Superman/Spider-Man : le crossover historique tient-il ses promesses ?

DC/Marvel superman spider-man
Temps de lecture estimée : 7 min.

Superman et Spider-Man peuvent-ils partager une aventure sans que l’un serve de faire-valoir à l’autre ? Leur rencontre dépasse-t-elle le simple plaisir nostalgique ? Les nombreux récits complémentaires enrichissent-ils vraiment ce crossover ? Avec Superman/Spider-Man, Urban Comics réunit deux monuments du comics américain. Un événement pareil pouvait rapidement ressembler à une réunion d’anciens élèves légèrement embarrassante. Pourtant, l’album retrouve souvent cette sensation magique des grandes rencontres impossibles. Tout ne fonctionne pas, bien entendu. Cependant, quand les deux héros prennent leur envol, le lecteur retrouve immédiatement ses douze ans. Et ça, mine de rien, ça vaut déjà beaucoup.

Superman/Spider-Man : les 5 points essentiels à retenir

  • Superman/Spider-Man repose sur une aventure principale particulièrement efficace, écrite par Mark Waid et dessinée par Jorge Jiménez.
  • Les deux héros fonctionnent ensemble grâce à leurs valeurs communes, mais aussi grâce à leurs différences de tempérament.
  • Plusieurs récits secondaires exploitent les personnages entourant Clark Kent et Peter Parker.
  • L’ensemble reste inégal, car certaines histoires accumulent les idées sans leur laisser assez de place.
  • Malgré ces faiblesses, l’album célèbre avec sincérité deux univers qui avaient cruellement besoin de se retrouver.

Superman/Spider-Man organise enfin la rencontre attendue

Le principe tient sur un coin de nappe en papier. Brainiac s’associe au Docteur Octopus afin d’utiliser une technologie fondée sur la kryptonite. Clark Kent et Peter Parker enquêtent, enfilent leurs collants puis se répartissent les baffes. Voilà. Pourtant, Mark Waid transforme ce scénario de crossover très classique en petite machine de précision. Superman affronte le Docteur Octopus, tandis que Spider-Man tente d’agacer Brainiac jusqu’à la panne cérébrale. L’inversion fonctionne parfaitement, car elle oblige chaque héros à sortir de ses habitudes. De plus, le récit ne perd jamais son temps à justifier leur rencontre pendant quinze pages. Clark et Peter se connaissent déjà. Ils discutent comme deux collègues qui ont simplement attendu trop longtemps avant de retravailler ensemble. Cette évidence change tout. Le crossover respire naturellement.

Deux héros que tout oppose, sauf l’essentiel

Superman représente souvent l’idéal vers lequel les autres héros lèvent les yeux. Spider-Man, lui, regarde surtout si son loyer a bien été prélevé. L’un inspire les foules. L’autre reçoit des tomates du Daily Bugle. Pourtant, Mark Waid comprend qu’ils partagent la même obsession. Aucun des deux ne peut détourner le regard lorsqu’une personne se trouve en danger. Ainsi, plusieurs pages les montrent simplement en train de sauver des habitants de Metropolis. Des accidents éclatent partout, car la technologie de Brainiac perturbe les esprits. Nos héros pourraient foncer directement sur les vilains. Ils préfèrent d’abord empêcher les innocents de finir en puzzle sur le bitume. Voilà pourquoi Superman/Spider-Man fonctionne. L’album ne réduit pas ses vedettes à leurs pouvoirs. Il rappelle que leur héroïsme commence avant le premier coup de poing.

