The Leftovers : Before Watchmen…

the leftovers before watchmen
(image © HBO, OCS)

Après les débuts remarqués de la série Watchmen sur OCS, revenons sur The Leftovers, la précédente série écrite et produite par Damon Lindelof. Contemplatifs, mélancoliques, centrés sur la perte, le deuil et l’absence, les 28 épisodes et les 3 saisons de The Leftovers constituent une série indéniablement réussie et surtout d’une finesse d’écriture rare.
■ par Doop

 

the leftovers before watchmen
(image © HBO, OCS)

 

14 octobre 2011. 2% de l’humanité disparaît sans aucune explication. C’est le point de départ de The Leftovers, une série créée par Damon Lindelof (Lost) et le romancier Tom Perrotta. The Leftovers est d’ailleurs une libre adaptation du roman de ce dernier intitulé Les disparus de Mapleton. Mais résumer cette série uniquement par son point de départ serait terriblement réducteur. En effet, dès le 1er épisode, les auteurs nous font comprendre que les raisons de cette disparition ne seront pas le point central de la série, qui se déroule 3 ans après l’incident. Amateurs de théories en tout genre, vous serez inévitablement déçus. Damon Lindelof semble avoir pris avec The Leftovers le contrepoint total de Lost. Dans cette dernière série, les auteurs entretenaient le mystère avec des indices la plupart du temps alambiqués ou sortis du chapeau. The Leftovers se concentre uniquement sur le sentiment de perte et d’insécurité de l’humanité en général, et de quelques personnages principaux en particulier. Nous suivons donc le destin de quelques-uns des habitants de la petite ville de Mapleton : Nora Durst (Carrie Coon) qui a perdu au même moment son mari et ses 2 enfants (1 chance sur 125 000), son frère Matt Jamison (Christopher Ecclecston), un pasteur dont la femme est dans un état catatonique depuis l’incident, Laurie Garvey (Amy Brenneman), qui a rejoint une secte nihiliste pour des raisons qui seront dévoilées au cours de la série et son mari Kevin (Justin Theroux), le shérif de Mapleton qui essaye de donner un semblant de normalité dans un vie qui pour lui n’a plus aucun sens. Car même si l’on se dit que finalement, 2% ce n’est pas grand-chose, tout le monde est plus ou moins touché par ces disparitions au hasard. Au plus profond de son être.

 

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(image © HBO, OCS)

 

Tout est chaos

Si vous vous dites que The Leftovers n’est pas une série très joyeuse, vous avez tout à fait raison. C’est d’ailleurs l’un des principaux reproches qui a pu être fait: ce ton dépressif et désabusé qui transpire à chaque scène de chaque épisode de la série. Ne cherchez pas de lumière ou d’espoir, ces derniers ont totalement disparu avec le reste de la population. Mais cela fait sens. Imaginez l’effet de ces disparitions sur des adolescents déjà en rupture, qui se disent que leur vie peut prendre fin à tout moment. Jamais l’expression « no future » n’a pris autant de sens pour cette jeunesse qui se moque désormais de tout et qui noie ses incertitudes dans les comportements à risque. De la même manière, comment espérer se reconstruire lorsqu’on a intimement goûté à la triste injustice de la mort, certes inéluctable, mais, dans le cadre de The Leftovers, totalement imprévisible de par son ampleur et sa nature ? Chacun réagit donc à sa manière et c’est ce qui fait le lien entre les personnages. Matt Jamison se persuade que les disparus avaient tous quelque chose à se reprocher, Kevin Garvey essaye de ne pas sombrer dans la folie. Certains vont se rattacher à tout ce qui peut leur permettre de retrouver leurs proches, de se sentir mieux, y compris faire confiance à un mystérieux gourou qui peut faire disparaître votre peine avec un câlin. D’autres, comme les membres de la secte des fumeurs muets (Guilty Remnants en VO), vont enfiler un habit blanc et enchaîner cigarette sur cigarette, attendant simplement que quelque chose se passe. The Leftovers est une série sur l’acceptation du deuil, il est donc particulièrement difficile de vous résumer une intrigue claire et limpide. Le cheminement des personnages est intégralement intérieur, ne vous attendez donc pas à des épisodes nerveux ou tendus, prédominés par l’action.

