Zatanna – Bring Down the house : le spectacle vaut-il le détour ?

Zatanna héroïne de Bring Down the House
Temps de lecture estimée : 6 min.

Chapeau haut de forme, tours de passe-passe et apparitions démoniaques : Zatanna a quelques soucis à régler. Avec Zatanna – Bring Down the house, Urban Comics propose une aventure complète signée Mariko Tamaki et Javier Rodríguez. Au programme, une magicienne qui préfère laisser la magie aux autres. Forcément, ça complique un peu les choses quand le surnaturel débarque sur scène sans prévenir. Faut-il connaître l’héroïne de DC pour suivre cette histoire ? Cette nouvelle version apporte-t-elle quelque chose au personnage ? Surtout, le scénario tient-il la comparaison avec des dessins qui donnent immédiatement envie d’ouvrir l’album ?

Les 5 points essentiels de Zatanna – Bring Down the house

  • Une Zatanna plus vulnérable, qui refuse ses pouvoirs et tranche avec la magicienne sûre d’elle des aventures habituelles.
  • Une relation père-fille au cœur du récit, avec une exploration convaincante de l’emprise familiale.
  • Un scénario touchant mais assez classique, qui insiste parfois trop sur les blocages de l’héroïne.
  • Des dessins éblouissants de Javier Rodríguez, portés par un découpage inventif et des couleurs pleinement narratives.
  • Une aventure complète et accessible, qui privilégie l’émancipation de Zatanna plutôt que les grands affrontements magiques.

Zatanna – Bring Down the house : une magicienne qui veut devenir prestidigitatrice

Mariko Tamaki a eu une excellente idée : prendre Zatanna à rebrousse-poil ! On va mettre de côté la super-héroïne qui lance des sorts et impressionne les collègues de la Justice League. Non, ici, la jeune femme choisit de monter des spectacles de prestidigitation à Las Vegas et s’accommode des lumières de la scène. Ses tours lui suffisent, merci bien. Pourtant, l’apparition d’un démon vient sérieusement contrarier cette petite routine. Difficile de prétendre que tout repose sur des trucages quand le cauchemar met le feu à la salle ! Cette intro décalée m’a accrochée, car on découvre une Zatanna vulnérable, loin de la magicienne propre sur elle. Les habitués en seront pour leur frais. Ceux qui viennent retrouver une Zatanna parfaitement sûre d’elle devront accepter ce pas de côté.

Un père encombrant, même quand il n’occupe pas la scène

La relation avec son père, Zatara, constitue le morceau le plus intéressant du scénario. Mariko Tamaki explore le poids d’un père dont les exigences continuent d’abîmer sa fille. Les retours en arrière éclairent progressivement le refus de Zatanna d’utiliser ses vrais pouvoirs magiques. Car derrière le prestige du grand magicien, l’éducation manque singulièrement de douceur. On comprend alors pourquoi sa fille préfère se faire discrète plutôt que reprendre le flambeau familial. Pas franchement le genre de succession qui donne envie de signer chez le notaire, hein. Surtout, cette emprise donne une dimension concrète au conflit fantastique. Zatanna doit apprendre à décider pour elle-même, alors que les autres prétendent toujours savoir ce qu’elle devrait devenir.

Un parcours touchant, mais un scénario familier

Dans cette histoire d’émancipation, on va dire que l’émotion fonctionne mieux que la pure surprise. Une héroïne refuse ses capacités, affronte son passé et apprend progressivement à prendre sa place. On connaît un peu la musique. Mariko Tamaki nourrit suffisamment ce parcours avec un conflit père/fille pour lui donner du relief. Les souvenirs éclairent les événements présents, tandis que les révélations permettent d’assembler les différentes pièces du puzzle. L’ensemble possède donc une vraie cohérence. En revanche, l’insistance sur le refus de la magie peut donner une impression de répétition. On comprend assez vite l’origine du blocage de Zatanna, avant que finalement elle accepte elle-même de le regarder en face. Le scénario avance, mais son cheminement nous réserve moins de surprises que son habillage.

