Catwoman – À Rome : Selina Kyle face à la mafia

Catwoma à Rome critique de l'album Urban Comics
Selina Kyle en tenue de Catwoman sur la couverture du comics Catwoman : À Rome publié chez Urban Comics au format poche
Temps de lecture estimée : 6 min.

Selina Kyle quitte Gotham pour chercher des réponses sur ses origines. Mais que vaut cette escapade italienne signée Jeph Loeb et Tim Sale ? Catwoman peut-elle porter seule un récit lié à Batman : Amère Victoire ? L’enquête familiale tient-elle ses promesses ? Surtout, Catwoman – À Rome mérite-t-il vraiment le voyage ?

Catwoman – À Rome : 5 points essentiels à retenir

  • Catwoman – À Rome raconte une histoire complète, accessible sans avoir lu Batman : Amère Victoire.
  • Jeph Loeb place Selina Kyle au centre d’un polar mafieux léger et rythmé.
  • Tim Sale transforme Rome en décor de cinéma pour une Catwoman plus glamour que jamais.
  • Le Sphinx et Blondie apportent beaucoup d’humour à cette aventure italienne.
  • Malheureusement, les réponses finales sont moins convaincantes que les questions posées.

Catwoman – À Rome : des vacances légèrement mouvementées

Selina Kyle s’envole pour Rome afin d’éclaircir le mystère de ses origines. Elle soupçonne notamment un lien avec Carmine Falcone, le fameux « Romain » de Gotham. Pour l’aider, Catwoman embarque le Sphinx dans ses bagages. Chacun organise ses vacances comme il peut. Seulement, une rencontre avec la Mafia locale tourne rapidement au vinaigre. Un homme meurt, un mystérieux garde du corps blond rejoint l’aventure et plusieurs vilains de Gotham semblent s’être offert le même séjour. Bref, le voyage culturel attendra. Jeph Loeb installe immédiatement un polar rempli de faux-semblants. Pourtant, Catwoman – À Rome conserve une atmosphère légère. L’album ressemble davantage à un film de cambriolage glamour qu’à un sombre règlement de comptes mafieux.

Selina Kyle mène enfin la danse

La principale qualité de Catwoman – À Rome tient dans son héroïne. Selina Kyle occupe chaque page et contrôle presque toujours la situation. Batman plane forcément au-dessus du récit, mais il ne vient jamais lui voler la vedette. Enfin, presque jamais. Jeph Loeb laisse Catwoman enquêter selon ses propres méthodes. Elle charme ses interlocuteurs, improvise beaucoup et ment avec une facilité assez inquiétante. Cependant, le scénario révèle aussi ses fragilités. Derrière son assurance, Selina cherche surtout une famille et une place dans le monde. Cette quête donne une vraie profondeur au personnage. Catwoman ne sert donc plus uniquement de fantasme ambulant ou d’amoureuse impossible pour Bruce Wayne. Elle devient le moteur émotionnel de l’histoire. Et franchement, il était temps que la minette conduise elle-même la Batmobile.

Une quête d’identité au parfum de Mafia

Jeph Loeb construit son récit autour d’une question simple : Selina Kyle appartient-elle à la famille Falcone ? Cette hypothèse relie Catwoman – À Rome aux événements de Batman : Un long Halloween, Batman : Amère Victoire et le plus récent Batman : Le Dernier Halloween. Pourtant, l’auteur évite de transformer son album en annexe incompréhensible. L’enquête familiale fonctionne d’abord comme un prétexte efficace. Elle conduit Catwoman dans les villas romaines et les repaires mafieux. Surtout, elle confronte Selina à ses propres espoirs. La voleuse veut découvrir la vérité, mais elle aimerait aussi choisir cette vérité. Voilà une nuance intéressante. Malheureusement, Jeph Loeb ne creuse jamais vraiment les conséquences de cette obsession. L’émotion reste donc légèrement en surface. On comprend le trouble de Selina, sans forcément le ressentir avec la même intensité.

Jeph Loeb préfère l’aventure au grand mystère

Les lecteurs de Batman : Un long Halloween connaissent les habitudes de Jeph Loeb. Le scénariste adore multiplier les suspects avant de sortir une révélation de son chapeau. Catwoman – À Rome reprend cette mécanique avec davantage de légèreté. Le récit avance vite et enchaîne les fausses pistes. De mystérieux rêves viennent également perturber Selina. Au départ, ces séquences peuvent sembler artificielles. Cependant, elles trouvent progressivement leur place dans l’intrigue. Loeb privilégie surtout le plaisir immédiat. Les personnages se menacent autour d’un verre avant de se poursuivre dans Rome. Cette simplicité donne beaucoup de rythme à l’album. En revanche, elle limite aussi sa portée. Ne cherchez pas une nouvelle fresque criminelle comparable à Batman : Amère Victoire. Ici, Jeph Loeb veut surtout nous offrir une escapade élégante. Le contrat reste modeste, mais il le remplit plutôt bien.

