Armageddon Game : les Tortues Ninja voient grand, parfois trop

TMNT Armageddon Game
Temps de lecture estimée : 6 min.

Le Roi des Rats veut transformer le monde en un terrain de jeu apocalyptique ! Et forcément, les Tortues Ninja apprécient moyennement le programme. Avec Armageddon Game, publié chez HiComics, Tom Waltz retrouve les héros dont il a longtemps façonné les aventures. Au dessin, Vincenzo Federici accompagne cette guerre aux dimensions franchement démesurées. Mais cette réunion tient-elle ses promesses ? Shredder peut-il vraiment jouer les alliés ? Surtout, les 8 épisodes réunis ici suffisent-ils pour profiter du spectacle sans perdre le fil ?

Les 5 points essentiels d’Armageddon Game

  • Tom Waltz revient aux commandes. Armageddon Game fait converger des intrigues développées pendant des années dans les comics Tortues Ninja d’IDW.
  • Shredder rejoint les alliés des Tortues. Ce rapprochement nourrit les relations entre personnages et apporte une dimension mystique à leur combat.
  • Une aventure spectaculaire, parfois encombrée. Les nombreux personnages enrichissent l’univers, mais les intrigues parallèles freinent parfois le rythme.
  • Vincenzo Federici assure le spectacle. Son dessin expressif donne du poids aux affrontements, malgré certaines pages très chargées.
  • Les huit épisodes s’apprécient davantage avec les volumes annexes. Ouverture & Alliance et TMNT Reborn, tome 6 complètent cette bataille destinée surtout aux lecteurs familiers de la continuité.

Armageddon Game : le grand retour de Tom Waltz

Armageddon Game récompense d’abord les lecteurs qui connaissent les Tortues Ninja version IDW. Tom Waltz revient sur un univers qu’il a contribué à bâtir pendant 100 épisodes. Et forcément, il retrouve ses petits. Le Roi des Rats orchestre une vaste entreprise de destruction du monde, avec plusieurs adversaires historiques dans son jeu. Le maire Baxter Stockman et la démoniaque Madame Null participent à la fête. Krang complète cette association de bienfaiteurs. Face à eux, les Tortues cherchent des renforts, quitte à mettre de côté certaines rancunes (Shredder, je parle de toi). Cependant, le scénario dépasse rapidement la simple réunion de méchants. Il réactive des relations anciennes et donne du poids aux alliances. On sent l’envie de faire converger des années d’histoires. Voilà qui donne de l’épaisseur au conflit, à condition d’avoir lu les épisodes précédents des TMNT.

Shredder dans le camp des Tortues, et ça fonctionne

La présence de Shredder parmi les alliés donne au récit l’une de ses meilleures idées. Bon, pour ceux qui connaissent seulement le dessin animé, il va falloir accepter quelques changements. Oroku Saki accompagne désormais les Tortues et leur transmet un savoir mystique. Pourtant, Tom Waltz conserve l’intérêt de ce rapprochement improbable. Le passé commun empêche de regarder cette collaboration comme une formalité. Avec Leonardo, notamment, le personnage apporte une autre manière d’envisager le combat. Sa relation avec Kitsune nourrit aussi la dimension affective du récit. Ainsi, derrière les enjeux énormes, certaines interactions conservent une échelle humaine. Et heureusement, car une apocalypse devient vite abstraite quand personne ne semble avoir quelque chose à perdre. Ici, les liens entre personnages donnent une raison de suivre la bataille jusqu’au bout.

Une aventure cosmique qui prend de la place

Le changement d’échelle donne à l’album une énergie réjouissante, mais provoque aussi quelques détours encombrants. Leonardo et Michelangelo participent à la recherche d’alliés au-delà de notre monde. Raphael, lui, doit composer avec Old Hob et un passif pour le moins chargé. On croise les Neutrinos, tandis que le Nova Squadron rejoint cette distribution déjà généreuse. Et puis débarque Cudley, cette tête de vache qui voyage entre les dimensions. Oui, une tête de vache. Les comics, parfois, c’est quand même formidable. Tom Waltz assume cette fantaisie et puise dans un univers bien plus vaste que les souvenirs télévisés. En revanche, les déplacements successifs retardent parfois le sentiment d’urgence. À force de chercher les bons renforts, nos héros donnent aussi l’impression de préparer longtemps une fête déjà commencée ailleurs.

Un crossover trop chargé pour ses huit épisodes ?

