Le tome 1 de Rocketfellers débarque chez Urban Comics avec une promesse qui a franchement de quoi éveiller notre curiosité. Une famille venue du futur, poursuivie à travers le temps, obligée de se planquer dans notre présent. Sur le papier, c’est le genre de concept qui donne envie très vite. Peter J. Tomasi a de quoi jouer avec la science-fiction, la comédie familiale, le suspense et le décalage culturel. La vraie question, donc, c’est simple. Est-ce que Rocketfellers tient sa promesse ? Est-ce que cette famille fonctionne vraiment ? Et surtout, est-ce que l’album raconte autre chose qu’une succession de scènes mignonnes avec des gadgets du futur ?

Rocketfellers démarre très fort
Il faut rendre à Rocketfellers ce qui appartient à Rocketfellers : le démarrage est sacrément efficace. Peter J. Tomasi ouvre son récit avec une fuite, un danger clair, une tension immédiate et un drame familial qui frappe juste. En quelques pages, le scénariste installe les enjeux, une menace et un attachement aux personnages. Franchement, c’est du très bon boulot. On comprend pourquoi cette famille court, pourquoi elle panique, et pourquoi son arrivée en 2024 change tout. Ce premier choc donne au récit un vrai souffle. À ce moment-là, on se dit qu’on tient peut-être l’un des albums les plus attachants de la jeune écurie Ghost Machine.

Une famille qu’on a envie de suivre
Le grand atout de Rocketfellers, c’est pourtant moins son intrigue que sa cellule familiale. Peter J. Tomasi écrit des liens crédibles, tendres, parfois drôles, souvent touchants. Chacun a son petit truc, sa place, sa manière d’exister dans le groupe. Le livre regorge de scènes où l’on sent l’affection circuler entre les personnages. Et ça marche. Il y a même un côté « sitcom du futur » qui donne au bouzin une vraie personnalité. D’ailleurs, c’est là que le tome devient attachant. On a envie de passer du temps avec eux. Ce n’est déjà pas rien, car beaucoup de séries de SF oublient que des personnages, c’est mieux que des concepts vitrine.

Le futur au pays du barbecue et du sapin
L’idée la plus amusante de Rocketfellers, c’est ce frottement permanent entre la vie de banlieue américaine et les réflexes du XXVe siècle. Un barbecue, un sapin de Noël, un jogging, une retenue, une discussion entre frère et sœur. Dit comme ça, on pourrait croire à une série familiale très sage. Sauf que Peter J. Tomasi glisse partout une technologie du futur qui déraille ou dérange. C’est souvent drôle, parfois touchant, et ça donne quelques trouvailles bien vues. Le problème, malheureusement, c’est que la série commence vite à s’installer dans ce confort. Le lecteur comprend le principe, sourit, puis attend que l’histoire appuie enfin sur l’accélérateur.

Francis Manapul régale presque à chaque page
Bon, parlons peu, parlons bien. Visuellement, Rocketfellers envoie. Francis Manapul livre un travail superbe, et ce n’est pas une formule de politesse balancée à l’arrache. Son trait garde une élégance folle, ses personnages vivent, ses décors du futur claquent, et ses scènes d’action possèdent une vraie fluidité. Même quand le scénario patine un peu, l’œil, lui, ne s’ennuie pas. Il y a chez Francis Manapul ce mélange de lisibilité, de charme et de dynamisme qui rend la lecture très agréable. En réalité, l’artiste tient parfois l’album à bout de bras. Sans lui, certains passages paraîtraient sans doute bien plus anecdotiques. Là, au moins, on profite du voyage.

Rocketfellers a un vrai problème de rythme
C’est là que le bât blesse. Après un premier épisode très accrocheur, Rocketfellers ralentit beaucoup. Puis il ralentit encore. Peter J. Tomasi préfère observer son petit monde vivre, bricoler, se souvenir, s’adapter, plaisanter. Pourquoi pas. Sauf qu’au bout d’un moment, on commence à regarder sa montre. La menace est là, théoriquement. L’enjeu existe, théoriquement lui aussi. Pourtant, l’urgence se dissout très vite dans une suite de scènes du quotidien, certes agréables, mais de moins en moins nourrissantes. On finit par avoir l’impression que la série tourne un peu en rond. Et c’est dommage, car le point de départ promettait beaucoup plus de tension.
Rocketfellers possède un charme immédiat, presque familial au sens noble du terme, et Francis Manapul y signe des pages magnifiques.
Des mystères posés, mais encore trop peu exploités
Le tome 1 de Rocketfellers sème plusieurs éléments intrigants. Un poursuivant inquiétant (Cronex). Des liens avec d’autres figures de l’univers Ghost Machine. Un objet mystérieux que le père de famille garde précieusement. Une situation qui devrait logiquement devenir explosive. Pourtant, tout cela reste encore très en retrait. Peter J. Tomasi préfère les installer plutôt que les faire avancer. Le souci, c’est qu’au bout de quelques épisodes, le lecteur attend autre chose qu’une simple mise en bouche prolongée. En revanche, on sent bien qu’un univers plus large existe autour de la série. Cela nourrit la curiosité, oui, mais ça ne compense pas totalement le manque d’avancée du récit principal, qui reste encore un peu trop sage.
Une lecture chaleureuse, mais qui frustre aussi
Au final, Rocketfellers est un album assez paradoxal. D’un côté, il a du cœur, une famille vraiment attachante, un dessinateur en grande forme et plusieurs idées de science-fiction bien sympathiques. De l’autre, il donne souvent l’impression de retenir ses coups. On sent un potentiel évident, mais ce premier tome préfère caresser son concept plutôt que l’exploiter à fond. C’est un peu comme si la série avait trouvé son ambiance avant d’avoir trouvé son vrai rythme. Du coup, on passe un bon moment, oui, mais avec une petite frustration au coin de la lecture. Le genre de frustration qui fait dire : « Allez, maintenant, il va falloir y aller pour de bon. »
Faut-il lire Rocketfellers tome 1 ?
Oui, surtout si vous aimez les comics de science-fiction portés par des personnages attachants plus que par une intrigue nerveuse. Rocketfellers possède un charme immédiat, presque familial au sens noble du terme, et Francis Manapul y signe des pages magnifiques. Cependant, ne vous attendez pas à un thriller temporel à cent à l’heure. Ce premier tome se pose beaucoup, avance peu, et s’autorise même quelques redites. Reste un album suffisamment sympa pour donner envie de voir où Peter J. Tomasi veut nous emmener. Donc oui, j’ai envie de revenir. Mais la suite devra quand même se montrer un peu moins pépère si elle veut éviter de faire retomber la sauce.

Rocketfellers, tome 1 est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : The Rocketfellers #1-6