Marvel Zombies – Red Band : des super-héros morts de faim, mais un lecteur frustré

Temps de lecture estimée : 8 min.

Marvel Zombies – Red Band : les 5 points essentiels

  • Marvel Zombies – Red Band imagine une histoire parallèle qui traverse plusieurs décennies de l’univers Marvel.
  • Ethan S. Parker et Griffin Sheridan proposent une idée ambitieuse, mais trop vaste pour seulement cinq épisodes.
  • Le premier épisode offre plusieurs scènes horrifiques aussi inventives que franchement dégoûtantes.
  • Jan Bazaldua livre des dessins solides, même si la violence graphique diminue fortement dans la seconde moitié.
  • L’album reste divertissant, mais son final précipité et son label « Red Band » décevant limitent son impact.

Les super-héros Marvel ont encore faim. Très faim. Et malheureusement, ce n’est pas une salade composée qui va les rassasier. Dans Marvel Zombies – Red Band, les Avengers, les X-Men et les Quatre Fantastiques passent une nouvelle fois à table. Au menu : leurs collègues, leurs amis et quelques civils malchanceux. Mais cette nouvelle déclinaison tient-elle vraiment les promesses sanglantes de son titre ? Le concept de récit traversant plusieurs décennies apporte-t-il quelque chose à la saga ? Et surtout, cette apocalypse parvient-elle à retrouver la folie des premiers Marvel Zombies ?

Marvel Zombies – Red Band contamine les origines de l’univers Marvel

Tout commence avec le célèbre voyage spatial des futurs Quatre Fantastiques. Reed Richards, Susan Storm, Johnny Storm et Ben Grimm reviennent sur Terre avec des pouvoirs. Jusque-là, rien d’anormal. Enfin, rien d’anormal dans un monde où traverser une tempête cosmique transforme votre meilleur ami en parpaing orange. Seulement, cette fois, le quatuor ramène aussi une infection. Et pas le petit rhume que l’on soigne avec une journée sous la couette. Les Quatre Fantastiques deviennent des créatures affamées, capables de massacrer l’univers qu’ils auraient dû protéger. La belle histoire familiale prend rapidement la forme d’un buffet à volonté.

Une excellente idée qui traverse l’histoire de Marvel

Ethan S. Parker et Griffin Sheridan ne se contentent pas de raconter une nouvelle invasion zombie. Les deux scénaristes suivent l’évolution de cet univers parallèle pendant plusieurs décennies. Chaque période correspond à une nouvelle génération de héros, de menaces et de survivants. L’idée donne à Marvel Zombies – Red Band une véritable identité. Le récit ne copie pas simplement les histoires imaginées autrefois par Robert Kirkman. Il transforme toute la chronologie Marvel en gigantesque jeu de massacre. Les grandes étapes de la Maison des Idées prennent ainsi une direction beaucoup moins glorieuse et nettement plus visqueuse.

Marvel Zombies – Red Band court beaucoup trop vite

Cinq épisodes ne suffisent pas pour raconter plusieurs décennies d’apocalypse. Marvel Zombies – Red Band multiplie donc les ellipses, les raccourcis et les bonds temporels. Le lecteur découvre régulièrement qu’un personnage important est mort entre deux chapitres. Une bataille passionnante s’est déroulée hors champ. Une nouvelle équipe s’est formée, puis a probablement fini découpée en rondelles. Merci pour l’information, mais on aurait bien aimé assister au spectacle.

Des morts qui manquent parfois de poids

Ces raccourcis affaiblissent l’émotion. Le récit évoque des pertes terribles sans toujours nous laisser le temps de connaître les victimes. Certains survivants apparaissent pendant quelques pages, juste avant que l’intrigue ne passe à autre chose. C’est frustrant, car Ethan S. Parker et Griffin Sheridan possèdent suffisamment d’idées pour remplir huit ou dix épisodes. Ici, le scénario ressemble parfois à un tour guidé dirigé par un zombie pressé. Regardez à gauche, voici un massacre. Regardez à droite, ce personnage vient de mourir. Ne traînez pas, le prochain génocide commence dans trois pages.

