En 1976, DC Comics et Marvel Comics accomplissent l’impensable. Superman rencontre Spider-Man dans un album géant annoncé comme « le combat du siècle ». Cinquante ans plus tard, Urban Comics ressort ce monument dans un grand format digne de sa réputation. Mais Superman vs. The Amazing Spider-Man peut-il encore impressionner un lecteur moderne ? Le scénario de Gerry Conway résiste-t-il au temps ? Et surtout, ce crossover historique propose-t-il davantage qu’une belle bagarre entre deux icônes ?
Superman vs. The Amazing Spider-Man : les 5 points essentiels à retenir
- Superman Vs. The Amazing Spider-Man constitue le premier véritable crossover super-héroïque entre DC Comics et Marvel Comics.
- Gerry Conway utilise une intrigue très simple, mais il respecte parfaitement la personnalité des deux héros.
- Le combat entre Superman et Spider-Man reste spectaculaire grâce à une astuce scénaristique plutôt maligne.
- Ross Andru livre des planches monumentales, sublimées par le grand format de cette réédition.
- L’écriture paraît parfois datée, cependant le plaisir de lecture reste étonnamment intact cinquante ans plus tard.

Superman Vs. The Amazing Spider-Man, le jour où l’impossible est devenu possible
Aujourd’hui, voir Batman cogner Deadpool ne provoque plus vraiment un infarctus chez le lecteur. En 1976, pourtant, réunir Superman et Spider-Man relevait quasiment du miracle éditorial. Les deux éditeurs confient donc leurs mascottes à Gerry Conway, scénariste qui connaît parfaitement leurs univers. L’idée est simple : proposer un événement assez énorme pour faire rêver les lecteurs des deux maisons. Superman Vs. The Amazing Spider-Man ne cherche d’ailleurs jamais à justifier sa rencontre par un multivers en pleine migraine. Metropolis et New York appartiennent ici au même monde. Les personnages ne s’étaient simplement jamais croisés. Voilà. Pas de portail cosmique, pas de chronologie à réviser avant la lecture. Et franchement, ça repose.

Une intrigue construite comme une gigantesque boîte de jouets
Lex Luthor affronte Superman pendant que le Docteur Octopus s’occupe de Spider-Man. Les deux criminels se retrouvent ensuite derrière les barreaux et décident de collaborer. Forcément, quand deux génies mégalomanes partagent une cellule, ils ne préparent pas la fête de Noël de la prison. Luthor et Octopus kidnappent Lois Lane et Mary Jane Watson, puis manipulent les héros afin de provoquer leur affrontement. Le scénario les entraîne ensuite vers une succession de pièges de plus en plus énormes. Gerry Conway nous balade ainsi d’un entrepôt jusqu’en Afrique, avant de regarder franchement vers l’espace. Toute logique réaliste a quitté le récit depuis longtemps. Pourtant, cette démesure fonctionne car l’album assume pleinement son statut de spectacle.

Le combat de Superman contre Spider-Man évite le massacre annoncé
Soyons honnêtes deux secondes. Dans un combat normal, Superman transforme Spider-Man en décoration murale avant la troisième case. Gerry Conway connaît évidemment le problème. Lex Luthor utilise donc un rayonnement solaire rouge pour réduire l’écart entre les adversaires. Soudain, Peter Parker peut encaisser les coups de l’Homme d’Acier et lui rendre quelques mandales. L’affrontement devient ainsi crédible sans humilier l’un des héros. Ross Andru profite surtout de cette astuce pour envoyer les personnages à travers les immeubles. Les coups semblent peser plusieurs tonnes. Cependant, le scénario rappelle rapidement que Superman reste beaucoup plus puissant lorsque l’effet disparaît. On devine presque les éditeurs de DC vérifier chaque page derrière l’épaule du dessinateur.

