Deadpool/Batman : une rencontre amusante mais vite oubliée

Marvel DC Comics Deadpool Batman crossover
Marvel DC Comics Deadpool Batman crossover
Temps de lecture estimée : 5 min.

Cela faisait près de vingt ans que les lecteurs de comics attendaient un nouveau crossover entre Marvel et DC. Avec Deadpool/Batman, DC Comics promettait un événement historique, pensé comme une fête éditoriale et nostalgique. L’idée était simple et vendeuse. Faire se rencontrer Deadpool, le mercenaire grande gueule, et Batman, le justicier sérieux de Gotham. Restait une vraie question. Ce Deadpool/Batman allait-il marquer les esprits ou simplement proposer un bon moment ? C’est à cette promesse, et à ses limites, que cet album tente de répondre.

Deadpool/Batman : un pitch basé sur l’évidence

L’histoire principale de Deadpool/Batman repose sur un postulat limpide. Deadpool débarque à Gotham après avoir accepté un contrat visant Bruce Wayne. Rapidement, la confrontation attendue a lieu. D’un côté, Batman, mutique et méfiant. De l’autre, Deadpool, incapable de se taire plus de dix secondes. Le scénario de Zeb Wells joue volontairement cette opposition. L’intrigue se construit autour de cette dynamique, type buddy movie, jusqu’à faire intervenir le Joker, adversaire presque logique pour le mercenaire. Le récit avance vite, enchaîne les situations connues et ne cherche jamais à bouleverser le statu quo. On est clairement dans un « et si », assumé comme tel, sans conséquence durable.

Un Deadpool/Batman spectaculaire mais sans enjeu

La grande force de Deadpool/Batman, c’est son efficacité immédiate. Les dialogues fusent, les clins d’œil pleuvent et le rythme ne faiblit jamais. Le lecteur sourit souvent, de temps en temps rit franchement à une sortie de Wade Wilson. Mais passé cet amusement, un constat s’impose. L’histoire ne prend aucun risque. Tout est pensé pour rester léger, presque inoffensif. Les situations s’enchaînent sans véritable montée dramatique. On ne sent jamais que quelque chose d’important est en jeu. Ce Deadpool/Batman préfère la blague à la tension. C’est assumé, mais frustrant pour qui espérait un crossover un peu plus ambitieux.

Greg Capullo et la vitrine graphique de Deadpool/Batman

Visuellement, Deadpool/Batman tient clairement ses promesses. Greg Capullo livre un travail solide et immédiatement reconnaissable. Son Batman s’inscrit dans la continuité de ses précédents passages sur le personnage. Les pages sont dynamiques, lisibles, et toujours spectaculaires. L’encrage de Tim Townsend renforce la puissance des compositions, tandis que les couleurs d’Alex Sinclair apportent une atmosphère sombre, parfaitement adaptée à Gotham. Même lorsque le scénario reste sage, le dessin maintient l’intérêt. G. Capullo fait le job, et le fait bien. Dommage que le récit ne cherche jamais à exploiter pleinement cette puissance graphique.

Deadpool/Batman et ses récits annexes, une anthologie inégale

L’album Deadpool/Batman ne se limite pas à son histoire principale. Il propose une série de récits courts réunissant d’autres figures Marvel et DC. Le résultat ressemble à une anthologie très contrastée. Certaines histoires séduisent par leur idée ou leur ton. D’autres donnent surtout l’impression d’un exercice totalement anecdotique. Le problème vient souvent du format. Trop court pour installer un enjeu, trop long pour rester une simple blague visuelle. Cette inégalité empêche l’ensemble de réellement décoller, malgré la présence de scénaristes et dessinateurs prestigieux.

Captain America et Wonder Woman, la tentative sérieuse

Parmi les récits secondaires de Deadpool/Batman, celui réunissant Captain America et Wonder Woman se distingue par son ambition. Chip Zdarsky situe l’action durant la Seconde Guerre mondiale et tente une approche plus grave. L’idée est intéressante sur le papier. Opposer deux figures morales face à la violence et au pouvoir. Malheureusement, le format bridé empêche le récit de développer pleinement ses thèmes. Terry Dodson livre un dessin élégant, soutenu par les couleurs de Rachel Dodson, mais le scénario reste trop démonstratif. L’intention est louable, l’exécution reste en demi-teinte, limité par l’étroitesse du format.

Quand Deadpool/Batman assume enfin la légèreté

D’autres récits annexes de Deadpool/Batman embrassent totalement la légèreté. Trop même. La rencontre entre Krypto et Jeff le requin terrestre, écrite par Kelly Thompson et dessinée par Gurihiru, fonctionne précisément parce qu’elle n’essaie rien d’autre. Le dessin doux, les couleurs pastel et l’absence totale d’enjeu créent un moment charmant. Mais c’est tout. À l’inverse, certaines confrontations pourtant prometteuses, comme Daredevil et Green Arrow sous la plume de Kevin Smith, ou Batman vs Wolverine par Frank Miller, manquent d’espace pour exister. Le potentiel est là, mais l’histoire s’arrête au moment où elle pourrait devenir mémorable.

Deadpool/Batman, un événement plus marketing que narratif

Au final, Deadpool/Batman donne souvent l’impression d’un produit pensé avant tout comme un événement éditorial. Le coffret est soigné, la fabrication irréprochable, les noms prestigieux rassurent. Mais le contenu reste sage, beaucoup trop sage. Aucun récit ne cherche réellement à marquer l’histoire des crossovers Marvel/DC. Tout est cadré, contrôlé, parfois même frileux. On s’amuse, on feuillette, on referme l’album sans frustration immédiate. Puis on passe à autre chose. Ce n’est pas un échec, mais ce n’est pas non plus un moment important ni marquant.

Faut-il lire Deadpool/Batman ?

Deadpool/Batman reste une lecture agréable, portée par des dessins solides et une énergie constante. Les fans de Deadpool y trouveront leur compte. Les amateurs de Batman apprécieront la fidélité du traitement graphique. En revanche, ceux qui espéraient un crossover ambitieux, capable de rivaliser avec les grands classiques du genre, risquent de rester sur leur faim. Cet album amuse plus qu’il ne passionne. Il divertit plus qu’il ne marque. Et c’est peut-être là sa plus grande limite.

Deadpool/Batman est un comics publié par Urban Comics. Traduction : Jérôme Wicky. Il contient : MARVEL/DC – DEADPOOL/BATMAN #1




A propos Stéphane 812 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.