passé tandis que ses visions d’un autre univers sont parfaitement dosées. Donny Cates peut remercier son dessinateur : la patine et la réussite de God Country reposent aussi en bonne partie sur le talent de Geoff Shaw.

 

L’heure de la bataille a sonné (image © Image Comics)

 

Des combats épiques

God Country, c’est aussi un vieux type qui se retrouve avec l’arme la plus puissante de l’univers. Forcément, il lui faut des adversaires à sa mesure. Du coup, les combats sont épiques et intenses. D’abord parce qu’Emmett est un vieil homme fragile, qui ne doit sa puissance qu’à son arme. Ensuite parce que l’enjeu est immense. Après tout, un Dieu veut récupérer son arme, et il est prêt à tout pour l’avoir. Toutes les batailles sont incroyables d’intensité, de force et de puissance. ■

Couverture de God Country (image © Urban Comics)




A propos Stéphane Le Troëdec 119 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.