Les nouvelles aventures de Rocketeer : un tome 2 qui carbure à la nostalgie pulp !

Rocketeer les nouvelles aventures tome 2 Delcourt
Temps de lecture estimée : 6 min.

Les nouvelles aventures de Rocketeer reviennent avec un deuxième tome publié chez Delcourt, et l’idée reste la même : confier Cliff Secord à une armée de grands noms du comics pour célébrer l’héritage de Dave Stevens. Sur le papier, c’est redoutable. En pratique, cet album pose plusieurs questions très simples. Est-ce un vrai bon recueil d’aventures ? Est-ce un hommage convaincant ? Est-ce que cette anthologie apporte autre chose qu’un joli défilé d’auteurs prestigieux ? Et surtout, est-ce que Les nouvelles aventures de Rocketeer méritent mieux qu’un simple regard attendri de lecteur amoureux des pulps ? C’est là que l’album devient intéressant, car il réussit souvent ce qu’il promet, sans toujours dépasser ce cadre.

Les nouvelles aventures de Rocketeer assument pleinement leur format d’anthologie

Le premier mérite de ce tome 2, c’est sa franchise. Les nouvelles aventures de Rocketeer ne cherchent jamais à se faire passer pour une grande saga. L’album aligne quinze récits, presque tous très courts, et préfère la variété à la profondeur. Dès lors, le plaisir vient du mouvement permanent. Une idée surgit, une ambiance s’installe, un danger apparaît, puis l’on passe déjà à autre chose. Ce rythme donne au recueil un côté très ludique. On tourne les pages avec curiosité, car chaque histoire promet une tonalité différente. En revanche, ce choix limite aussi l’impact émotionnel. Beaucoup de récits donnent l’impression d’esquisser quelque chose de savoureux sans avoir la place de le développer pleinement.

Un hommage sincère à Dave Stevens avant d’être une lecture indispensable

Il faut être clair : ce tome existe d’abord comme lettre d’amour à Dave Stevens et à sa création. On sent partout l’envie de retrouver ce mélange de glamour hollywoodien, d’aventure rétro et d’aviation casse-cou qui faisait tout le sel de Rocketeer. Ainsi, l’album fonctionne très bien comme objet de célébration. Le lecteur croise des clins d’œil, des figures familières, des situations taillées pour l’imaginaire pulp. Cette fidélité fait plaisir. Pourtant, elle bride aussi l’ensemble. L’album admire tellement son modèle qu’il ose rarement s’en éloigner. Il en sort un recueil attachant, souvent élégant, mais rarement renversant. C’est un bel hommage, pas une réinvention.

Le casting d’artistes reste le grand argument de vente du volume

Soyons honnêtes, une bonne partie du plaisir tient dans la liste des noms réunis. Voir défiler Bill Sienkiewicz, Walt Simonson, John Byrne, Adam Hughes, John Paul Leon ou encore Kyle Baker a quelque chose de franchement réjouissant. Delcourt vend d’ailleurs l’album sur cette promesse, et ce n’est pas une arnaque. Chaque auteur apporte sa sensibilité, son trait, sa façon de faire respirer ce héros né dans le culte de la belle image. De fait, Les nouvelles aventures de Rocketeer ressemblent parfois à une galerie d’interprétations plus qu’à un simple recueil narratif. C’est aussi pour cela que l’inégalité passe mieux. Quand une histoire convainc moins, le regard reste accroché par la proposition graphique suivante.

La partie visuelle fait décoller l’album bien plus que ses intrigues

C’est sans doute là que le tome 2 gagne ses galons. Narrativement, beaucoup d’histoires restent modestes. Visuellement, en revanche, l’album a de quoi flatter l’œil presque à chaque étape. Le personnage de Rocketeer possède une silhouette parfaite pour ce genre d’exercice. Son casque, son jetpack, ses poses héroïques, son ancrage dans une Amérique fantasmée des années 30, tout cela offre un terrain de jeu formidable. Chaque dessinateur s’empare donc de cette iconographie avec gourmandise. Certaines pages sentent le serial d’aventure, d’autres lorgnent vers la caricature ou la pure fantaisie. Ce feu d’artifice graphique compense largement la brièveté des récits, car l’album sait au moins rester constamment vivant.

L’humour et les détours improbables évitent la routine

L’un des risques d’un tel projet, c’est la répétition. Après tout, enchaîner des histoires de huit pages sur un héros aussi codifié peut vite tourner à l’exercice appliqué. Heureusement, plusieurs auteurs évitent cet écueil en glissant de l’humour ou des variations franchement inattendues. Peter David et Bill Sienkiewicz s’amusent, Paul Dini aussi, et l’ensemble n’hésite pas à injecter une petite dose d’absurde. Ailleurs, le recueil se permet quelques écarts vers la science-fiction ou le dépaysement total. Ces bifurcations font du bien. Elles rappellent que Rocketeer n’est pas seulement un bel objet nostalgique. Il peut aussi devenir un jouet très souple entre les mains de créateurs qui acceptent de s’amuser un peu.

