Three Jokers : un « foutage de gueule », dans les pas du « Killing Joke » de DC Comics !

batman 3 jokers
(image: © DC Comics)

Un coup pour rien et un scénario paresseux

Vous vous attendiez à une nouvelle version du Joker, un 4e personnage qui viendrait donner la direction à suivre au criminel pour les décennies à venir ? Attendez vous à une grosse désillusion. Car en dépit de toute la sauce qui a été faite autour de ce nouveau Joker, il ne se passera rien. Mais lorsque je dis rien, c’est véritablement rien en terme d’histoire ou d’avancée dans le récit. Le conflit autour des 3 Jokers est résolu de la manière la plus facile qui soit, avec un twist final (le véritable Joker n’est peut-être pas celui que l’on croit) dont on se moque un peu. En fait, je ne vois pas du tout l’intérêt du plan… Il est clairement admis que le but final n’était pas de créer une nouvelle itération du personnage, mais simplement « de te détruire psychologiquement Batman »… Oui… C’est aussi nul que ça. La résolution de l’intrigue autour des 3 Jokers, c’est réellement «  HA HA HA !!! Tu vois, tu pensais à un truc, mais finalement non, du coup, j’ai réussi mon coup… Je t’ai brisé !!! HA HA HA ». Ce qui, à la rigueur aurait pu avoir du sens si le Batman décrit dans ce comics avait montré depuis le début la moindre réaction, la moindre fragilité. Mais comme depuis la 1ère page du premier numéro, les émotions que ressent Batman sont équivalentes à celles d’un poulpe mort, cela n’a strictement aucun effet. D’ailleurs le récit est extrêmement froid, avec énormément de recul et les sentiments des personnages sont réellement forcés. Comme ce semblant d’intrigue entre Jason et Barbara, qui ne mène nulle part. D’ailleurs, la froideur du récit est renforcée par les dessins assez figés de Jason Fabok. Sincèrement, si les planches sont tout à fait correctes et lisibles, c’est terne et sans aucune aspérité. De plus, Jason Fabok a parfois du mal avec les visages. Ses 3 Jokers, en dehors du tout premier qui fait la gueule, ne sont pas si distinctifs que ça et on aura du mal à les reconnaître. De la même manière, essayez de distinguer Bruce de Jason, c’est impossible… Ce n’est pas un mauvais travail, mais c’est très classique, trop classique, avec une mise en page qui lorgne vers du Brian Bolland. En fait, on se demande si Geoff Johns et Jason Fabok, après avoir voulu donner une suite à Watchmen, ne seraient pas en train d’essayer de revenir sur The Killing Joke… Ce que les dernières pages vont nous confirmer.

 

batman 3 jokers
(image: © DC Comics)

 

Quand Geoff Johns modifie encore une fois les récits d’Alan Moore

Geoff Johns, c’est comme un président de la république fraîchement élu. Dès qu’il arrive en place, il ne peut s’empêcher de déconstruire tout ce que son prédécesseur avait fait avant. Même si cela faisait sens. Eh bien c’est exactement ce que le scénariste à l’habitude de faire depuis des années avec le travail d’Alan Moore. Après avoir exploité de manière réussie ses concepts sur Green Lantern (notamment Mogo), il s’était alors attaqué à Swamp Thing. Rappelez-vous, dans Brightest Day, Geoff Johns invalidait totalement dans la continuité les histoires d’Alan Moore sur la créature du marais en faisant revenir Alec Holland. Il remettra le couvert quelques années plus tard avec Doomsday Clock, la suite officielle de Watchmen où ceux que l’on croyait morts ne l’étaient pas. Après Swamp Thing, Watchmen, quel autre récit d’Alan Moore allait-il bien pouvoir saloper, euh…réviser ? Killing Joke bien sûr ! Et c’est exactement ce qui se passe dans les toutes dernières pages du récit qui nous montre cette fameuse grande révélation qui allait à jamais changer l’histoire de Batman. Car oui, Geoff Johns n’hésite pas à extrapoler et à rajouter un twist à l’histoire d’Alan Moore et Brian Bolland. Tout ça pour ça…Vraiment était-il obligatoire de vouloir changer une grande partie du récit original de Killing Joke juste pour ça ? Quel est le but ultime ? Pourquoi ? Le pire, c’est que c’est même pas mauvais mais cela n’apporte rien dans l’immédiateté du personnage. De plus, et c’est ce qui me gêne un peu, c’est que je toruve que cela amoindrit les origines du Joker telles que décrites dans l’histoire de Moore et Bolland.  Après, je suis d’accord pour dire que le fait de changer un récit à postériori n’enlève rien au récit original. C’est même certain. Et le twist que propose Geoff Johns ne contribuera jamais à abaisser la qualité de Killing Joke, mais quand-même, ça commence à se voir, Geoff… Surtout que là, que ce soit placé dans la continuité classique ou pas, ça ne change rien. Globalement Batman : Three Jokers propose une intrigue sans grand intérêt, mal fichue et dont le seul but final est d’introduire un élément de continuité dont un scénariste en manque d’inspiration pourra éventuellement se servir un jour de disette…Globalement, le twist de fin et toute la conclusion de Three Jokers c’est l’équivalent de la phrase de Mr Sinistre à Cyclope concernant un éventuel 3e frère Summers. Une idée posée là dont on pourra se servir…ou pas ! Était-il besoin de réaliser 3 épisodes pour ça ? Pas vraiment ! ■

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(image: © DC Comics)

Batman : Three Jokers  est une mini-série de 3 épisodes publiée en 2020 par DC Comics. Elle est publiée sous le Black Label de DC Comics.

 

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Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.