Tout ce qui meurt et agonise : peut-on encore vivre avec ceux qu’on a perdus ?

Jack embrassant un zombi sur la couverture du comics Tout ce qui meurt et agonise publié par Urban Comics
Temps de lecture estimée : 5 min.

Un fermier refuse de quitter son mari et leur fille après une apocalypse zombie. Voilà le point de départ de Tout ce qui meurt et agonise, l’album de Tate Brombal et Jacob Phillips publié chez Urban Comics. Que reste-t-il d’une famille quand ses membres sont devenus des morts-vivants ? Cette idée suffit-elle à renouveler le genre jusqu’à la dernière page ?

Les 5 points essentiels de Tout ce qui meurt et agonise

  • Ce récit complet rassemble les cinq épisodes de la mini-série Everything Dead & Dying.
  • Son pitch offre un point de vue étonnant sur l’apocalypse zombie.
  • Jack Chandler nous touche dans son refus de perdre sa famille.
  • L’intrigue emprunte progressivement un chemin plus classique au genre « zombis ».
  • Le dessin de Jacob Phillips rend les souvenirs du héros aussi importants que l’horreur.

Tout ce qui meurt et agonise : une journée presque normale

Jack Chandler se lève, retrouve son mari et leur fille, puis s’occupe de sa ferme. Dans la petite ville de Caverton, le facteur poursuit même sa tournée. Bref, la vie suit son cours. Sauf que les habitants sont morts. Jack partage désormais son quotidien avec leurs corps réanimés, et il fait tout pour préserver leurs anciennes habitudes. Le scénariste Tate Brombal installe cette situation avec une belle économie d’explications. De son côté, le dessinateur Jacob Phillips laisse surgir la vérité au milieu de scènes familiales ordinaires. Une case suffit parfois à faire basculer la tendresse dans l’horreur. Ce début fonctionne sacrément bien, car il nous place au plus près du regard de Jack. On comprend vite que sa routine tient grâce à un effort immense. Reste à savoir combien de temps il pourra la maintenir…

Jack refuse de perdre sa famille une seconde fois

C’est Jack qui donne à l’album sa force. Son mari et leur fille Daisy sont morts, mais ils sont encore là, devant lui. Il peut les voir et continuer à prendre soin d’eux. Alors pourquoi devrait-il leur dire adieu ? Sa situation a quelque chose d’absurde et de profondément douloureux. Pourtant, Tate Brombal ne tourne jamais son personnage en ridicule. Les souvenirs de l’adoption de Daisy et de leur vie commune montrent ce qu’il cherche à sauver. Ils rappellent aussi tout ce que Jack a dû traverser pour construire cette famille. Ses choix deviennent parfois inquiétants, mais son attachement reste compréhensible. C’est là que Tout ce qui meurt et agonise touche le plus : dans cet homme qui s’accroche à ceux qu’il aime, alors que le lecteur voit déjà ce qu’il refuse d’admettre.

Des zombies qui connaissent encore le chemin

Les morts de Caverton continuent à répéter les gestes de leur ancienne vie. Le facteur livre le courrier, tandis que d’autres habitants retrouvent leurs occupations. L’idée est efficace, même si elle n’est pas entièrement neuve. Elle rappelle les zombies de L’Aube des morts-vivants, de George A. Romero, qui poussent mécaniquement leur charriot au centre commercial. Tate Brombal utilise ce vieux ressort pour construire un décor étrange et parfois émouvant. Voir ces corps reprendre leurs habitudes donne l’impression qu’une ville entière refuse de disparaître. Mais cette mécanique soulève aussi des questions auxquelles le récit préfère apporter des réponses simples. Cela ne gâche pas la lecture. Disons que le charme de Caverton repose surtout sur ce que Jack projette sur ses habitants, davantage que sur une nouvelle mythologie zombie.

Quand les survivants arrivent, l’intrigue change de visage

L’arrivée d’un groupe de survivants rompt l’équilibre fragile de Caverton. Ces inconnus voient des zombies et réagissent comme beaucoup de personnages du genre : ils veulent éliminer la menace. À travers Jack, nous les percevons comme des adversaires. Le renversement est malin, car leur comportement possède pourtant sa logique. Qui laisserait des morts-vivants s’approcher en pleine apocalypse ? Ce conflit donne du mouvement au récit et pousse Jack dans ses retranchements. En revanche, il ramène peu à peu Tout ce qui meurt et agonise vers des affrontements plus attendus. Le premier épisode promettait une exploration troublante du quotidien auprès des morts. La suite privilégie davantage l’irruption des vivants, la violence et la défense de la famille. J’ai suivi cette évolution avec intérêt, tout en regrettant un peu l’étrangeté des débuts.

Le dessin de Jacob Phillips garde le cœur du récit en vue

Jacob Phillips sait rendre Jack touchant sans adoucir le monde qui l’entoure. Ses scènes du présent montrent des corps abîmés, de la saleté et des éclats de violence soudains. Les souvenirs offrent des images plus nettes. Ainsi, le passage d’une époque à l’autre traduit le décalage entre la famille que Jack garde en mémoire et celle qui vit encore sous son toit. Le procédé aurait pu devenir appuyé. Il reste lisible et donne du poids aux silences. Jacob Phillips s’intéresse particulièrement aux visages et aux réactions des personnages. On sent leurs émotions avant même que Tate Brombal les formule. L’horreur surgit alors au bon moment, sans effacer Daisy ou son père derrière les effets sanglants. Pour un album de zombies, c’est une qualité précieuse.

Mon avis sur Tout ce qui meurt et agonise

Tout ce qui meurt et agonise démarre avec une idée forte et un personnage que j’ai eu envie de suivre jusqu’au bout. J’aurais aimé que la série conserve plus longtemps son approche intime, plutôt que de rejoindre progressivement les chemins balisés du récit de survivants. Mais ce virage n’enlève rien à la douleur de Jack, ni au talent de Tate Brombal et Jacob Phillips pour la rendre visible. L’album s’adresse donc autant aux amateurs de zombies qu’aux lecteurs sensibles aux histoires de famille. Derrière les morsures et les cadavres, une question demeure : à quel moment aimer quelqu’un signifie-t-il accepter de le laisser partir ?

Tout ce qui meurt et agonise est un comics publié en France par Urban Comics. Il contient : Everything Dead and Dying #1-5




A propos Stéphane 899 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.