Sal Buscema est mort : hommage à l’un des piliers de Marvel

Sal Buscema décès mort
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Sal Buscema est décédé à l’âge de 89 ans, à un jour de son 90e anniversaire. Pour beaucoup de lecteurs, son nom accompagne une immense partie de leurs lectures d’enfance. Incredible Hulk, Captain America, Spectacular Spider-Man, Avengers, ROM ou Thor portent tous sa marque. Derrière cette disparition, une question se pose : comment mesurer l’importance d’un artiste qui a façonné Marvel pendant plus de quarante ans, souvent sans faire de bruit, mais toujours avec une redoutable efficacité ?

Des débuts discrets dans l’ombre de John Buscema

Sal Buscema entre très tôt dans le monde des comics, alors qu’il est encore au lycée. Il débute comme encreur chez Dell Comics, travaillant sur les planches de son frère aîné, John Buscema. Après un passage par l’armée puis par la publicité, il s’éloigne un temps du neuvième art. C’est John Buscema qui le convainc de revenir vers les comics en 1968. Un retour décisif, motivé par une confiance absolue entre deux frères qui partageaient la même vision du dessin.

Silver Surfer, Marvel et une première signature historique

La première histoire Marvel publiée de Sal Buscema reste mythique. Il encre Silver Surfer #4 sur les crayons de John Buscema, un épisode devenu légendaire, notamment pour sa couverture iconique : on y voit le Dieu du Tonnerre affronter le Héraut de Galactus. John Buscema refuse alors que Joe Sinnott encre ses planches, estimant que son style écrase trop le dessin. Il exige son frère, certain que Sal saura respecter chaque trait. Ce choix scelle la place de Sal Buscema chez Marvel, et lance une collaboration entrée depuis dans l’histoire.

De l’encrage au dessin, la naissance d’une machine

Après ses débuts comme encreur, Sal Buscema s’impose rapidement comme dessinateur. Il avoue lui-même avoir été lent au départ, avant de devenir une véritable machine de production. À une époque où tenir trois séries mensuelles relevait presque de la norme, il s’adapte et excelle. Son trait devient clair, narratif, lisible, parfaitement taillé pour la sérialité Marvel. Un style d’artisan, au sens noble, pensé pour raconter avant de briller.

Avengers, X-Men et l’âge d’or des années 70

Sal Buscema devient rapidement incontournable chez Marvel. Il signe Avengers avec Roy Thomas, où il co-crée le Squadron Sinister, prélude au futur Squadron Supreme. Il termine ensuite la première série des X-Men avant de passer sur Namor, Captain America et les Défenseurs. À chaque fois, il apporte une solidité graphique exemplaire. Sal Buscema n’expérimente pas pour impressionner, il construit des pages efficaces, pensées pour le rythme et la clarté, sans compter la puissance.

Captain America et l’arc Secret Empire, un choc politique

Son passage sur Captain America avec Steve Englehart marque durablement les lecteurs. L’arc « L’Empire Secret » révèle que le chef de la conspiration n’est autre que le président des États-Unis, qui se suicide sous les yeux de Steve Rogers. Un moment violent, évidemment politique et profondément marquant. Buscema donne à cet événement une puissance dramatique rare. Steve Rogers abandonne alors son costume pour devenir Nomad, un tournant majeur dans l’histoire du personnage.

Hulk, ROM et le fameux Buscema Punch

S’il fallait une image pour résumer Sal Buscema, ce serait peut-être ses fameux coups de poing hyper puissants ! Sur Incredible Hulk, série qu’il dessine pendant près de dix ans, il perfectionne ce coup dévastateur, lisible, massif, iconique. À côté de Hulk, son travail sur ROM le Chevalier de l’Espace avec Bill Mantlo reste unanimement salué. Deux séries très différentes, mais une même rigueur narrative. Sal Buscema frappe fort, mais toujours juste.

Spectacular Spider-Man, l’autre grande œuvre

À partir de 1986, Sal Buscema encre et dessine lui-même Peter Parker, The Spectacular Spider-Man pendant près de cent numéros. Son association avec J.M. DeMatteis au début des années 90 laisse une empreinte durable. Une approche plus introspective, plus humaine, loin du spectaculaire pur et dur. DeMatteis parlera d’un artiste aussi talentueux qu’humain, un collègue respecté et un homme profondément bienveillant.

Une carrière longue, discrète et profondément respectée

Sal Buscema travaille aussi chez DC Comics dans les années 90 avant de revenir chez Marvel. Il encre Pat Olliffe puis Ron Frenz sur Spider-Girl pendant de longues années. Même semi-retraité, il continue à dessiner, à échanger avec les fans, à transmettre. Souvent loin de la lumière des projecteurs, Sal Buscema restait est resté essentiel sans jamais chercher la lumière.

Ce que Sal Buscema laisse derrière lui

Sal Buscema laisse une œuvre immense et cohérente. Il n’était pas une rock star du dessin, mais un pilier solide et fiable. Un artiste qui a tenu Marvel debout pendant des décennies, numéro après numéro. Marvel Comics perd un géant discret, et les lecteurs, un compagnon de route irremplaçable.




A propos Stéphane 809 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.