Les comics existent-ils encore ? [En Vert Et Contre Tous n°28]

 

 

Mots > Images

Traitez-moi de vieux rétrograde mais pour moi les mots sont 1000 fois supérieurs aux images. Quand je parle d’image, je parle bien évidemment de films et non pas de dessins. Même si j’ai toujours eu une sensibilité qui me fait préférer les scenarii aux dessins dans un comics, les 2 se complètent et forment un tout. À mon sens, un dessinateur raconte lui aussi des histoires. En revanche, je donne beaucoup plus de crédit à une personne qui me dit qu’elle a lu l’intégralité du run de Christopher Priest sur Black Panther qu’à quelqu’un capable de me réciter les dialogues du film par cœur ou qui m’assure qu’il a vu tous les films du MCU. Ce n’est pas méprisant, loin de là. C’est juste que pour moi, les 2 objets sont totalement différents. Et pourtant, je suis le 1er à dire que le Superman de Zack Snyder n’est pas Superman. Peut-être parce que ça m’énerve d’entendre que « ouais, Superman, c’est trop un bad ass » par un gars qui a vu 3 films alors que mes 40 années de lecture comics m’ont amené à penser le contraire. Confusion des genres. Sincèrement, Black Panther nommé aux oscars ? En dehors de récompenses techniques ? Soyons sérieux 2 minutes même si fondamentalement, ça fait plaisir. La supériorité de l’image sur les mots et le dessin m’ennuie aussi un peu. Les comics c’est l’imagination, c’est le pouvoir de l’esprit. Les films, c’est le pouvoir de la facilité. Et encore une fois, j’étais comme un fou devant Civil War ou Avengers : Infinity War parce que certaines images m’ont ramené à la nostalgie. Est-ce purement et simplement du snobisme ? Le fait de voir que mes superhéros, ce que j’ai découvert tout seul et que j’ai supporté tout seul pendant des dizaines d’années dans ma chambre sans pouvoir en parler à personne appartiennent désormais au plus grand nombre ? Peut-être. Il y a certainement un relent de jalousie. Mais c’est surtout qu’on ne peut pas mettre au même niveau des centaines de milliers de pages de comics et 20 ou 30 films. J’apprécie les films pour ce qu’ils sont, des adaptations grand public de franchises qui font vendre des t-shirts et des jouets mais pas beaucoup de comics. Le Superman (ou les Supermen) de Siegel, Shuster, Weisinger, Swan, Jurgens, Casey, Kelly, Loeb, Waid, Morrison, Rucka et consorts seront toujours supérieurs à celui de Snyder ou Whedon.

 

 

Capillarité fatale

Les superhéros n’ont jamais été autant populaires. Et pourtant, il n’y a jamais eu aussi peu de comics vendus ! C’est paradoxal quand-même. Et pourtant ça s’explique. Nous sommes dans une industrie qui doit gagner de l’argent. Et les films en génèrent beaucoup. Alors les publications papiers sont à mon sens totalement délaissées non seulement par les fans, mais aussi par les compagnies qui les produisent. Parce que c’est plus facile d’aller voir un film que de lire un comics de 250 pages. Parce que cela rapporte forcément plus d’argent. Les vieux de la vieille ont délaissé petit à petit leurs publications mensuelles, fatigués par les reboots collant systématiquement à l’arrivée d’un nouvel opus au cinéma ou à la télévision. Et les jeunes, ben, ils ne lisent pas… ou pas longtemps. Il faut dire que c’est beaucoup moins accessible et beaucoup plus cher qu’avant. Du coup, on risque de se retrouver avec un pôle cinéma qui va totalement assécher le comics papier, ce dernier ne servant alors que de prétexte, de justification. Et c’est peut-être déjà le cas en fait. Mon billet d’humeur vous a plu ? Découvrez mes autres coups de cœur et coups de gueule !




A propos Doop 368 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.