America : le comics qui fait mal ! [avis]

(image © Overground Comics)

Sorti chez Graph Zeppelin, America propose un pitch de départ intéressant : une superhéroïne prête à tout pour continuer sa carrière, quitte à prendre des coups ! Malheureusement, le changement de dessinateur n’aide pas à s’attacher à l’héroïne.
■ par Stéphane Le Troëdec

 

La superhéroïne America travaille pour HeroCorp, une entreprise de superhéros. Autrefois, son pouvoir était particulièrement pratique : elle était invincible. Était. Car America a perdu ses pouvoirs sans qu’on ne sache réellement pourquoi. Sauf qu’America n’a pas l’intention de cesser ses activités de justicière ! Au cours de ses aventures, elle découvre une nouvelle sensation : la douleur. Le problème, c’est qu’elle finit par y devenir accro. HeroCorps n’a pas l’intention de la laisser continuer, et lui propose une combinaison protectrice. Hors de question pour America, quitte à perdre son assurance. Qu’importe : elle veut prouver au monde entier qu’elle reste America, la superhéroïne !

 

America comics
America (image © Overground Comics)

 

Une héroïne accro aux coups !

Avec America, le scénariste Jon Hughes lance une idée intéressante. Il prend le concept de la superhéroïne invincible. Puis il retourne le concept façon « et si elle n’avait plus son pouvoir ? ». Là encore, les lecteurs de comics sont toujours en terrain connu : la perte du superpouvoir est une figure classique de la culture superhéroïque. Là où America ouvre une voie intéressante, c’est donc dans le traitement de la réaction de son héroïne. Traitement étonnant qui consiste à montrer un personnage prendre des coups, et en redemander ! Jusqu’à devenir carrément dépendant à la souffrance. Ici, America, l’héroïne, deviendrait presque inquiétante, malgré qu’on se soit attaché à elle. Dans une de ses chansons, Renaud disait : « la douleur, c’est rassurant, ça n’arrive qu’aux vivants ». La preuve en comics, donc… Et pour le coup, America (publié par Graph Zeppelin) propose quelque chose de suffisamment original pour attirer l’attention du lecteur blasé.

 

America (image © Overground Comics)

 

Un changement d’artiste dommageable

America profite aussi du coup de crayon de Jason Pearson. Ce dessinateur s’est fait connaitre notamment grâce à ses travaux sur Legion of Super-Heroes, Global Frequency, ou le déjà bien barré Body Bags. C’est un artiste qu’on voit trop peu, souvent sur 1 épisode par-ci par-là sur quelques titres mainstream. Pourtant, il a un coup de crayon dynamique s’appuyant sur des aplats noirs assez forts. America lui offre un terrain de jeu adéquat pour s’épanouir, sans pour autant verser dans la violence trop sanglante. Malheureusement, il est rapidement remplacé par Ale Garza (Ninja Boy, Gen13, EVE Protomecha, Batgirl, Deadpool), déjà beaucoup moins séduisant dans son approche. Dommage, on a à peine le temps de s’habituer à l’héroïne que le changement d’artiste vient un peu gâcher les belles promesses graphiques du titre. ■

Couverture d’America (image © Graph Zeppelin)




A propos Stéphane Le Troëdec 313 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Puis en 2017, il rejoint l'équipe de Boojum, l'animal littéraire, dont il devient le responsable de la rubrique pop culture. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.