Les invités et les faux crossovers donnent du relief à l’ensemble

Autre bonne idée, plusieurs récits convoquent des figures connues, réelles ou à peine déguisées. Amelia Earhart, Judy Garland ou un aventurier qui rappelle très fort Indiana Jones viennent enrichir cet univers. Ce procédé colle très bien à l’ADN de Rocketeer. Le personnage a toujours vécu dans un imaginaire nourri de cinéma, de mythes populaires et d’Histoire romancée. Du coup, ces apparitions ne sonnent pas comme des gadgets. Elles prolongent au contraire le charme pulp du concept. Cependant, ce jeu de références produit des effets variables. Par moments, il apporte un vrai supplément de fantaisie. À d’autres, il ressemble surtout à un clin d’œil un peu facile. Mais même dans ces cas-là, le recueil garde sa légèreté.

Le vrai défaut des nouvelles aventures de Rocketeer, c’est l’absence d’enjeux

On peut aimer ce tome 2 et reconnaître sans peine sa faiblesse principale. Les nouvelles aventures de Rocketeer manquent d’enjeu. Le format court explique beaucoup, bien sûr, mais il n’excuse pas tout. Les récits amusent, séduisent, divertissent, puis s’effacent parfois presque aussitôt. Cliff Secord traverse ces pages avec son capital sympathie intact, sans que l’album ne cherche réellement à le creuser. Betty reste une présence bienvenue, l’esprit du pulp est bien là, l’aventure défile, mais rien ou presque ne laisse une trace durable. Au final, le livre procure un plaisir immédiat, pas une lecture marquante. C’est un peu frustrant, car plusieurs idées auraient mérité plus d’espace pour respirer et s’épanouir.

L’album préfère saluer un héros culte, rappeler sa force visuelle et laisser de grands artistes jouer dans son bac à sable. Ce choix produit un recueil souvent charmant, parfois brillant, souvent inégal aussi.

Les nouvelles aventures de Rocketeer s’adressent surtout aux amoureux du personnage

Il faut donc savoir ce que l’on vient chercher. Si vous attendez une porte d’entrée parfaite vers Rocketeer, ce tome 2 n’est pas forcément l’option idéale. En revanche, si vous aimez déjà l’univers de Dave Stevens, ses influences pulp, son élégance rétro et son goût du panache, l’album a beaucoup d’arguments pour vous séduire. C’est un livre pour les lecteurs qui acceptent l’inégalité du format anthologique et qui prennent plaisir à voir un mythe passer de main en main. D’ailleurs, ce plaisir existe vraiment. Même lorsqu’un segment convainc moins, la curiosité reprend vite le dessus. On veut voir quelle idée attend à la page suivante, quel dessinateur arrive, quel ton sera adopté.

Faut-il lire Les nouvelles aventures de Rocketeer tome 2 ?

Oui, mais avec les bonnes attentes. Les nouvelles aventures de Rocketeer ne révolutionnent rien dans ce deuxième tome, et ce n’est visiblement pas leur ambition. L’album préfère saluer un héros culte, rappeler sa force visuelle et laisser de grands artistes jouer dans son bac à sable. Ce choix produit un recueil souvent charmant, parfois brillant, souvent inégal aussi. Malgré tout, la lecture reste agréable car elle respire l’amour du personnage. Pour les fans, c’est un bonbon rétro. Pour les autres, ce sera surtout une promenade sympathique au milieu de belles images et d’idées parfois trop courtes. L’hommage est réussi, même si l’ensemble ne décolle pas toujours aussi haut que son héros.

Conclusion

Les nouvelles aventures de Rocketeer signent donc une suite fidèle à l’esprit du premier volume. Ce tome 2 mise sur la générosité, la diversité des artistes et le plaisir immédiat de récits courts baignés dans l’imaginaire pulp. Son principal atout reste sa richesse graphique, car plusieurs planches valent à elles seules le détour. En revanche, le manque d’enjeux et l’inégalité des histoires empêchent l’album de devenir indispensable. Reste un recueil attachant, élégant, souvent fun, qui parle d’abord aux lecteurs déjà acquis à la cause de Cliff Secord. Bref, un hommage sincère, parfois brillant, mais qui aurais mérité quelques histoires plus mémorables.

Les Nouvelles Aventures de Rocketeer, tome 2 est un comics publié en France par Delcourt.




A propos Stéphane 836 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.