Trop de pub tue le comics ! [En Vert et Contre tous n°34]

 

(image © Marvel Comics)

 

Pourquoi Secret Wars II est un excellent crossover

Revenons quelques années en arrière. Après le succès de Secret Wars version Jim Shooter, un Secret Wars II s’est rapidement mis en place, avec le même Jim Shooter et Sal Buscema, remplacé au pied levé par l’abominable combo Al Milgrom et Steve Leialoha dont la cohésion artistique laissait plus qu’à désirer. Et Shooter avait vu les choses en grand ! Pas moins d’une bonne quarantaine de tie-ins ! Un peu comme aujourd’hui en fait. À la seule différence que l’histoire principale de Secret Wars II était véritablement auto-contenue, et qu’on n’avait pas l’impression de rater quelque chose si l’on avait suivi que les numéros de la mini-série. Ce qu’il se passait dans les tie-ins n’avait quasiment d’importance que pour le titre concerné et a donné d’excellentes histoires : Daredevil qui retrouve la vue, le retour de Karma, Hulk de retour dans sa version originale, la mort et la résurrection des Nouveaux Mutants. Sincèrement, et en dépit de la qualité intrinsèque de Secret Wars II (on peut en discuter des heures si vous voulez, mais je le trouve meilleur que le 1er), c’est avant tout un crossover réussi d’un point de vue éditorial. Certainement parce que le responsable aux manettes était lui-même l’éditeur en chef. Maintenant qu’il doit y avoir environ un grand crossover/reboot/event tous les ans, c’est tout simplement impossible de construire quelque chose à long terme. On a donc droit à des « coups » publicitaires, martelant la mort de tel ou tel personnage. On ne construit rien et même parfois, la publicité indécente vient mettre la série en l’air.

 

(image © DC Comics)

 

Vrai/faux mariage, vraie/fausse crise

Pour prendre 2 exemples récents chez la Distinguée Concurrence, le mariage Batman/Catwoman a été en partie ruiné à cause de la publicité. Soyons lucides, ce passage s’inscrit dans un run global et une évolution des personnages. On n’aurait absolument pas dû en faire des caisses, avec publicité dans la presse à l’appui. Cela a donné une telle importance à l’histoire que les gens se sont sentis floués. Je pense que ce n’était qu’une étape de plus sans réelle conséquence. Dans ce cadre, Tom King a certainement été victime de la publicité. De la même manière, et pour rester sur Tom King, son Heroes in Crisis a été victime d’un changement éditorial qui a propulsé le titre comme une crise à part entière, un évènement d’importance alors qu’il s’agissait simplement d’une histoire que Tom King voulait, à priori, faire tout seul dans son coin. Heroes in Crisis possède énormément de défauts, mais aurait pu faire l’affaire comme petite série à la Mister Miracle. Et je pense que toute la publicité faite autour du titre, notamment avec la fausse hyper-sexualisation de ses personnages féminins, son changement de titre, son changement de format (je crois que DC a demandé de rajouter des épisodes) a complètement amplifié les défauts de cette série. De fait, on est assez déçus, et ceux qui s’attendaient à une « crise » classique avec combats et fin de l’univers peuvent largement se sentir floués. Ceux qui aiment Wally West aussi d’ailleurs, mais c’est une autre histoire.

 

On a besoin de retomber dans le merveilleux, dans l’envie de croire qu’un bouquin peut encore nous bouleverser.

 

Pourquoi on y croit ?

J’ai défoncé le Marvel 1000 et pourtant je l’achèterai peut-être ! C’est finalement assez paradoxal ! Du coup, on peut légitimement se poser la question sur les raisons qui font que l’on se fait quand-même avoir, même si on sent l’arnaque et le piège pour le porte-monnaie. Peut-être parce que justement on a besoin de retomber dans le merveilleux, dans l’envie de croire qu’un bouquin peut encore nous bouleverser ? Peut-être parce que la grande globalité des histoires du moment n’apportent plus ce sentiment non plus. Je ne sais pas.
Retrouvez-moi le mercredi sur TopComics pour mon billet d’humeur hebdo. Et tous mes anciens coups de gueule sont dans la rubrique Billet d’humeur ! ■




A propos Doop 236 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.