Avec Imperial, Jonathan Hickman revient jouer dans un bac à sable qu’il connaît par cœur : le cosmique Marvel. Ce tome 1 publié chez Panini Comics compile les trois premiers chapitres de l’event ainsi que le one-shot Imperial War : Black Panther, et pose une question simple mais vertigineuse : que se passe-t-il quand l’équilibre galactique repose sur une partie d’échecs jouée par des entités qui se pensent au-dessus de tout ? Entre empires en guerre, manipulations à grande échelle et promesses de bouleversements durables, Imperial ambitionne de redéfinir tout un pan cosmique de l’univers Marvel. Mais ce premier volume tient-il vraiment toutes ses promesses ?
Imperial, ou le retour du grand jeu politique à la sauce Hickman
Dès les premières pages, Imperial annonce la couleur : beaucoup de dialogues, énormément d’exposition, et une galerie de personnages qui donne le tournis. Jonathan Hickman met en place un échiquier galactique où Hulk, Star-Lord, Nova, Gladiator, Hulkling ou encore les empires Kree, Skrull et Wakandais avancent leurs pions sans toujours comprendre qui tire réellement les ficelles. Les représentants des empires galactiques, dont notamment le fils de Hulk et la sœur de Star-Lord, sont assassinés les uns après les autres. Bientôt, on devine que le principal suspect est l’Empire galactique du Wakanda : mais pour quelle raison Black Panther commettrait-il des meurtres ? Le parallèle avec une sorte de Game of Thrones spatial est évident, et assumé, avec une intrigue qui privilégie la stratégie, les alliances fragiles et les décisions politiques aux explosions immédiates. Le problème, c’est que cette approche exigeante peut laisser certains lecteurs au bord du chemin, surtout ceux peu familiers du Marvel cosmique.

Une montée en puissance spectaculaire… mais inégale
Si le premier chapitre d’Imperial se montre très bavard, la série trouve progressivement un meilleur équilibre. Le deuxième épisode, notamment, bascule clairement dans le spectaculaire avec des affrontements massifs au-dessus de Wakanda Prime et des séquences de bataille impressionnantes. Hickman prouve qu’il sait aussi écrire l’action quand il le veut, tout en continuant à distiller ses révélations et ses retournements de situation. En revanche, le troisième épisode retombe partiellement dans ses travers, multipliant les redites et les explications là où on aurait aimé voir l’univers s’élargir davantage. Certaines promesses narratives semblent alors mises en pause, comme si Imperial hésitait encore entre être un véritable event et un simple prologue géant.

Des personnages emblématiques, mais pas tous servis à la même enseigne
L’un des plaisirs d’Imperial réside dans l’utilisation de figures emblématiques du cosmique Marvel. Hulk retrouve une dimension impériale intéressante, Black Panther s’impose comme un stratège redoutable, et Nova bénéficie d’un regain d’attention bienvenu. Le retour d’un autre empire (on ne spoilera pas) apporte également une vraie charge symbolique à l’ensemble. En revanche, certains personnages très attendus, comme Hulkling et Wiccan, restent étonnamment en retrait. Un choix frustrant, surtout au vu de leur importance théorique dans cet univers, et qui donne parfois l’impression que Jonathan Hickman prépare surtout le terrain pour plus tard.

Imperial War : Black Panther, un complément solide mais très introductif
Inclus dans ce tome 1, Imperial War : Black Panther fonctionne davantage comme un chapitre de transition que comme un récit autonome. Coécrit par Jonathan Hickman et Victor LaValle, le one-shot montre T’Challa traqué par toute la galaxie, accusé de crimes qu’il n’a pas commis. Le personnage y brille par son intelligence et son sang-froid, avec quelques scènes fortes qui rappellent pourquoi Black Panther est l’un des leaders les plus respectés de Marvel. Mais l’ensemble reste très orienté mise en place, clairement pensé comme une rampe de lancement pour la future série Black Panther : Intergalactic, plutôt que comme une histoire pleinement aboutie.

Une claque visuelle portée par une équipe artistique solide
Graphiquement, Imperial est difficilement attaquable. Iban Coello et Federico Vicentini livrent des planches dynamiques, lisibles et d’une grande richesse, tandis que Federico Blee sublime l’ensemble par une colorisation éclatante qui donne vie à la diversité des mondes extraterrestres. Dans Imperial War : Black Panther, Cafu impose un style plus classique mais extrêmement efficace, notamment dans les scènes spatiales et les affrontements impliquant Hulk. Même lorsque le récit ralentit, le dessin maintiens un niveau d’immersion très élevé, rappelant constamment l’ampleur de cet univers.

Imperial tome 1 : un prologue ambitieux aux fondations encore fragiles
Au final, ce tome 1 d’Imperial ressemble davantage à un immense prélude qu’à un event pleinement satisfaisant, surtout quand on sait qu’il s’achève dans le prochain numéro. En réalité, Jonathan Hickman pose des bases fascinantes, relance le cosmique Marvel avec des idées fortes et une ambition évidente, mais sacrifie parfois l’émotion et le rythme au profit de la construction à long terme. Les lecteurs patients, amateurs de sagas complexes et de construction d’univers, y trouveront largement leur compte. Les autres resteront peut-être sur leur faim, en attendant que le véritable jeu commence enfin.

Imperial n°1 est un comics publié en France par Panini Comics. Il contient : Imperial 1 à 3 et Imperial War : Black Panther 1