Le label Red Band promet une véritable boucherie

Parlons maintenant du gros autocollant posé sur le paquet de viande : « Red Band ». Cette appellation promet une violence plus graphique, un ton adulte et des images que votre tante ne laisserait pas traîner près de ses petits-enfants. Au départ, le contrat semble rempli. Certaines séquences font preuve d’une imagination particulièrement malsaine. Susan Storm utilise notamment ses pouvoirs avec une cruauté remarquable. Quand la Femme invisible transforme Thor en distributeur de jus divin, on comprend que les auteurs ne sont pas venus enfiler des perles.

Une violence qui devient beaucoup trop sage

Le premier épisode contient plusieurs passages vraiment dérangeants. La violence ne sert pas seulement à éclabousser les pages. Elle détourne aussi les pouvoirs des héros. Les capacités qui sauvaient autrefois des vies deviennent des instruments de torture. Puis la série devient progressivement plus sage. Les deux derniers épisodes proposent peu d’images réellement incompatibles avec une publication Marvel classique. Le sang reste présent, mais le malaise disparaît. Disons que la mention « Red Band » commence en mode Cannibal Holocaust et termine en steak haché premier prix.

Jan Bazaldua dessine une apocalypse lisible

Jan Bazaldua assure l’ensemble de la partie graphique. Ce choix apporte une vraie cohérence à Marvel Zombies – Red Band. Malgré les changements d’époque et la multiplication des personnages, le récit conserve une identité visuelle solide. La dessinatrice gère particulièrement bien les scènes de groupe. Même lorsque les héros se jettent les uns sur les autres avec l’élégance d’une file d’attente devant un buffet gratuit, l’action reste compréhensible. Les personnages gardent aussi des silhouettes immédiatement reconnaissables.

Des super-pouvoirs transformés en instruments de torture

Jan Bazaldua excelle lorsqu’elle détourne l’imagerie héroïque de Marvel. Les poses triomphantes deviennent grotesques. Les sourires se transforment en rictus. Les costumes colorés finissent couverts de sang, de morceaux et de substances qu’il vaut mieux ne pas identifier avant le déjeuner. Son travail reste toutefois prisonnier du scénario. La seconde moitié lui offre moins d’occasions de composer des images mémorables. On sent que l’artiste pourrait aller beaucoup plus loin. Seulement, le récit appuie sur l’accélérateur au moment où il devrait lui offrir plusieurs double pages de carnage.

De nouveaux héros sacrifiés avant le combat

Marvel Zombies – Red Band introduit une nouvelle génération de survivants plutôt séduisante. Magik sous sa forme Darkchylde, Logan, Black Panther et Iron Fist rejoignent notamment la fête. Le groupe possède une allure formidable. On imagine déjà ces personnages découper des hordes de zombies avec toute la délicatesse d’un mixeur industriel. Hélas, ces héros disposent de quelques pages et de presque aucune véritable scène de combat. Le récit les présente comme un nouvel espoir, puis les abandonne avant qu’ils aient pu prouver quoi que ce soit.

Une équipe de New Avengers totalement gaspillée

Cette équipe aurait mérité un épisode entier. Elle ne constitue finalement qu’une étape supplémentaire dans la course vers la conclusion. Son apparition relance pourtant l’histoire et promet une résistance organisée face aux créatures. Puis Reed Richards met brutalement fin à la discussion. Merci d’être venus, la sortie se trouve à gauche. Voilà probablement l’exemple le plus évident d’une mini-série qui possède trop d’idées et pas assez de pages.

Reed Richards fait exploser l’échelle du récit

Au fil des décennies, l’infection dépasse évidemment les rues de New York. Elle atteint les plus grandes puissances de l’univers Marvel. Thanos entre dans la partie, les Pierres d’Infinité réapparaissent et Reed Richards développe des ambitions toujours plus terrifiantes. Cette escalade possède une vraie logique. Une histoire Marvel Zombies doit forcément passer du premier cadavre dévoré dans une ruelle à la destruction cosmique. C’est une loi naturelle, comme la gravité ou le retour régulier de Jean Grey parmi les vivants.