Gerry Conway comprend ce qui sépare les deux héros
Superman représente encore l’idéal héroïque classique. Il avance avec assurance et garde le contrôle, même lorsque la situation dérape. Spider-Man fonctionne autrement. Peter Parker doute, plaisante et fonce souvent avant d’avoir terminé sa réflexion. Leur rencontre oppose donc deux tempéraments plutôt que deux simples catalogues de pouvoirs. Gerry Conway évite heureusement de transformer cette différence en conflit artificiel pendant tout l’album. Une fois le malentendu dissipé, les héros comprennent immédiatement qu’ils partagent les mêmes valeurs. Spider-Man admire la puissance tranquille de Superman. De son côté, Clark Kent respecte le courage de ce jeune homme incapable de rester à l’écart du danger. Leur amitié naissante paraît évidente. C’est probablement la plus grande réussite du récit.
Lex Luthor et le Docteur Octopus volent presque la vedette
Un crossover digne de ce nom réclame aussi une alliance de vilains. Lex Luthor et le Docteur Octopus forment ici un duo délicieusement instable. Chacun considère évidemment l’autre comme un outil temporaire. Luthor possède les ressources et le plan général. Octopus apporte son intelligence scientifique, mais surtout son ego de la taille d’un satellite. Leurs personnalités donnent du rythme à une intrigue pourtant très mécanique. Gerry Conway s’amuse également avec leurs différences. Lex incarne encore le savant fou théâtral, équipé de gadgets improbables. Otto Octavius se montre plus brutal et nettement moins patient. Évidemment, deux hommes pareils ne peuvent pas coopérer très longtemps. Leurs ennemis juré ont presque moins de difficultés à travailler ensemble qu’eux.
Ross Andru dessine enfin le crossover pour lequel il était né
Ross Andru constitue le choix idéal pour illustrer Superman Vs. The Amazing Spider-Man. L’artiste connaît les deux personnages et comprend immédiatement leur langage corporel. Superman occupe toute la case avec une puissance presque immobile. Spider-Man se contorsionne, bondit et refuse constamment de tenir en place. Cette opposition visuelle nourrit chaque séquence partagée. Surtout, Ross Andru pense ses pages pour le grand format. Les perspectives plongent vers le lecteur. Les silhouettes traversent les décors et les immeubles deviennent de simples accessoires. Sur une édition classique, cette mise en scène resterait efficace. En grand format, elle vous saute littéralement à la figure. Les pages que Ross Andru a dessiné retrouvent ainsi toute leur ampleur.
Neal Adams et John Romita Sr. surveillent leurs champions
La fabrication de l’album ressemble elle-même à un crossover. Ross Andru assure l’essentiel du dessin, tandis que Dick Giordano apporte un encrage solide et élégant. Cependant, chaque éditeur veut naturellement présenter son héros sous son meilleur profil. Neal Adams retouche donc plusieurs représentations de Superman. John Romita Sr intervient, lui, sur certains visages et quelques silhouettes Marvel. Ce chantier collectif aurait pu produire une créature rafistolée façon monstre de Frankenstein. L’ensemble conserve pourtant une vraie cohérence graphique. Les corrections restent discrètes et servent surtout à retrouver la version la plus iconique de chaque personnage.
Une écriture datée qui conserve pourtant son charme
Superman Vs. The Amazing Spider-Man porte fièrement son année de naissance. Les héros commentent leurs gestes et expliquent parfois ce que le dessin vient déjà de montrer. Plusieurs dialogues sentent également le récitatif déclamé avec le poing posé sur la hanche. Par ailleurs, Lois Lane et Mary Jane Watson servent surtout de victimes à sauver. Les deux femmes méritaient clairement un rôle plus actif. Malgré tout, l’album se lit avec une étonnante fluidité. Gerry Conway ne transforme jamais son intrigue en encyclopédie. Chaque scène relance l’action ou prépare une nouvelle catastrophe. Cette générosité compense largement les lourdeurs narratives. On sourit parfois devant les conventions de l’époque, mais on ne s’ennuie presque jamais.
Le modèle que les crossovers utilisent encore aujourd’hui
La formule paraît maintenant familière. Deux héros se rencontrent, se tapent dessus à cause d’un malentendu, puis découvrent le véritable ennemi. Superman Vs. The Amazing Spider-Man n’a peut-être pas inventé chaque ingrédient. En revanche, il a fixé la recette du crossover interéditeur. Des dizaines d’albums reprendront ensuite cette structure avec plus ou moins de bonheur. Le récit de Gerry Conway conserve pourtant un avantage précieux : il tient sa promesse ! Aucun bouleversement éditorial bidon ne vient gonfler artificiellement l’enjeu. Superman ne changera pas après cette aventure. Spider-Man non plus. Cependant, le lecteur les voit apprendre à se connaître et comparer leurs méthodes. Cela suffit largement pour donner du sens à leur rencontre.
Superman Vs. The Amazing Spider-Man mérite-t-il encore sa réputation ?
Oui, et pas uniquement pour son importance historique. Superman Vs. The Amazing Spider-Man reste une aventure spectaculaire, sincère et immédiatement accessible. Gerry Conway comprend les héros qu’il manipule. Ross Andru transforme leur rencontre en véritable superproduction de papier. Évidemment, certains dialogues ont pris quelques rides. La place réservée aux personnages féminins rappelle aussi que 1976 ne se trouve jamais très loin. Pourtant, l’album possède une qualité devenue presque rare : il veut simplement émerveiller son lecteur. Mission accomplie. Cinquante ans plus tard, ce combat du siècle frappe encore très fort. Et franchement, bien des crossovers modernes pourraient venir prendre quelques leçons.

Superman Vs. The Amazing Spider-Man est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Superman Vs. The Amazing Spider-Man Facsimile Edition.