Pourquoi lire « Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous », le comics d’horreur le plus fiévreux du moment ?

Et lorsque ma vengeance s'abattra sur vous couverture
Temps de lecture estimée : 6 min.

Il y a des comics d’horreur qui misent tout sur le grand frisson, le démon qui vomit sur les murs et les yeux révulsés. Et puis il y a Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous (When I Lay My Vengeance Upon Thee), qui préfère une voie plus tordue, plus trouble. Plus vénéneuse aussi. Cet album publié chez 404 Graphics nous embarque dans une histoire d’exorcisme, oui, mais pas la version bien ressassée avec deux prêtres en soutane qui récitent leur Bible. Ici, on parle de foi cabossée, de secrets poisseux, d’ambiguïté morale et de types qui ont autant l’air de combattre le Mal que de lui ressembler un peu. La vraie question est donc simple : Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous est-il un bon comics d’horreur, un bon récit religieux, un bon polar occulte… ou un peu tout ça à la fois ?

Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous relance le récit d’exorcisme par la brutalité

Le premier mérite de Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous, c’est de comprendre très vite que le genre de l’exorcisme a besoin d’un bon coup de latte dans la porte. Gus Moreno ne copie pas servilement « L’Exorciste ». Il prend le sous-genre, le secoue, puis lui rajoute de la boue sous les ongles. Son idée la plus forte consiste à transformer l’exorcisme en enquête, presque en traque, avec deux prêtres qui avancent dans le Mal comme d’autres remonteraient une scène de crime. Du coup, le récit gagne une tension constante. On ne se contente pas d’attendre que ça hurle en latin. On cherche, on doute, on observe, et surtout on comprend peu à peu qu’il y a derrière chaque possession quelque chose de plus ancien et de plus dérangeant.

Deux prêtres magnifiques, cabossés et franchement pas rassurants

Le vrai carburant de l’album, ce sont pourtant ses personnages. Le père Merrick Stygian s’impose d’emblée comme une figure monstrueusement charismatique. Le bonhomme ne ressemble pas à un curé de carte postale. C’est un vétéran, un bloc d’os, de nerfs et de certitudes opaques. En face, le père Manuel Barrera apparaît plus jeune, plus instable, plus impulsif, avec ce parfum de révolte mal rangée qui le rend immédiatement intéressant. Leur duo fonctionne à merveille car il repose sur une friction permanente. Ces deux hommes ne se comprennent pas vraiment. Ils se jugent beaucoup. Ils se supportent à peine. Pourtant, le récit les force à avancer ensemble. Et c’est là que Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous devient passionnant : les démons ne sont pas toujours les créatures les plus inquiétantes de l’histoire.

Une ambiance de fièvre noire qui colle à la peau

Dès les premières pages, l’album installe un climat très particulier. On pense un peu à « L’Exorciste », bien sûr, mais aussi à certains récits où l’horreur naît moins du choc que du malaise. Gus Moreno construit un monde où le surnaturel semble pouvoir suinter de n’importe quel mur, d’une tombe, d’un enfant, d’un souvenir ou d’un animal crevé au mauvais endroit. Ce qui fait la force de Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous, c’est justement cette impression de contamination. Le mal n’est jamais contenu dans une seule scène spectaculaire. Il rampe partout. Il habite les lieux, les silences, les corps, et même les relations entre les personnages. Au final, on lit cet album avec cette sensation très agréable d’avoir les mains sales sans savoir exactement à quel moment on les a plongé dans la boue.

Jakub Rebelka transforme chaque page en cauchemar somptueux

Il faut le dire franchement : sans Jakub Rebelka, Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous n’aurait sans doute pas cette puissance-là. Son dessin ne cherche jamais la joliesse facile. Il préfère la déformation et le trouble. Les visages semblent parfois rongés par quelque chose d’intérieur. Les décors baignent dans des ombres terreuses. Les couleurs donnent souvent l’impression qu’on regarde le monde à travers une fièvre ou un rêve très mauvais. C’est superbe, mais d’une beauté malade. Surtout, Rebelka comprend parfaitement ce que réclame ce genre de récit. Il ne montre pas trop, il montre mal, au sens noble du terme. Il suggère, il floute, il salit, il trouble. Et ça marche. Certaines pages ont une vraie force de fascination. On les contemple comme on regarderait une fresque religieuse retrouvée dans une cave, à moitié pourrie, à moitié sacrée.