Le spectacle cosmique remplace peu à peu l’horreur

Plus la menace grandit, moins le récit devient intime. Les premiers épisodes s’intéressaient encore aux choix des personnages et aux conséquences de l’infection. La fin privilégie les concepts cosmiques, les artefacts surpuissants et les claquements de doigts capables d’effacer des populations entières. Le spectacle gagne en ampleur, mais perd en chair. Ce qui reste tout de même gênant pour une bande dessinée consacrée à des créatures qui passent leur temps à en manger.

Un final expédié grâce à Jean Grey

Le dernier épisode doit refermer énormément de portes en très peu de pages. Il doit résoudre la menace zombie, régler le cas de Reed Richards et neutraliser Knull. Rien que ça. À ce stade, même un scénariste équipé du Gant de l’Infini demanderait une rallonge. Jean Grey arrive donc pour débloquer la situation. Son intervention possède une certaine logique dans l’univers Marvel. Peu de personnages peuvent rivaliser avec la puissance du Phénix. Néanmoins, la solution paraît beaucoup trop facile.

Knull vaincu avant même d’avoir vraiment combattu

Knull représentait une menace colossale dans King in Black. Ici, Jean Grey règle presque le problème en passant. On se demande forcément pourquoi personne n’a pensé à l’appeler plus tôt. Elle était peut-être coincée dans les bouchons cosmiques. Cette conclusion donne l’impression que les auteurs ont découvert le nombre de pages restantes au dernier moment. Tout s’accélère. Les menaces disparaissent et les survivants obtiennent une sortie. Puis le rideau tombe avant que le lecteur ait eu le temps de digérer. Après autant de viande crue, un petit digestif narratif n’aurait pourtant pas été superflu.

Marvel Zombies – Red Band reste une lecture amusante

Malgré ses défauts, Marvel Zombies – Red Band ne constitue pas une mauvaise bande dessinée. L’idée de parcourir plusieurs décennies fonctionne. Les premiers épisodes offrent de bons moments d’horreur. Jan Bazaldua livre un travail constant et plusieurs détournements de pouvoirs valent franchement le détour. L’album possède aussi une qualité essentielle : il se lit facilement. Ethan S. Parker et Griffin Sheridan connaissent parfaitement l’univers Marvel. Ils jouent avec ses grandes étapes sans transformer leur récit en encyclopédie indigeste.

Quelques scènes prouvent également que le concept possède encore de beaux restes. Les lecteurs qui espéraient une boucherie absolue resteront davantage sur leur faim.

Un récit accessible aux lecteurs de Marvel

Les lecteurs qui aiment reconnaître les références trouveront de nombreux clins d’œil. Les autres pourront suivre l’histoire sans avoir mémorisé quarante années de continuité. Tout le monde n’a pas forcément envie de passer son dimanche à réviser la biographie de chaque membre des New Avengers. Le problème vient surtout des attentes. Avec son titre, son concept et son label adulte, cette série promettait une expérience radicale. Elle offre finalement un divertissement horrifique très correct, mais rarement traumatisant.

Une boucherie qui laisse le lecteur sur sa faim

Les amateurs de Marvel Zombies passeront malgré tout un moment agréable. Ils retrouveront cette combinaison particulière de super-héros, d’humour noir et de cannibalisme décomplexé. Quelques scènes prouvent également que le concept possède encore de beaux restes. Les lecteurs qui espéraient une boucherie absolue resteront davantage sur leur faim. Un comble, finalement. Dans cet album, même les zombies ne sont pas les seuls à quitter la table avec l’impression qu’il manque un morceau.

Marvel Zombies : Red Band est un comics publié en France par Panini Comics. Il contient : Marvel Zombies : Red Band #1-5.




A propos Stéphane 879 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.