La profusion constitue le principal défaut d’Armageddon Game. Tom Waltz multiplie les fronts, puis passe rapidement d’un groupe à l’autre. Résultat : certains personnages traversent les pages avant de laisser la place aux suivants. Les Tortues elles-mêmes partagent énormément l’affiche, au risque de perdre momentanément le premier rôle, d’autant plus qu’elles sont longtemps séparées. Pourtant, le scénariste conserve une direction et rapproche progressivement les différentes missions. Le problème vient surtout du temps disponible pour les faire respirer. Plusieurs échanges expliquent les enjeux au lieu de laisser les situations les exprimer. Certains passages paraissent donc un peu chargé. On comprend l’intention, mais on aimerait parfois rester davantage avec un personnage. D’ailleurs, cette abondance crée un curieux paradoxe : le récit bouge beaucoup, alors que sa mise en place peut sembler longue.

Vincenzo Federici assure le spectacle

Vincenzo Federici apporte au spectacle une vraie solidité, et la tâche n’a rien d’une promenade. Il faut distinguer des combattants nombreux dans des environnements très différents. Le dessinateur privilégie des personnages expressifs et donne du poids aux affrontements. Ses découpages accompagnent les mouvements, tandis que les gros plans préservent les réactions au milieu du vacarme. Les couleurs soutiennent cette ambiance souvent sombre, avec parfois des accents plus éclatants. Ainsi, les séquences conservent une énergie commune malgré les changements de décor. En revanche, la densité visuelle finit parfois par fatiguer. Certaines pages gagneraient à desserrer les rangs. Le dessin porte néanmoins le projet avec conviction, surtout quand l’action prend enfin toute la place.

Armageddon Game se lit-il vraiment tout seul ?

Cet album rassemble le cœur du crossover, mais les huit épisodes ne racontent pas seuls toute la bataille. Voilà le point à connaître avant de passer à la caisse. La série régulière développe notamment le conflit autour du Quartier Mutant, qui du coup est moins développé dans Armageddon Game. En parallèle, les récits d’Alliance complètent les trajectoires de plusieurs personnages. Ainsi, certaines transitions semblent rapides lorsqu’on suit uniquement la mini-série. Une situation avance ailleurs, puis le récit principal en reprend les conséquences. Chez HiComics, Ouverture & Alliance et TMNT Reborn, tome 6 : Armageddon Game, début de partie accompagnent donc ce volume. On peut identifier la menace centrale sans tout connaître. Cependant, apprécier chaque dialogue demande davantage de bagage. Pour une première rencontre avec les Tortues Ninja en comics, je conseillerais une entrée moins encombrée, même si l’action ne manque pas.

Un final spectaculaire qui doit régler beaucoup de comptes

La dernière partie retrouve une efficacité bienvenue lorsque les fronts convergent enfin. Après les préparatifs, Tom Waltz peut lâcher les chevaux. Vincenzo Federici accompagne cette accélération avec des affrontements généreux, et le Roi des Rats quitte sa position de manipulateur distant. Surtout, le scénario rappelle que les héros doivent coordonner leurs forces pour espérer gagner. La dimension mystique prend alors une place déterminante dans la résolution. Cependant, cette conclusion doit également solder beaucoup d’intrigues et préparer l’après. Certains développements passent donc vite, alors qu’ils mériteraient davantage d’espace. Le versant politique autour de Baxter Stockman apporte une conséquence concrète au conflit. Malgré tout, le dénouement ne transforme pas chaque fil narratif en grand moment. On referme une aventure ambitieuse, avec quelques frustrations.

Faut-il lire Armageddon Game chez HiComics ?

Armageddon Game offre une réunion généreuse aux amateurs des Tortues Ninja d’IDW. Tom Waltz exploite les liens construits au fil des années, et Vincenzo Federici donne du coffre au spectacle. Shredder apporte aussi un intérêt qui dépasse largement le plaisir des retrouvailles. Mais la distribution déborde, tandis que les albums « annexes » portent une part réelle de l’histoire. Le résultat fonctionne donc mieux comme aboutissement d’un parcours que comme découverte improvisée. Si vous suivez déjà cette continuité, vous trouverez de quoi prolonger le plaisir. En revanche, les curieux risquent de chercher souvent où tout cela commence. Une grosse fête qui réjouira en priorité les habitués.

Armageddon Game est un comics publié par Hi Comics. Il contient : Teenage Mutant Ninja Turtles : Armageddon Game #1-8.




A propos Stéphane 903 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.