 

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(image © HBO, OCS)

 

Une écriture impeccable menée par des acteurs magistraux

Vous imaginez bien que faire 3 saisons sur le sentiment de deuil et l’acceptation de la perte est assez ambitieux. Si l’on ne veut pas que cela devienne n’importe quoi, il faut une écriture impeccable. Et à ma grande surprise, c’est le cas. Autant vous le dire, Damon Lindelof ne m’a jamais réellement impressionné par ses qualités de scénariste : c’est même lui qui a coécrit l’infâme Prometheus de Ridley Scott. Néanmoins, si The Leftovers possède quelques défauts, elle nous dévoile une finesse d’écriture assez impressionnante. Les scénaristes ne font jamais trop, et même si parfois chaque épisode tourne au jeu de massacre (je ne compte même plus le nombre de suicides par épisode), on n’a jamais un sentiment d’overdose dans la tristesse ou la dépression. Ils arrivent particulièrement bien à relancer la série après le final tragique de la saison 1, déplaçant la grande partie du casting dans la petite ville de Miracle au Texas sans que l’on comprenne trop pourquoi. Certes, on ne sort jamais indemne d’un épisode de The Leftovers tellement les thèmes déployés sont forts, et nul doute qu’il faut être plutôt en grande forme psychologique avant d’attaquer la série. Si vous avez tendance à la dépression, si vous ne voyez pas de sens à votre vie, je vous conseille d’y aller à dose homéopathique. Chaque petit moment d’espoir se transforme inexorablement en déroute ou… en désillusion… The Leftovers, c’est avant tout une série dont le sentiment dominant est la lassitude. Mais c’est tellement bien fait… Et tellement bien joué. Car l’une des grandes forces de la série, c’est avant tout le casting impeccable. Justin Theroux, qui a l’habitude des récits torturés (Lost Highway), est excellent dans le rôle d’un gars à la dérive, qui ne sait pas s’il est fou ou s’il est le nouveau messie. On pourra parler aussi de la sublime performance de Carrie Coon, celle qui a tout perdu et qui devient, à son grand regret, une sorte d’icône de l’évènement. Les acteurs de The Leftovers, que ce soit Liv Tyler ou encore Margaret Qualley (Once Upon a Time in Hollywood) sont véritablement allés au bout de leurs limites, se plongeant intégralement dans leurs personnages.

 

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(image © HBO, OCS)

 

Les 2 points forts de la série : son étrangeté et sa fin !

Ce que j’ai véritablement apprécié dans The Leftovers, c’est qu’en dehors du point de départ, on n’a jamais véritablement l’assurance que l’on est dans une série fantastique. Cela donne un véritable sentiment d’étrange, de dissonance qui atteint son acmé dans le 1er épisode de la 2e saison, totalement déroutant à tel point que l’on se demande si l’on n’a pas raté des étapes et sauté un DVD. Le récit n’est pas très linéaire et l’on comprend beaucoup de choses lors des flashbacks qui sont particulièrement réussis, ce qui est assez rare pour être signalé. Le lien entre Twin Peaks ou plus récemment The OA mérite d’être signalé. The Leftovers navigue totalement entre 2 eaux, et lorsque l’on se dit que cette fois-ci on a enfin droit à un évènement surnaturel, les auteurs ne nous permettent jamais de pouvoir trancher. Tous les évènements surnaturels qui prennent place dans The Leftovers peuvent avoir une explication naturelle. Ce sera au spectateur de se faire sa propre opinion, ce qui ramène bien évidemment à un autre thème de la série : croire ou ne pas croire. D’ailleurs, les thèmes religieux sont omniprésents dans la série, même s’ils sont moins prédominants que dans le livre. Ce qui ne veut pas dire que le spectateur est laissé au bord de la route et c’est le 2ème point fort de la série : il y a une véritable fin ! Si Damon Lindelof ne tranche pas sur ce qui est réellement arrivé (à vous de croire ou pas), cela ne choque absolument pas dans la mesure où, contrairement à Lost, la série n’a pas du tout été construite sur ce mystère. Dans un dernier épisode totalement imprévisible, nous avons droit à une réelle conclusion sur la totalité des personnages. Nora, Kevin, Matt et Laurie arrivent au bout du chemin avec nous et c’est une satisfaction immense. Qui se termine peut-être sur une petite note d’espoir… ou pas ! ■

 




A propos Doop 266 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.