Rat City, tome 2 : le Spawn version cyberpunk poursuit son chemin

Spawn Rat City tome 2
Temps de lecture estimée : 6 min.

Avec Rat City, Erica Schultz et Zé Carlos poursuivent leur variation futuriste autour de Spawn. Au programme, un ancien soldat qui voudrait échapper à la violence et des pouvoirs qui compliquent sérieusement l’affaire. Mais ce deuxième tome réussit-il son mélange de cyberpunk et d’horreur ? Peter Cairn gagne-t-il assez d’épaisseur pour nous accrocher ? Malgré quelques longueurs, cette suite commence à montrer ce qu’elle a dans le ventre. Et heureusement, il y a autre chose que des nanites.

Les 5 points essentiels de Rat City, tome 2

  • Un héros attachant : Peter Cairn cherche à retrouver une liberté que son armure menace constamment.
  • Un mélange plus convaincant : les blessures de guerre donnent du sens à l’horreur surnaturelle.
  • Une narration encore lourde : les explications ralentissent certains passages et les enjeux manquent parfois de clarté.
  • Une réalisation graphique solide : Zé Carlos et Jay David Ramos assurent le spectacle sans sacrifier les personnages.
  • Une suite encourageante : Rat City affirme sa personnalité, mais conserve une marge de progression.

Rat City : des pouvoirs qui vous gâchent la vie

Le principal intérêt de Rat City tient à son héros, prisonnier d’une puissance qui devrait pourtant l’aider. Peter Cairn traîne son passé militaire et cherche à échapper à ceux qui veulent contrôler son corps. À ses côtés, Quinlan subit les conséquences d’une contamination par ses nanites. Ces minuscules machines provoquent des visions infernales qui menacent son équilibre mental. Forcément, quand le traitement vous ouvre les portes de l’Enfer, on commence à regretter le bon vieux Doliprane. Erica Schultz installe ainsi une situation où les pouvoirs coûtent cher à leurs bénéficiaires. Cependant, les poursuivants du duo ne leur laissent guère le temps de souffler. Le décor paraît familier, mais cette fuite gagne en intérêt grâce à la vulnérabilité des personnages. Derrière les capacités extraordinaires, on distingue enfin des gens qui essaient de tenir debout.

Un ancien soldat qui voudrait reprendre les commandes

Le conflit entre Peter Cairn et son armure donne à cette suite sa meilleure idée. L’homme voudrait renoncer à tuer, mais son équipement privilégie sa survie. Autant dire que les deux colocataires n’ont pas exactement signé le même bail. Erica Schultz dépasse alors la question habituelle du héros débordé par ses pouvoirs. Peter Cairn a déjà connu une institution qui décidait pour lui : l’armée. Désormais, son propre costume menace de prolonger cette dépossession. Le rapprochement fonctionne, car il donne un poids concret à son désir d’autonomie. Pourtant, la série ne développe pas toujours cette contradiction avec toute la finesse espérée. Les affrontements reprennent parfois le dessus et réduisent momentanément le personnage à ses réactions défensives. Malgré tout, ce décalage entre volonté humaine et instinct de survie entretient une vraie tension. On s’intéresse davantage à ses décisions qu’à la puissance de sa prochaine attaque.

Quand les démons de Rat City rencontrent ceux de la guerre

Rat City devient plus convaincant lorsque le passé militaire éclaire son horreur surnaturelle. Un retour en arrière dans une église brésilienne donne notamment davantage de profondeur à cette rencontre. La confession pose une question simple : comment vivre avec les actes que l’on a commis ? Les ordres passent, mais la conscience reste avec la facture. Erica Schultz trouve ici un lien pertinent entre la culpabilité et l’imagerie infernale de Spawn. Du coup, les démons prennent une autre dimension que celle de monstres à affronter. Ils accompagnent un malaise humain qui rend l’ensemble plus intéressant. Surtout, ces moments permettent au récit de respirer sans diminuer sa tension. La série gagne alors une personnalité que ses seuls éléments cyberpunk ne suffisaient pas à construire. On aimerait qu’elle s’attarde davantage sur cette voie, tant elle y trouve ses passages les plus convaincants.

