Exquisite Corpses n°5 : les points essentiels à retenir
- Exquisite Corpses n°5 marque un vrai tournant dans la série, car les règles du tournoi commencent à se fissurer. Les tueurs ne contrôlent plus totalement la partie, et les milliardaires qui observent le massacre perdent peu à peu leur confortable position de maîtres du jeu.
- Ce numéro met davantage en avant les civils, notamment Laurie, qui devient l’un des personnages les plus importants du récit. Grâce à elle, Exquisite Corpses gagne en émotion et ne se limite plus à une succession de meurtres spectaculaires.
- Les épisodes 8 et 9 renforcent la dimension politique de la série. Derrière le concept très gore du tournoi de tueurs, Exquisite Corpses dénonce une Amérique confisquée par des ultra-riches prêts à transformer le pouvoir en jeu privé.
- Le dessin reste l’un des grands atouts du mensuel, avec Michael Walsh, Adam Gorham et Valentine De Landro. Chaque artiste apporte une énergie différente, mais l’ensemble conserve une ambiance sale, tendue et très lisible.
- Exquisite Corpses n°5 souffre malgré tout d’une narration dense, parfois fatigante en lecture mensuelle. Entre les tueurs, les civils et les sous-intrigues, mieux vaut garder les épisodes précédents pas trop loin, histoire de ne pas regarder chaque personnage comme un cousin éloigné croisé à un mariage.
Exquisite Corpses n°5 réunit les épisodes 8 et 9 de la série, et autant le dire tout de suite : le tournoi de tueurs commence à ressembler à une soirée Monopoly organisée par des milliardaires psychopathes. Sauf qu’au lieu d’acheter la rue de la Paix, on arrache des yeux, on piège des civils et on parie sur l’avenir politique des États-Unis. Charmant programme, donc. Ce nouveau numéro pose plusieurs questions essentielles. Les règles tiennent-elles encore debout ? Les civils peuvent-ils vraiment peser dans la partie ? Et surtout, Exquisite Corpses est-il en train de devenir plus malin que son propre concept de départ ?

Exquisite Corpses n°5 change les règles du carnage
Le plus intéressant dans Exquisite Corpses n°5, c’est que la série cesse de fonctionner comme une simple arène sanglante. Jusqu’ici, on pouvait résumer le bazar assez facilement : des tueurs professionnels s’écharpent pendant que des ultra-riches regardent le spectacle sans aucune dignité. Mais ici, le jeu déraille. Les caméras tombent en panne. Les riches ne voient plus tout. Et forcément, quand les sponsors perdent le contrôle, ça devient beaucoup plus amusant pour nous. Ce petit détail change la dynamique entière du récit. Le tournoi n’est plus seulement un spectacle. Il devient un vrai terrain de survie, sale, confus, imprévisible.
Porsnak Pichetshote utilise cette panne comme un excellent levier dramatique. Ainsi, les certitudes explosent en même temps que les corps. Les personnages ne jouent plus devant un public omniscient. Ils doivent improviser. Et dans Exquisite Corpses, improviser signifie souvent finir sur le carrelage avec un truc pointu dans l’orbite.

Laurie devient le vrai cœur d’Exquisite Corpses
La bonne surprise de ce numéro, c’est Laurie. L’ambulancière prend de plus en plus d’importance, et ce n’est pas du luxe. Dans une série remplie de tueurs déguisés, de psychopathes élégants et de milliardaires moisies, il fallait bien quelqu’un pour rappeler qu’un être humain normal peut encore servir à quelque chose. Laurie ne devient pas une héroïne en posant les mains sur les hanches devant un coucher de soleil. Heureusement. Elle agit, elle réfléchit, elle partage les informations, elle tente de sauver les civils. Bref, elle fait ce que les gens riches de cette série semblent avoir oublié depuis trois générations : elle se comporte comme une personne à peu près décente.
Le scénario lui donne une vraie place dans la mécanique du récit. D’ailleurs, l’idée qu’un civil puisse retourner la partie devient franchement stimulante. Exquisite Corpses gagne alors en tension, car le lecteur ne regarde plus seulement quel tueur va découper quel autre tueur. Il commence à espérer qu’un grain de sable vienne bousiller toute la machine.

Des tueurs moins nombreux, mais une menace plus épaisse
Dans ces épisodes 8 et 9, le nombre de tueurs diminue. Pourtant, la tension ne baisse pas. Au contraire, elle s’épaissit comme une vieille sauce oubliée sur le feu. Le Lone Gunman, autrefois présenté comme un favori évident, se retrouve mal en point. Pretty Boy revient dans un état assez épouvantable, brûlé, couvert d’éclats de verre, et visiblement peu disposé à faire des câlins.
Rascal Randy, avec son costume de lapin, obtient aussi son moment de gloire. Le problème, c’est que le costume de lapin tue un peu l’aura du personnage. Oui, je sais, c’est sans doute voulu. Mais tout de même, voir un assassin en lapin rater une mise à mort, ça fait un peu perdre en prestige. On est plus proche de la kermesse traumatique que du croquemitaine définitif.
Cependant, cette fragilité rend la série plus intéressante. Les tueurs ne sont pas invincibles. Ils peuvent échouer. Ils peuvent souffrir. Ils peuvent se faire surprendre. Et ça, dans Exquisite Corpses, c’est une excellente nouvelle. Car un tournoi où tout semble écrit d’avance devient vite aussi passionnant qu’un débat fiscal en fin de repas.

