En 1990, pendant que Hollywood capitalisait encore sur le choc provoqué par RoboCop, la Toei dégainait sa propre réponse cybernétique : Lady Battle Cop. Le film, aujourd’hui édité chez Roboto Films, revient sur le devant de la scène. Faut-il y voir un simple rip-off opportuniste ou un authentique objet tokusatsu ? Lady Battle Cop possède-t-il une identité propre ou vit-il dans l’ombre de Paul Verhoeven ?
Lady Battle Cop : un faux Robocop ou un vrai produit tokusatsu ?
Impossible d’aborder Lady Battle Cop sans évoquer son modèle américain. Les parallèles sont évidents. Un justicier cybernétique. Une résurrection technologique. Un cartel criminel. Pourtant, Akihisa Okamoto ne copie pas bêtement. Le film puise dans la tradition des Metal Heroes et du tokusatsu. De fait, l’ADN japonais saute aux yeux dès les premières scènes.
La satire politique reste cependant plus timide que chez Paul Verhoeven. Ici, le propos vise surtout le militarisme et l’impuissance des autorités. L’ensemble demeure moins mordant. En revanche, l’approche visuelle compense largement. Lady Battle Cop assume son héritage télévisuel. Elle avance comme une héroïne sortie d’une série sentai passée sous stéroïdes.

Une héroïne badass mais imparfaite
Kaoru n’est pas policière. Elle était championne de tennis avant d’être laissée pour morte. Ce détail paraît anecdotique, pourtant il donne une saveur étrange au film. Le scénario ne développe pas toujours cette idée, mais il lui confère une identité distincte.
L’actrice Azusa Nakamura incarne une cyborg crédible malgré son absence de formation militaire. Son jeu reste parfois rigide, cependant son charisme fonctionne. Le design de l’armure, conçu par Keita Amemiya, impressionne encore aujourd’hui. Talons hauts et boucle d’oreille inclus. Oui, c’est kitsch. Pourtant, l’ensemble a de la gueule. Certaines entrées en scène possèdent un vrai impact visuel.

Amadeus : le méchant improbable qui sauve le film
Lady Battle Cop serait beaucoup plus fade sans le super-vilain Amadeus. Bodybuildé télékinésiste, mi-Hulk mi-anime, il surgit comme un intrus venu d’un autre film. Son interprétation outrancière frôle la parodie. Pourtant, il capte l’attention à chaque apparition.
Ses pouvoirs psychiques donnent lieu à des séquences absurdes et fascinantes. Les gros plans sur son visage déformé rappellent l’animation japonaise des années 80. D’ailleurs, ce décalage participe au charme bis du film. Sans lui, l’ensemble aurait probablement sombré dans l’anonymat.

Lady Battle Cop : un budget limité mais une vraie générosité
Le manque de moyens saute aux yeux. Les câbles sont visibles. Les maquettes explosent de façon artisanale. Certaines incrustations ont mal vieilli. Cependant, la mise en scène reste étonnamment solide. Akihisa Okamoto sait cadrer et dynamiser ses scènes d’action.
Le film ne dépasse pas 1h23. Il va droit au but. Il multiplie les gunfights et les explosions. De fait, on ne s’ennuie jamais. La bande originale pop 90’s peut fatiguer, mais elle participe à l’identité de Lady Battle Cop. Cette sincérité rend le tout attachant.

Un scénario bancal et une progression maladroite
Tout ne fonctionne pas. La montée en puissance des adversaires manque de cohérence. Lady Battle Cop affronte ses ennemis les plus redoutables trop tôt. Ensuite, la tension retombe. Le retour forcé du boss final ressemble à un pansement scénaristique.
Le développement des personnages reste superficiel. Les enjeux émotionnels sont parfois expédiés. En réalité, le film hésite entre blockbuster occidental et tokusatsu pur jus. Cette indécision nuit à sa cohérence globale.
Roboto Films : une édition qui remet Lady Battle Cop en lumière
L’édition Roboto Films propose des bonus appréciables. Making-of, galerie photo et focus sur le film enrichissent l’expérience. L’image demeure perfectible, malheureusement le matériel d’origine limite les miracles. Malgré tout, cette sortie permet de redécouvrir Lady Battle Cop dans de bonnes conditions.
Pour les amateurs de VHS, l’objet possède un charme nostalgique évident. Les fans de comics et de culture pop y trouveront un cousin étrange des adaptations cyberpunk des années 90.

Faut-il voir Lady Battle Cop aujourd’hui ?
Lady Battle Cop ne rivalise pas avec RoboCop. Il n’en a ni la profondeur satirique ni la maîtrise. Pourtant, il dégage un charme indéniable. Le film s’assume comme un divertissement énergique. Il multiplie les idées fun, parfois maladroite mais sincères.
Au final, Lady Battle Cop reste une curiosité attachante. Les amateurs de tokusatsu, de bis japonais et de culture cyberpunk y trouveront leur compte. Ceux qui cherchent une œuvre subtile passeront leur chemin. Mais si vous avez grandi avec les comics des années 90 et les vidéoclubs, vous risquez de ressortir avec un sourire coupable.