Le cyberpunk et Spawn font encore chambre à part

Le mélange des genres reste séduisant, mais Erica Schultz peine parfois à en faire un ensemble parfaitement cohérent. Les technologies militaires côtoient les manifestations infernales. Sur le papier, il y a largement de quoi s’amuser. Pourtant, certaines séquences donnent l’impression que chaque registre attend son tour pour intervenir. La science explique un phénomène, puis le surnaturel vient compliquer le dossier. On suit, mais on aimerait sentir plus souvent ces éléments agir ensemble. D’ailleurs, les intentions divergentes des adversaires entretiennent autant l’intérêt qu’une certaine confusion. Entre ceux qui veulent comprendre Peter Cairn et ceux qui veulent le détruire, l’intrigue se charge rapidement. Le problème tient donc surtout à l’articulation des idées. Rat City possède une proposition solide, encore faut-il éviter que ses bonnes intuitions se marchent sur les pieds.

Une intrigue qui explique beaucoup avant de frapper fort

Le rythme constitue la principale réserve de cette lecture, car les explications freinent régulièrement l’urgence. Quinlan lutte pour survivre, les poursuivants approchent, mais le scénario trouve encore le temps de charger les conversations. Bon, les amis, on pourrait peut-être régler la question du danger immédiat avant de reprendre la réunion ? Erica Schultz construit soigneusement son intrigue et cherche à donner des motivations à chacun. Cependant, cette préparation ne produit pas toujours une tension équivalente à la quantité d’informations transmises. À l’inverse, les affrontements accélèrent parfois brutalement le récit. Le drame doit alors se développer au milieu des coups, avec une fluidité variable. Malgré tout, la progression générale apporte un mieux sensible. Les enjeux personnels prennent davantage de place et la dernière partie retrouve de l’élan. La fin relance aussi le mystère avec efficacité, même si elle laisse forcément une petite frustration.

Zé Carlos et Jay David Ramos assurent le spectacle

Le dessin apporte une continuité bienvenue à Rat City, même lorsque la narration cherche son équilibre. Zé Carlos compose des scènes lisibles et organise efficacement les rapports de force. Les personnages occupent l’espace sans disparaître sous une avalanche de détails. Surtout, le dessinateur sait passer d’un échange tendu à une irruption spectaculaire des pouvoirs. Jay David Ramos renforce cette mise en scène grâce aux lumières et aux contrastes. Ses couleurs donnent du volume aux affrontements, tout en installant une chaleur parfois inquiétante. Certaines planches sont particulièrement réussi. Cependant, les visions cauchemardesques n’atteignent pas systématiquement l’intensité attendue. L’identité cyberpunk s’efface également par moments derrière un spectacle plus traditionnellement associé à Spawn. Rien qui gâche le plaisir visuel, mais une limite réelle pour une série qui promet une autre ambiance. L’équipe maîtrise son sujet, même si elle pourrait encore accentuer sa singularité.

Rat City, tome 2 : une suite imparfaite, mais plus incarnée

Au final, Rat City progresse surtout grâce à ses personnages et aux contradictions qui les traversent. Erica Schultz donne davantage de sens aux pouvoirs de Peter Cairn en les rapprochant de son passé militaire. Quinlan contribue également à rappeler que les transformations extraordinaires peuvent laisser des victimes très ordinaires. Cependant, les longueurs persistent et le mélange des genres manque encore de fluidité. Zé Carlos et Jay David Ramos maintiennent heureusement une réalisation graphique solide, avec plusieurs séquences qui font leur effet. On tient donc une suite encourageante, sans avoir encore le sentiment d’une formule pleinement aboutie. Les amateurs de Spawn devraient apprécier cette variation sur la liberté et le contrôle du corps. Pour les lecteurs surtout attirés par le cyberpunk, la proposition reste assez classique. Mais Peter Cairn commence à exister au-delà de son costume. Et c’est bien lui qui donne envie de poursuivre.

Rat City, tome 2 est un comics publié en France par Delcourt. Il contient : Rat City #7-12.




A propos Stéphane 907 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.