Un récit de mystère qui monte en puissance presque sans fausse note

L’autre belle réussite de l’album, c’est sa progression. La mini-série ne grille pas ses cartouches trop tôt. Au contraire, elle prend son temps pour installer ses pièces, faire monter la pression et dévoiler progressivement la nature réelle de la menace. Chaque épisode apporte une information, une torsion, un déplacement du regard. Il y a des révélations, évidemment, mais elles tombent au bon moment. Rien ne donne l’impression d’être là juste pour surprendre. En revanche, le récit joue à fond la carte du doute moral. Faut-il tout sacrifier pour contenir le mal ? Est-ce qu’un acte atroce devient acceptable s’il évite pire ? Ce sont de vraies questions, et Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous a l’intelligence de ne pas y répondre avec de gros sabots. D’ailleurs, le final ne cherche pas le confort. Il cogne là où il faut.

C’est un récit habité, tendu, intelligent, qui réussit à relancer un imaginaire ultra-balisé en lui injectant du trouble, du mystère et une vraie brutalité émotionnelle. Gus Moreno signe une histoire d’exorcisme qui parle autant du mal que de la manière dont les hommes choisissent de vivre avec lui.

Quelques zones d’ombre frustrent un peu la lecture

Tout n’est pas parfait pour autant. À force de cultiver le mystère, Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous laisse parfois certains lecteurs à la porte. Quelques éléments du lore restent volontairement brumeux, et cela fait partie du projet. Cependant, on peut aussi ressentir une légère frustration devant certains pans du récit qui auraient mérité un développement supplémentaire. Certains seconds rôles existent surtout pour nourrir la mécanique d’angoisse. Quelques transitions vont très vite. Et il faut accepter une narration qui préfère l’atmosphère à l’explication nette. Personnellement, ça ne m’a pas gêné outre mesure. Mais mieux vaut prévenir : si tu veux un album qui te tient la main du début à la fin, ce n’est clairement pas la bonne paroisse.

Faut-il lire Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous chez 404 Graphics ?

Oui, clairement. Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous est un très bon comics d’horreur, et même mieux que ça. C’est un récit habité, tendu, intelligent, qui réussit à relancer un imaginaire ultra-balisé en lui injectant du trouble, du mystère et une vraie brutalité émotionnelle. Gus Moreno signe une histoire d’exorcisme qui parle autant du mal que de la manière dont les hommes choisissent de vivre avec lui. Jakub Rebelka, lui, livre des pages superbes et inquiétantes, qui donnent au livre une identité visuelle immédiate. Ce n’est pas un album confortable. Ce n’est pas non plus une lecture qu’on oublie en refermant la couverture. Et franchement, dans le domaine de l’horreur, c’est plutôt bon signe.

Conclusion : Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous mérite largement le détour

Avec Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous, 404 Graphics publie un album d’horreur singulier, dense et très maîtrisé. La série brille par son duo de prêtres, par son ambiance de fin du monde intime et par son dessin absolument fascinant. Elle ose aussi rester ambigue, ce qui lui donne un vrai pouvoir de nuisance dans la tête du lecteur. En revanche, il faut accepter ses zones d’ombre et sa narration parfois volontairement opaque. Mais au final, le jeu en vaut largement la chandelle. Si tu aimes les récits religieux déglingués, les polars occultes et les comics qui sentent la poussière, le sang séché et la culpabilité, tu peux y aller sans trembler. Enfin si, justement, un peu.

Et lorsque ma vengeance s’abattra sur vous est un comics publié en France par 404 Graphics. Il contient : When I Lay My Vengeance Upon Thee #1-5.




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