Mark Waid connaît ses classiques

On pouvait faire confiance à Mark Waid pour connaître le numéro de la première apparition du troisième voisin de Jimmy Olsen. Le scénariste glisse donc des références partout. Cependant, il évite de transformer son récit en visite guidée d’un musée trop nostalgique. Certains clins d’œil parleront aux lecteurs historiques. Les autres les passeront sans que ça ne gène leur lecture. Surtout, Mark Waid reprend un passage mythique d’Amazing Spider-Man n°33 sans recopier mécaniquement la scène originale. Peter se retrouve écrasé sous des décombres. Il doit se relever afin de permettre à Superman de sauver Metropolis. L’hommage reste évident, mais l’émotion fonctionne encore. De son côté, Clark montre au Docteur Octopus une forme de respect qui désarme presque son ego. Franchement, il fallait y penser. Otto Octavius résiste mieux aux coups qu’à un compliment bien placé.

Jorge Jiménez offre aux deux héros leur grand écran de papier

Jorge Jiménez dessine Superman et Spider-Man comme s’il craignait qu’on lui retire ses crayons le lendemain matin. Chaque page déborde donc d’énergie. Les corps filent dans les airs, tandis que les perspectives donnent parfois le vertige. Pourtant, l’artiste ne sacrifie pas les moments calmes. Ses scènes avec Clark Kent et Peter Parker possèdent même un charme particulier. Les deux journalistes ressemblent à des êtres humains, pas à deux mannequins attendant discrètement leur changement de costume. Tomeu Morey accompagne ce dynamisme avec des couleurs lumineuses. Le résultat offre un spectacle généreux, parfois proche du grand écran. Mais cette puissance visuelle ne noie jamais la narration. Jorge Jiménez guide parfaitement le regard. Il sait quand accélérer et quand laisser respirer un échange. Bref, Superman/Spider-Man lui fournit un gigantesque terrain de jeu. Le bougre utilise chaque centimètre disponible.

Les seconds rôles refusent de tenir la chandelle

L’album devient encore plus intéressant lorsqu’il éloigne légèrement la caméra de ses vedettes. Lois Lane rencontre Mary Jane Watson dans une histoire de Tom King et Jim Lee. Contrairement à la première rencontre entre Spider-Man et Superman, les deux femmes ne restent heureusement pas assises à attendre le retour de leurs compagnons. Elles agissent, encaissent les coups et rappellent leur importance dans ces mythologies. Certains dialogues sonnent toutefois un peu fabriqués. Néanmoins, le duo conserve un véritable potentiel. Greg Rucka oppose ensuite Lois Lane à J. Jonah Jameson autour du rôle des médias. L’idée paraît presque trop sérieuse pour un album aussi léger. Elle touche pourtant un point essentiel. Le Daily Planet cherche la vérité, alors que le Daily Bugle vend volontiers sa propre version du réel. Nicola Scott donne à cet affrontement verbal une solide présence. Finalement, les journalistes distribuent parfois davantage de coups que les super-héros.

Superman/Spider-Man sait aussi devenir complètement idiot

Heureusement, tout le monde ne vient pas discuter de responsabilité médiatique autour d’un café. Matt Fraction et Steve Lieber lâchent Jimmy Olsen face à Carnage. Oui, vous avez bien lu cette phrase. Non, personne n’a apparemment appelé les services sociaux. Le résultat assume pleinement son absurdité. Jimmy Olsen traverse cette aventure avec son mélange habituel de naïveté et de talent pour survivre au pire. Carnage, de son côté, découvre qu’affronter un ami de Superman peut provoquer des migraines inattendues. Gail Simone pousse également le bouchon avec une rencontre entre Power Girl et le Punisher. Sur le papier, le concept ressemble à une suggestion sortie d’un chapeau après trois verres. Pourtant, l’histoire trouve un équilibre entre humour et introspection. Belén Ortega accompagne le duo avec un dessin expressif. Ces récits rappellent donc une règle fondamentale : un crossover doit parfois accepter de devenir délicieusement débile.