Michael Walsh, Adam Gorham et Valentine De Landro salissent joliment le terrain
Visuellement, Exquisite Corpses n°5 tient très bien la route. Michael Walsh continue d’assurer les séquences d’ouverture et de fermeture avec les grands bourgeois du carnage. Ses scènes rappellent que les vrais monstres ne portent pas forcément de masque. Parfois, ils portent une veste propre et parlent de stratégie avec un verre à la main. Adam Gorham prend en charge l’épisode 8 avec une vraie efficacité. Son dessin rend les blessures concrètes, presque palpables. Quand Pretty Boy apparaît brûlé et lacéré, on ne se dit pas seulement « ouille ». On serre un peu les dents, ce qui est toujours bon signe dans une série qui vend du massacre en paquet de douze.
Valentine De Landro, lui, gère l’épisode 9 avec une belle lisibilité. La séquence du lycée fonctionne bien, surtout le passage dans la piscine. L’action reste claire, même quand tout bascule dans la panique. De fait, ce numéro confirme que la série sait changer de dessinateur sans perdre son identité. Ce n’était pas gagné, car l’exercice peut vite ressembler à une tournée de remplaçants en plein match.

Exquisite Corpses gagne en ambition, mais perd parfois en lisibilité
Le vrai défaut d’Exquisite Corpses n°5 vient de sa richesse. Oui, c’est un peu idiot dit comme ça. Mais la série brasse énormément de personnages, de tueurs, de civils, de sous-intrigues et de coups tordus. À la lecture mensuelle, on peut finir par regarder un personnage en se demandant : « Attends, lui, il a tué qui déjà ? » Ce n’est pas catastrophique. Pourtant, ça fatigue un peu. Le récit avance, mais il demande une attention constante. Il faut se souvenir des alliances, des blessures, des enjeux, des survivants. Et parfois, on aimerait que la série nous laisse reprendre notre souffle. Juste trente secondes. Le temps de vérifier que personne ne porte un masque d’animal dans notre cuisine.
Malgré tout, cette densité annonce une évidence : Exquisite Corpses risque de mieux fonctionner en lecture groupée. En album, l’ensemble pourrait devenir beaucoup plus puissant. Les rebondissements s’enchaîneraient sans trou de mémoire. Les personnages resteraient frais dans la tête. Et le carnage prendrait alors toute sa dimension de grand jeu politique malade.

Exquisite Corpses n°5 transforme le spectacle en piège
Ce cinquième numéro confirme que la série ne repose pas seulement sur son concept de départ. Exquisite Corpses aurait pu se contenter d’aligner des tueurs hauts en couleur comme des figurines de luxe trempées dans l’hémoglobine. Mais les épisodes 8 et 9 déplacent l’intérêt. Le vrai sujet devient le contrôle. Les milliardaires pensent contrôler la partie. Les tueurs pensent contrôler leur réputation. Les civils pensent surtout à ne pas mourir avant la page suivante. En réalité, tout le monde perd la main. Et c’est précisément là que la série devient plus mordante. Le massacre reste spectaculaire, bien sûr, mais il commence à produire du sens.
Le récit attaque frontalement cette Amérique vendue aux plus riches, où même la démocratie ressemble à une partie privée. Bon, une partie privée avec des assassins, des caméras et des blessés qui rampent, certes. Mais l’idée est là. Exquisite Corpses devient donc plus qu’un défouloir gore. C’est une satire venimeuse, avec des bouts de verre dans la viande.

Conclusion : Exquisite Corpses n°5 prépare un final très sale
Exquisite Corpses n°5 marque un vrai tournant. Les règles craquent. Les tueurs tombent. Les civils se sont regroupé. Et les riches commencent à perdre cette position confortable qui les rendait si détestables. Autant dire que ça fait plaisir à voir. Il y a des petits bonheurs simples dans la vie.Le numéro n’est pas parfait. Sa densité peut fatiguer, surtout en lecture mensuelle. Certains personnages demandent un petit effort de mémoire. En revanche, la tension fonctionne, les dessins assurent le spectacle, et Laurie apporte enfin un point d’ancrage émotionnel solide.
Au final, Exquisite Corpses continue de faire ce qu’on attend de lui, mais avec plus d’intelligence que prévu. Le sang coule, les masques tombent, les milliardaires paniquent. Franchement, on a connu des fins de soirée moins satisfaisantes.

Exquisite Corpses n°5 est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Exquisite Corpses #8-9.