Supergirl a souvent eu un problème assez simple. Tout le monde l’aime, mais tout le monde ne sait pas quoi en faire. Pendant des années, Kara Zor-El a navigué entre reboots, relances et bonnes intentions plus ou moins inspirées. Et puis voilà que Sophie Campbell débarque avec une série qui remet les choses à plat. La vraie question, au fond, est limpide : comment rendre Supergirl attachante, moderne et fidèle à son histoire sans la transformer en simple cousine de Superman avec une jupe rouge ? Cet album publié par Urban Comics, qui réunit les épisodes 1 à 6, apporte une réponse très convaincante. Il reparle d’identité, de famille, de trauma, d’humour et même de bestioles super-héroïques incontrôlables. Franchement, ça faisait longtemps que Supergirl n’avait pas eu l’air aussi vivante.

Supergirl retrouve enfin une vraie personnalité
Le grand mérite de Sophie Campbell, c’est de comprendre que Supergirl ne doit pas tourner en orbite autour de Superman. Kara existe par elle-même. Elle a sa voix, ses doutes, ses élans, ses blessures, ses envies. Dès les premières pages, la série remet donc au centre ce qui faisait le sel du personnage dans ses meilleures périodes : Midvale, les Danvers, Linda, tout un imaginaire plus intime, plus léger aussi, mais jamais superficiel. En réalité, Sophie Campbell ne fait pas un simple exercice nostalgique. Elle pioche dans l’histoire de Supergirl pour reconstruire un socle solide. Kara redevient une héroïne avec son propre monde, ses propres relations et ses propres enjeux. Et ça change tout, car on ne lit plus une annexe de la famille Superman. On lit enfin un vrai comics consacré à Supergirl.

Sophie Campbell écrit Kara avec beaucoup de tendresse
Ce qui frappe surtout, c’est la justesse du regard porté sur Kara. Sophie Campbell ne force jamais le trait. Elle ne la transforme ni en adolescente geignarde, ni en guerrière monolithique. Au contraire, elle lui redonne une chaleur humaine qui manquait parfois au personnage. Supergirl veut bien faire, mais elle traîne aussi un besoin d’émancipation très crédible. Elle aimerait aider tout le monde, sans rester coincée dans l’ombre écrasante du grand cousin. D’ailleurs, toute la série repose sur cette tension. Kara veut être à la hauteur, mais elle veut aussi être elle-même. Ce tiraillement nourrit plusieurs scènes très réussies. Il donne même une vraie profondeur émotionnelle à un récit qui, sur le papier, pourrait paraître léger. Sophie Campbell a compris un truc essentiel : Supergirl fonctionne quand elle a du cœur, pas seulement des poings.

Une galerie de seconds rôles qui fait respirer Supergirl
Cette série marche aussi parce qu’elle ne laisse jamais Kara parler dans le vide cosmique. Les personnages secondaires apportent beaucoup. Les Danvers redonnent à Supergirl un ancrage affectif très important. Lena Luthor apporte un contrepoint malin, avec une relation qui joue sur la méfiance, l’ouverture et une forme de complicité inattendue. Quant à Lesla-Lar, elle constitue sans doute la plus belle surprise du lot. Au départ, on pourrait craindre une rivale assez mécanique. Pourtant, le personnage gagne vite en épaisseur. Sa jalousie, sa détresse, son besoin maladif de validation donnent à l’intrigue une dimension plus touchante que prévu. Ainsi, la série ne se contente pas d’aligner des silhouettes fonctionnelles. Elle construit autour de Supergirl un petit monde bancal, attachant, parfois drôle, souvent émouvant. Et ce petit monde donne envie de revenir le mois suivant.
Le vrai sujet de Supergirl, c’est la construction de soi
Sous ses couleurs vives et ses trouvailles old school, le comics parle surtout de choses très concrètes. Il est question d’identité, de solitude, de reconnaissance, de blessures qui restent coincées quelque part malgré les sourires. Lesla-Lar agit comme un miroir déformant de Kara. L’une cherche désespérément l’amour et l’attention. L’autre semble plus stable, mais elle cache aussi ses propres failles. De fait, Sophie Campbell fait de Supergirl un récit sur la manière dont on se construit au contact des autres. La famille, les amis, les rencontres, les erreurs, tout cela pèse. C’est même là que la série devient meilleure qu’un simple divertissement bien fichu. Elle parle de jeunes femmes qui apprennent à exister sans s’écraser ni se déguiser en ce que les autres attendent d’elles. Dit comme ça, ça peut sembler un peu sérieux. Heureusement, le comics garde toujours le sens du fun.

Une ambiance rétro qui évite le piège de la naphtaline
Le retour à Midvale, les clins d’œil à l’Âge d’argent, les costumes, les gadgets improbables, les super-animaux, tout cela pourrait tourner au musée un tantinet poussiéreux. Pourtant, non. Sophie Campbell réussit à faire revivre cet héritage sans le momifier. Elle assume la part un peu absurde et un peu sucrée de l’univers de Supergirl. Mieux encore, elle s’en sert comme d’un terrain de jeu. Ainsi, la série retrouve un charme de comic book décomplexé. Il y a des idées farfelues, des situations qui sourient franchement au lecteur, des moments où l’on se dit que DC ferait bien de se rappeler plus souvent que les comics peuvent aussi être joyeux. Mais attention, joyeux ne veut pas dire creux. Campbell ne confond jamais fantaisie et facilité. Elle garde une vraie tenue narrative, même quand elle lâche Krypto, Streaky et compagnie dans la nature. Ce qui est, reconnaissons-le, une idée formidable.

