Transformer une icône de l’enfance en monstre sanguinaire est devenu un sport international. Après Winnie l’Ourson et Peter Pan, c’est au tour de Bambi : la Vengeance de rejoindre la bande des personnages tombés dans le domaine public et passés à la moulinette de l’horreur. Alors Bambi : la Vengeance se contente-t-il d’aligner les scènes chocs ou parvient-il à proposer un minimum de spectacle cohérent ? Le film est-il un simple nanar opportuniste ou un honnête divertissement pour amateurs de séries B violentes ? C’est à ces questions que cette critique tente de répondre.
Bambi : la Vengeance et le concept du Poohniverse
Il faut replacer Bambi : la Vengeance dans son contexte. Le film est réalisé par Dan Allen, sur un scénario de Rhys Warrington, et s’inscrit clairement dans la continuité des « icônes de notre enfance qu’on détourne », cet univers partagé initié par Winnie the Pooh : Blood and Honey qui épinglait déjà… Winnie l’Ourson. Ici, pas de subtilité inutile : un cerf muté par des déchets radioactifs, rendu fou la violence humaine, décide de se venger. Rien que ça. Le film pose d’emblée l’idée que l’homme est le véritable monstre, avant de renverser la table et de lâcher une créature quasi invincible dans une forêt devenue terrain de chasse. L’ambition est modeste, mais au moins, elle est annoncée sans hypocrisie.

Un récit minimaliste, parfois trop sage
Sur le papier, Bambi : la Vengeance promet un carnage décomplexé. Dans les faits, le scénario reste étonnamment sage. On suit Xana (interprétée par Roxanne McKee) et son fils Benji (Tom Mulheron) se rendant à une réunion familiale qui tourne rapidement au cauchemar. Autour d’eux gravitent une galerie de personnages dont le seul véritable rôle est de croiser tôt ou tard la route du cerf géant. Le film tente de tisser quelques liens entre chasseurs pollueurs et victimes innocentes, mais cette construction narrative alourdie parfois inutilement le rythme. À vouloir raconter quelque chose, Bambi : la Vengeance oublie par moments qu’on est surtout là pour voir un cerf tout défoncer.

Un Bambi monstrueux qui fait le job
Là où le film marque clairement des points, c’est dans la représentation de sa créature. Ce Bambi : la Vengeance n’a plus rien du faon aux grands yeux humides. Gigantesque, doté de bois démesurés et d’une dentition improbable, il évoque autant le film de monstre que le slasher animalier. Le choix assumé des effets numériques pouvait faire peur, mais le résultat est souvent plus convaincant que prévu. Sans être irréprochable, le cerf s’intègre correctement aux décors et dégage une vraie présence à l’écran. Lorsqu’il charge une voiture ou transperce un personnage, le film offre exactement ce qu’il promettait.

Des scènes gore efficaces mais inégales
Les amateurs de gore trouveront leur compte, même si Bambi : la Vengeance reste en deçà de son potentiel le plus délirant. Certaines morts sont mémorables, notamment celle du personnage incarné par Russell Geoffrey Banks, dont la crise de nerfs avant le trépas vaut presque le détour à elle seule. Le film s’offre aussi quelques idées visuelles amusantes, comme ces lapins carnivores rappelant autant Sacré Graal que les pires cauchemars animaliers. En revanche, l’ensemble manque parfois de folie pure, comme si le film hésitait entre sérieux sage et poisseux, et second degré assumé.

Un casting investi dans un projet bancal
Il serait injuste de reprocher aux acteurs leur manque d’engagement. Roxanne McKee, Tom Mulheron et Nicola Wright jouent leur partition avec un sérieux presque excessif pour ce type de production. Nicola Wright, en grand-mère mystérieusement connectée à la créature, apporte même une touche étrange bienvenue. Le problème vient davantage de personnages écrits pour être oubliés, voire sacrifiés, sans véritable épaisseur. Dans Bambi : la Vengeance, on sent que le casting fait ce qu’il peut avec ce qu’on lui donne, et parfois, ça se voit un peu trop.
Bambi : la Vengeance, divertissement coupable mais assumé
Au final, Bambi : la Vengeance n’est ni une renaissance du cinéma d’horreur, ni le sommet du Poohniverse dont on parlait plus haut. Le film est clairement supérieur au premier Winnie the Pooh : Blood and Honey, mais reste en retrait par rapport aux promesses les plus folles du concept. On y trouve un monstre efficace, quelques scènes de carnage réjouissantes et une ambiance globalement cohérente, mais aussi un manque d’humour et d’audace qui empêche le film de vraiment décoller. Pour les amateurs de séries B et les curieux de cet univers tordu, l’expérience reste recommandable, même si elle laisse un léger goût d’inachevé.