John Constantine trouve sa place sans voler la vedette

L’arrivée de John Constantine présente un risque évident : voir le célèbre Anglais prendre toute la lumière. Heureusement, Mariko Tamaki lui confie une fonction qui sert le développement de Zatanna. Leur passé commun apporte une intimité bienvenue, avec les complications sentimentales qui accompagnent généralement ce monsieur. On imagine assez mal John Constantine dans une relation parfaitement reposante, de toute façon. Pourtant, cette présence dépasse le simple clin d’œil destiné aux lecteurs de DC. Elle enrichit le portrait d’une femme qui entretient des rapports difficiles avec son propre passé. Surtout, l’héroïne garde la responsabilité de ses choix. Ce dosage juste permet au personnage invité d’exister sans transformer Zatanna en figurante de sa propre histoire.

Javier Rodríguez transforme les planches en tours de magie

Visuellement, Zatanna – Bring Down the house place la barre très haut. Javier Rodríguez (Absolute Martian Manhunter) assure le dessin et les couleurs, avec une maîtrise qui donne sa personnalité à l’album. Son trait reste souple, les expressions nous parlent immédiatement, mais le découpage ose des choses autrement plus folles. Quand le surnaturel déborde, la page elle-même semble perdre ses repères. Des créatures envahissent l’espace et les compositions prennent une tournure franchement psychédélique. Là, pour le coup, le spectacle tient ses promesses ! Pourtant, Javier Rodríguez conserve une lisibilité qui empêche la démonstration de tourner au n’importe-quoi décoratif. Quelques planches mérite qu’on s’y attarde longtemps. Le dessinateur fait ressentir l’étrangeté avant même qu’un dialogue vienne l’expliquer.

Des couleurs qui racontent autant que les dialogues

La mise en couleur participe pleinement à la narration, et ça change tout. Javier Rodríguez distingue les souvenirs du présent par des ambiances qui accompagnent l’état émotionnel des personnages. Les teintes atténuées donnent au passé une distance particulière. À l’inverse, les couleurs plus vives rendent certaines manifestations magiques presque agressives. Les moments d’intimité profitent aussi de cette attention, avec des nuances plus douces autour de Zatanna et John Constantine. Et surtout cette beauté ne neutralise jamais complètement le malaise. Un dessin séduisant peut accueillir une apparition franchement inquiétante quelques cases plus loin. On passe ainsi de l’émerveillement à l’horreur sans avoir l’impression de changer d’album. Cette continuité visuelle donne une vraie unité aux cinq épisodes.

Zatanna – Bring Down the house mérite le détour, avec une réussite graphique qui domine nettement l’ensemble. Javier Rodríguez transforme cette aventure en spectacle de bande dessinée, et ses trouvailles justifient largement la découverte.

Un final fidèle au personnage plutôt qu’à la surenchère

La conclusion privilégie l’aboutissement personnel de Zatanna, ce qui respecte la logique du récit. Mariko Tamaki poursuit jusqu’au bout son travail sur l’autorité paternelle et la confiance en soi. Ceux qui attendent surtout un énorme affrontement magique risquent cependant de rester un peu sur leur faim. Le dénouement cherche une autre satisfaction, liée aux décisions de l’héroïne et à sa manière de trouver enfin sa place. Javier Rodríguez accompagne cette évolution avec une mise en scène qui conserve toute son inventivité. Malgré tout, le message paraît assez balisé. L’émotion dépendra donc beaucoup de votre attachement à cette Zatanna fragilisée. Pour ma part, cette cohérence vaut mieux qu’une accumulation de sortilèges censée faire oublier les enjeux humains.

Zatanna – Bring Down the house : un album à découvrir pour ses dessins

Zatanna – Bring Down the house mérite le détour, avec une réussite graphique qui domine nettement l’ensemble. Javier Rodríguez transforme cette aventure en spectacle de bande dessinée, et ses trouvailles justifient largement la découverte. Mariko Tamaki propose de son côté un portrait sensible, particulièrement convaincant lorsqu’elle explore l’emprise paternelle. Son intrigue suit toutefois un parcours assez classique et revient parfois lourdement sur les mêmes blocages. Le résultat séduira donc surtout les amateurs de fantastique qui apprécient les récits centrés sur les personnages. Inutile de réviser toute l’histoire de la Justice League avant d’entrer dans la salle de spectacle. Vous pouvez simplement prendre place, ouvrir l’album et regarder le dessinateur faire son numéro. Car lui, franchement, connaît ses tours !

Zatanna – Bring Down the house est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Zatanna – Bring Down the house #1-5.




A propos Stéphane 901 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.