Les dessous de Wonder Woman : 5 faits étonnants sur la création de la plus connues des super-héroïnes !

De droite à gauche : William Moulton Marston, Elizabeth Holloway Marston, Joye Hummel Murchison (scénariste non-créditée de certains épisodes de Wonder Woman) et Olivia Byrne (qui porte des bracelets rappelant ceux de Wonder Woman) en 1944.

 

L’étrange cas du Docteur Marston

Durant la Première Guerre mondiale, William Moulton Marston a développé des mœurs non-conventionnelles : marié à Elizabeth, une ancienne étudiante, il entretient une liaison avec Olivia Byrne qui assiste à ses cours. W. M. Marston demande finalement à Olivia Byrne de vivre avec lui et Elizabeth dans une sorte de ménage à trois. Il aura 4 enfants qui seront élevés indifféremment par ses 2 concubines. Lorsqu’il publie un livre controversé sur les émotions primitives (dans lequel il prône le recours à certains rituels initiatiques humiliants), il est renvoyé de l’université. Après plusieurs années difficiles, il obtient un travail au Family Circle. Il ne se fait donc pas prier lorsque Harry Donenfeld lui propose finalement une place au sein de la compagnie en plein essor. Persuadé du rôle primordial des comics sur le développement des futurs adultes, il va profiter de la tribune qui lui est offerte pour exprimer à ses lecteurs son point de vue sur la société et son mode de vie. Les idées qu’exprime W. M. Marston dans Wonder Woman sont véritablement le reflet de celles exprimées dans ses livres. Si la princesse Amazone est bien accueillie par les jeunes lecteurs qui n’y voient que du feu, elle suscite en revanche beaucoup plus de débat au sein du comité consultatif. Sheldon Mayer, plutôt dubitatif, est rapidement remplacé en tant qu’éditeur de la série par Dorothy Roubicek, qui devient ainsi la 1re femme à accéder à un poste de ce type chez National.

 

Wonder Woman n°12 (image © DC Comics)

 

Quand Wonder Woman s’appelait Suprema

William Moulton Marston est persuadé que les lecteurs en grande majorité masculins sont inconsciemment demandeurs d’une héroïne plus forte qu’eux. Il la nomme donc « Suprema, the Wonder Woman ». Grâce à ses talents de psychologue et d’orateur hors pair, il obtient quasiment tout ce qu’il désire de la part de Bill Gaines et d’Harry Donenfeld : entière propriété du personnage, compensations à vie pour lui et sa famille, il impose même le dessinateur H.G. Peter que l’éditeur trouve pourtant trop vieux et au style trop désuet. H.G. Peter, qui a déjà une cinquantaine d’années à l’époque, réalise pourtant un run d’anthologie sur Wonder Woman, restant aux dessins pendant plusieurs années avec un style très naïf qui sied parfaitement à la princesse et à ses aventures. La seule chose que l’écrivain n’obtient pas concerne le nom de l’héroïne. B. Gaines et S. Mayer s’opposent systématiquement au terme « Suprema », trop orienté en ces temps de race supérieure et se rabattent donc sur son appellation de Wonder Woman. Au vu des termes de ce contrat et des problèmes rencontrés par les autres créateurs de l’époque pour obtenir une reconnaissance quelconque, on imagine facilement l’influence de Marston sur ses éditeurs.

 

(image © DC Comics)

 

Un personnage féministe ? Vraiment ?

Au 1er abord, William Moulton Marston développe un point de vue plutôt féministe et à contre-courant des canons de l’époque. En effet il faut rappeler que les femmes des années 40 dans la bande dessinée sont au mieux des faire-valoir pour leurs contreparties masculines. Souvent réduites au stéréotype de la demoiselle en détresse, elles sont loin d’être l’égal de leurs homologues au discours souvent macho. Si par mégarde un personnage féminin obtient des superpouvoirs, ceux-ci sont largement inférieurs à ceux de leurs modèles de départ, comme par exemple Mary Marvel. Wonder Woman fait donc figure d’exception dans le medium. Mais derrière cet aspect prônant la puissance et l’émancipation féminine se cachent les pires fantasmes de soumission de l’auteur. On l’a précisé plus haut : les histoires développées dans la bande dessinée peuvent paraître assez anodines aux yeux des jeunes lecteurs de l’époque. Mais, avec un peu de recul, elles sont très explicites et toujours à double sens. Les fameux bracelets pare-balles de l’héroïne (une référence aux bracelets que porte Olive Byrne, la maîtresse de Marston) ne sont pas qu’un gadget. Ils représentent les menottes que de malfaisants Grecs ont utilisées pour les réduire en esclavage après les avoir séduites. Selon W. M. Marston, ils symbolisent les chaînes invisibles portées par les femmes dont le cœur aurait été conquis ! De plus, Wonder Woman est généralement peu vêtue et il n’est pas rare de la voir attachée, fouettée, enchaînée ou ficelée plusieurs fois par épisode. C’est une allusion explicite au bondage, une pratique sadomasochiste totalement assumée par l’auteur. Lorsqu’on lui fait des remarques sur sa manie de ligoter systématiquement ses personnages féminins, W. M. Marston se défend en prétextant que l’enchaînement et les cordes sont les moyens les moins dangereux de mettre son héroïne en situation de péril imminent, beaucoup moins que les balles de pistolet ou les armes blanches. Il ajoute aussi que la gente féminine adore inconsciemment la possibilité d’être attachée et soumise, et que Wonder Woman contribue de fait à l’éducation des jeunes filles ! Avec la princesse Amazone et son créateur, les comics viennent de franchir un cap et de proposer les 1res notions de sexualité et d’érotisme à ses lecteurs, qui ne s’en rendront compte que bien plus tard ! D’ailleurs, 80% du lectorat de Wonder Woman est masculin, alors que globalement, beaucoup plus de filles lisent les aventures de Superman. Le ver est dans le fruit, et cette sexualité pour le moins explicite va devenir l’un des aspects les plus utilisés par les éditeurs de comics, surtout à partir des années 90. Quoi qu’il en soit, Wonder Woman est un succès, puisque le personnage obtient son propre magazine au début de l’année 1943 (Wonder Woman). Celui-ci sera publié mensuellement et de manière ininterrompue jusqu’en 1986 ! Pour plus d’informations sur le créateur de Wonder Woman, je vous conseille le film My Wonder Women de Angela Robinson sorti en 2017 ■




A propos Doop 318 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.