Les figures paternelles fournissent le cœur de l’album

Jeff Lemire choisit une direction plus intime en rapprochant Jonathan Kent et l’oncle Ben. Le scénariste s’intéresse à la source morale de Superman et Spider-Man. Les deux hommes ont transmis des valeurs qui continuent de vivre après eux. Cette approche aurait facilement pu sombrer dans le sirop. Pourtant, Jeff Lemire reste sobre. Rafa Sandoval privilégie également l’émotion sans multiplier les effets mélodramatiques. Cette histoire rappelle surtout que Clark Kent et Peter Parker ne sont pas devenus des héros grâce à leurs pouvoirs. Des adultes ordinaires leur ont appris à choisir la bonne direction. Ainsi, Superman/Spider-Man quitte momentanément le spectacle cosmique pour parler d’éducation et de transmission. Le changement de ton surprend, mais il donne du relief à l’ensemble. Après Brainiac et Carnage, quelques minutes de tendresse ne font pas de mal. Même les lecteurs les plus endurcis ont un cœur quelque part.

Trop d’idées finissent parfois par se prendre les pieds dans la cape

Tous les récits secondaires ne sont malheureusement pas logé à la même enseigne. Christopher Priest réunit Superboy-Prime avec une version rétro de Spider-Man dans une aventure très méta. L’idée possède du potentiel, mais le scénario empile les concepts avant de trouver son véritable sujet. Le récit s’arrête presque au moment où il devient intéressant. Sean Murphy rencontre un problème comparable avec Spider-Man 2099 et Superboy. Son univers futuriste possède une forte identité visuelle. Cependant, le lecteur doit parfois revenir en arrière pour comprendre qui raconte quoi. Les personnages semblent traverser une bande-annonce destinée à une série plus longue. Superboy peine même à justifier sa présence. Ces deux histoires ne manquent donc pas d’ambition. Elles manquent surtout de pages.

Au final, Superman/Spider-Man réussit son retour historique. Mark Waid et Jorge Jiménez livrent l’aventure que l’on espérait. Leur récit respecte les deux héros sans les enfermer dans la nostalgie.

Une anthologie spectaculaire, mais forcément irrégulière

Superman/Spider-Man adopte la structure d’un énorme buffet. On trouve un plat principal excellent, plusieurs gourmandises puis deux trucs bizarres dont personne ne connaît vraiment la composition. Cette variété constitue sa force. Elle représente aussi sa principale faiblesse. Les équipes artistiques changent régulièrement, tandis que les tonalités passent de l’émotion au délire méta. Le lecteur doit donc accepter quelques secousses. Malgré tout, l’album conserve une véritable cohérence. Chaque récit cherche un point de contact entre les deux univers. Parfois, il passe par les héros. Ailleurs, il naît de leurs proches ou de leurs adversaires. Certaines associations semblent naturelles. D’autres donnent l’impression qu’un stagiaire a tiré deux noms au hasard. Pourtant, cette imprévisibilité procure aussi une partie du plaisir. Après tout, personne n’achète un crossover pareil pour assister à une réunion bien tranquille.

Superman/Spider-Man rappelle pourquoi ces personnages sont éternels

Au final, Superman/Spider-Man réussit son retour historique. Mark Waid et Jorge Jiménez livrent l’aventure que l’on espérait. Leur récit respecte les deux héros sans les enfermer dans la nostalgie. Les histoires secondaires soufflent ensuite le chaud et le franchement tiédasse. Toutefois, les meilleures prolongent intelligemment la rencontre. Elles exploitent Lois Lane, Mary Jane Watson ou Jimmy Olsen sans oublier les figures moins évidentes. Surtout, cet album respire l’amour des comics populaires. Il ne cherche pas à déconstruire Superman pour la millième fois. Spider-Man n’y traverse pas non plus une nouvelle dépression existentielle de 48 épisodes. Les deux hommes sauvent des vies et se soutiennent. Par les temps qui courent, cette simplicité paraît presque révolutionnaire. Superman/Spider-Man n’est pas parfait. Mais il donne furieusement envie de croire encore aux super-héros.

DC/Marvel Superman/Spider-Man est un comics publié en France par Urban Comics. Traduction : Laurent Queyssi. Il contient : DC/Marvel Superman/Spider-Man.




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