Le dessin de Sophie Campbell rend parfaitement l’énergie de Supergirl
Graphiquement, l’album a une identité claire. Sophie Campbell livre des pages très vivantes, avec un sens du mouvement qui colle parfaitement à Supergirl. Les visages sont expressifs, les attitudes racontent souvent autant que les dialogues, et l’action reste toujours lisible. C’est nerveux, souple, jamais figé. On sent en plus une vraie affection pour les personnages, y compris dans les moments plus discrets. S. Campbell sait dessiner la vitesse, mais elle sait aussi dessiner l’embarras, la fatigue, la tendresse, l’agacement. Bref, elle donne du corps aux émotions. Les passages plus cartoony ne cassent jamais le récit. Au contraire, ils renforcent son charme. Et lorsque Paulina Ganucheau ou Rosi Kämpe viennent épauler l’ensemble sur certains épisodes, la série conserve malgré tout une cohérence de ton. Visuellement, Supergirl respire. C’est coloré, incarné, et franchement agréable à lire.

L’épisode des Super-pets est une parenthèse adorable, mais pas anodine
Sur le papier, consacrer un épisode presque entier aux animaux pouvait ressembler à un petit caprice mignon. En réalité, cet interlude fonctionne très bien. D’abord parce qu’il est drôle. Ensuite parce qu’il rappelle que l’univers de Supergirl peut accueillir la fantaisie la plus débridée sans perdre son équilibre. Krypto, Kandy, Streaky et les autres apportent une respiration bienvenue au milieu d’une série qui parle aussi de trauma et de solitude. Mais cet épisode n’est pas juste là pour faire fondre les lecteurs qui aiment les boules de poils. Il prolonge aussi le thème général du lien affectif. Ces bêtes ont beau semer le chaos, elles existent dans un réseau d’attachement, de fidélité, de confiance. Oui, dit comme ça, on a presque l’air de faire un colloque universitaire sur un lapin cosmique. Mais ça marche. Et puis avouons-le : un bon comics de super-héros avec des animaux infernalement mignons, ça ne se refuse pas.
Sophie Campbell livre un récit accessible, généreux, drôle, parfois touchant, qui puise intelligemment dans l’histoire de Kara pour mieux la projeter vers l’avant. L’action fonctionne, les relations sonnent juste, les dessins sont pleins de vie, et l’ensemble dégage un plaisir de lecture très communicatif.
Supergirl sait aussi regarder les blessures de Kara en face
Le sixième épisode change un peu d’atmosphère. L’ambiance devient plus sombre, presque horrifique par moments. Et cette bifurcation tombe juste. Après plusieurs chapitres centrés sur la reconstruction du quotidien, Sophie Campbell prend le temps de regarder ce que Kara porte encore en elle. La perte de Krypton, l’abandon ressenti, le poids de certaines décisions prises par Superman, tout cela remonte à la surface. Ce n’est pas traité avec lourdeur. S. Campbell évite le pathos graisseux. En revanche, elle montre très bien que même une héroïne solaire peut garder en elle des zones cabossées. C’est important, car la série rappelle ainsi que la gentillesse de Supergirl n’est pas une naïveté décorative. Elle vient aussi d’une douleur ancienne, transformée en élan vers les autres. Ce passage est sans doute un peu plus confus formellement que le reste, mais il apporte une vraie épaisseur au personnage.
Quelques limites empêchent encore Supergirl d’être irréprochable
Tout n’est pas parfait, évidemment. Le point de départ avec la fausse Supergirl peut donner une impression de déjà-vu. Certaines idées rappellent des intrigues récentes vues ailleurs dans la famille Superman, et l’effet de fraîcheur en prend un petit coup. Par moments, la série repose aussi beaucoup sur le capital sympathie de ses personnages. Ce n’est pas un défaut majeur, mais cela peut donner l’impression que certains conflits se résolvent un peu trop confortablement. Enfin, l’épisode plus cauchemardesque de la fin brouille parfois la lecture, surtout quand il alterne réalité et visions. Rien de catastrophique, hein. On est loin du naufrage. Mais ces petites réserves empêchent peut-être encore cette version de Supergirl de tutoyer les sommets absolus. Disons-le autrement : c’est excellent, mais pas encore intouchable. Cela dit, vu la qualité de l’ensemble, on chipote avec une joie presque coupable.
Faut-il lire Supergirl chez Urban Comics ?
Oui, clairement. Cet album réussit quelque chose de rare : il rend Supergirl immédiatement attachante sans simplifier le personnage. Sophie Campbell livre un récit accessible, généreux, drôle, parfois touchant, qui puise intelligemment dans l’histoire de Kara pour mieux la projeter vers l’avant. L’action fonctionne, les relations sonnent juste, les dessins sont pleins de vie, et l’ensemble dégage un plaisir de lecture très communicatif. Surtout, cette série rappelle que Supergirl mérite mieux qu’un rôle de second couteau de luxe dans l’univers DC. Elle peut porter un titre solo avec panache, émotion et personnalité. Franchement, ça fait du bien. Au final, Urban Comics tient là un album capable de séduire les vieux lecteurs amoureux de la mythologie DC comme les curieux qui veulent simplement lire une bonne série de super-héros.

Supergirl est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Supergirl #1-6.