Le Sphinx, pire compagnon de voyage

Emmener Edward Nygma à Rome relève déjà d’une décision discutable. Lui confier une partie de son enquête ressemble presque à un appel au secours. Pourtant, le Sphinx constitue l’une des bonnes surprises de Catwoman – À Rome. Jeph Loeb en fait un partenaire utile, agaçant et parfois pathétique. Ses échanges avec Selina apportent une vraie énergie au récit. Catwoman le traite avec le respect généralement réservé à une mouche dans une cuisine. De son côté, Nygma continue de croire qu’il possède un charme irrésistible. Le résultat fonctionne souvent très bien. Blondie, le garde du corps local, complète cette drôle d’équipe. Son parcours réserve même l’une des meilleures conclusions de l’album. Toutefois, plusieurs personnages masculins passent trop de temps à admirer Selina. Oui, elle est séduisante. Merci les gars, nous l’avions remarqué dès la couverture.

Tim Sale transforme Rome en décor de cinéma

Il suffit de quelques pages pour comprendre l’intérêt majeur de Catwoman – À Rome. Tim Sale dessine une Selina Kyle absolument magnétique. Son trait déforme les silhouettes et amplifie chaque attitude. Catwoman ressemble alors à une héroïne sortie d’un film italien des années 1960. Rome devient également un immense plateau de cinéma. Les terrasses baignées de soleil côtoient des intérieurs plus menaçants. Ainsi, chaque lieu possède une identité forte. La mise en couleur de Dave Stewart renforce cette ambiance chaleureuse sans étouffer les ombres. Tim Sale s’amuse aussi avec les tenues de Selina, parfois au détriment de toute discrétion. Mais bon, personne n’achète un album de Catwoman pour la voir visiter Rome en jogging gris. Visuellement, l’album reste donc un véritable plaisir. Même les scènes les plus simples dégagent une élégance folle.

Un mystère familial qui finit par décevoir

Catwoman – À Rome pose beaucoup de questions séduisantes. Pourquoi Selina rêve-t-elle de certains ennemis ? Qui cherche à saboter son enquête ? Le Sphinx joue-t-il vraiment franc jeu ? Malheureusement, les réponses qu’elle espérait sont moins convaincante. Le dernier acte perd ainsi une partie de l’énergie accumulée. Jeph Loeb révèle plusieurs manipulations plutôt malignes, mais l’enjeu familial manque finalement de poids. La vérité ne transforme pas réellement notre vision de Catwoman. Elle complète surtout quelques zones laissées vides dans Batman : Amère Victoire. Heureusement, l’auteur soigne davantage les trajectoires secondaires. Blondie bénéficie notamment d’une sortie particulièrement satisfaisante. Le Sphinx trouve aussi une conclusion parfaitement adaptée à son ego. L’album retombe donc sur ses pattes. Pourtant, le voyage semblait promettre une destination plus mémorable.

Au final, cette histoire ressemble à une parenthèse luxueuse dans la chronologie de Batman. Elle ne bouleverse rien, mais elle se lit avec un grand sourire.

Faut-il avoir lu Batman : Amère Victoire ?

Vous pouvez découvrir Catwoman – À Rome sans connaître les précédentes collaborations de Jeph Loeb et Tim Sale. L’histoire présente clairement ses enjeux et se suffit à elle-même. Cependant, les lecteurs de Batman : Amère Victoire profiteront davantage des liens avec Carmine Falcone. Ils comprendront aussi pourquoi Selina a quitté Gotham pendant une partie de cette saga. L’album complète donc intelligemment cette période sans devenir indispensable à sa compréhension. De fait, les nouveaux lecteurs découvriront surtout une bonne aventure solo de Catwoman. Les habitués y verront une pièce supplémentaire dans la grande fresque du duo. Cette double lecture constitue une vraie réussite. Urban Comics peut ainsi proposer l’album indépendamment sans perdre son public. Et pour moins de 10 euros, voilà une bonne porte d’entrée pour rencontrer Selina Kyle loin de Batman et de son éternelle mauvaise humeur.

Catwoman – À Rome : une escapade pleine de charme

Catwoman – À Rome n’atteint jamais la puissance de Batman : Un long Halloween. Son mystère manque de surprises et la quête familiale reste un peu sage. Pourtant, l’album possède un charme évident. Jeph Loeb raconte une aventure fluide qui place enfin Selina Kyle au premier plan. Tim Sale lui offre également l’un de ses plus beaux rôles. Rome, la Mafia et le Sphinx composent un décor idéal pour cette virée criminelle. Au final, cette histoire ressemble à une parenthèse luxueuse dans la chronologie de Batman. Elle ne bouleverse rien, mais elle se lit avec un grand sourire. Vous cherchez un polar accessible et superbement dessiné ? Le billet pour Rome mérite largement son prix.

Catwoman – À Rome est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Catwoman: When in Rome 1-6




A propos Stéphane 884 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.