Les comics vont-ils disparaitre ? [En Vert et Contre Tous n°30]

(image © Marvel Comics, Warner Bros Pictures)

Après Panini qui a, quoi qu’on en pense, quitté le kiosque, c’est cette fois-ci au tour d’Urban de réduire son offre avec un seul bimestriel et une augmentation de prix avec une augmentation de pages à la clé. Il ne faut pas se leurrer : sauf révolution, il n’y aura plus de comics en kiosque dans 1 année ou 2. Les lecteurs devront donc se contenter d’une offre librairie hors de prix. En y réfléchissant bien et au vu des ventes catastrophiques des singles aux USA, les comics ne sont-ils pas tout simplement en train de disparaître ?
■ par Doop

Ceci n’est pas un billet anti-Panini ou anti-Urban !

Encore une fois, ce serait facile de tomber sur les éditeurs. Je ne dis pas non plus que ces derniers sont exempts de tout reproche. Ces dernières années, il y a eu quand même pas mal d’errements éditoriaux, comme les fameux relaunches définitifs de 6 mois de Panini ou la répartition brumeuse entre l’offre kiosque et librairie d’Urban. Mais je pense qu’on peut sincèrement dire qu’ils ont tout essayé pour faire vivre une formule qui n’est de toute évidence plus rentable. Avec souvent de la mauvaise foi, mais ils ont quand même essayé. Bien évidemment on ne peut pas passer sous silence le rôle du distributeur Presstalis, qui a doublé les coûts pour survivre, ni même la disparition des maisons de presse, qui sont des facteurs déterminants dans la disparition des revues kiosque. Ceci dit, essayons de réfléchir à ce qui a amené à cette situation au niveau des comics eux-mêmes.

 

 

Trop cher

Je pense, et je l’ai dit à plusieurs fois dans un précédent billet d’humeur ou dans ma sélection du mois d’avril 2019, qu’on a atteint une limite au niveau des prix. Presque 40 € pour une intégrale librairie, ce n’est pas possible. 15 € pour 5 épisodes d’une série lambda, ce n’est pas possible. Et je pense que c’est un problème historique. Prenons les anciens lecteurs, ceux qui ont connu une époque où les comics ne se trouvaient qu’en kiosque. Ces derniers ont eu l’habitude d’avoir des magazines anthologiques contenant 4 séries en moyenne pour 4 ou 5 euros. On ne peut décemment pas leur vendre des revues cartonnées avec le même nombre d’épisodes pour un prix triple ! Reste donc les jeunes lecteurs, qui n’ont pas non plus un budget illimité. Vous vous rendez compte qu’avec près de 60 € en poche il est impossible d’acheter ses 2 comics préférés ? C’est invraisemblable. La réduction du nombre de lecteurs est d’abord venue par l’augmentation des prix. Encore une fois, on ne peut pas demander aux éditeurs français de vendre des comics à perte. Mais je pense que sincèrement les augmentations incessantes de prix font que le nombre de lecteurs diminue mois après mois. Un petit exemple : Strange en 1994 après une grosse augmentation de prix et de qualité coûtait 24 Francs. Avec un SMIC mensuel de l’époque à 6 900 Francs, cet achat mensuel représentait 0,35 % du SMIC. Prenons maintenant un Avengers softcover de mai 2019. 7,50 € pour un SMIC de 1 500 €. Nous sommes à presque 0,5 % du revenu ! Et c’est encore pire si on prend un Strange de 1987 (0,25 % du SMIC mensuel). Je ne veux même pas parler des prix hallucinant des produits librairie ! Alors, forcément, les lecteurs sont partis.

 

(image © Marvel Comics)

 

Une fois les lecteurs partis, ils ne peuvent plus revenir

Passons maintenant à un autre problème. Un lecteur est parti, il trouvait les comics trop chers. Par chance, il trouve un emploi mieux rémunéré 2 ans plus tard et décide de reprendre la lecture des comics. Par quoi va-t-il commencer ? Par les séries qu’il connaît. Sincèrement, vous pouvez expliquer à ce lecteur le guide de lecture de Captain America ces 3 dernières années ? Dans quel magazine ? Ça devient terrible. Et je le dis d’autant plus que c’est mon cas. Ayant abandonné quasiment tout le Marvel mainstream depuis 3 ans, je suis en pleine lecture d’Infinity Wars. Sincèrement, je n’y comprends rien, cet event fait des allusions à de nombreuses séries qui me sont passées bien au-dessus et que je n’ai pas envie de lire. Difficile pour un lecteur de revenir, non seulement les magazines ont changé, mais les histoires deviennent tellement imbriquées que perdre de vue ses héros préférés pendant un certain laps de temps devient quasiment rédhibitoire. Mais ce n’est pas qu’un problème inhérent à Urban ou Panini, c’est plutôt DC Comics ou Marvel qui sont à blâmer. Et la situation est exactement la même aux États-Unis ! Non seulement le prix des comics a doublé en 20 ans mais le nombre de lecteurs a quasiment été divisé par 5. Le nombre de relaunches et autres reboots est désormais impossible à suivre, tout comme les events incessants d’ailleurs.

 

 

Quel avenir ?

De fait, on peut légitimement se poser la question du futur des comics. Rien n’est éternel et comme toute forme de divertissement, les comics sont certainement amenés à disparaître. Et est-ce que c’est réellement un problème pour les grandes compagnies comme Disney ? Non. Tant que les films continueront à rapporter 1 000 fois plus que les périodiques, je pense qu’ils s’en moquent. L’avènement de l’instantanéité et de l’image animée est indéniable. Après, la nature a horreur du vide, et tant que les superhéros continueront à rapporter de l’argent, on continuera à lire des comics. Sous quelle forme ? C’est un peu plus incertain. ■

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A propos Doop 189 Articles
Doop lit des comics depuis une quarantaine d'années. Modérateur sur Buzzcomics depuis plus de 15 ans, il a écrit pour ce forum (avec la participation de Poulet, sa minette tigrée et capricieuse) un bon millier de critiques et une centaine d'articles très très longs qui peuvent aller de « Promethea » à « Heroes Reborn ». Il a développé une affection particulière pour les auteurs Vertigo des années 90, notamment Peter Milligan et Neil Gaiman.