Shadowman : Soul Eaters, le retour horrifique de Shadowman tient-il ses promesses ?

Jack Bonniface, le héros de Shadowman Soul Eaters un comics Valiant publié par Bliss Editions
Temps de lecture estimée : 6 min.

Avec Shadowman : Soul Eaters, Valiant ramène Jack Boniface vers ce qu’il fait de mieux : affronter des horreurs venues du Deadside. AJ Ampadu y convoque Maître Darque, une nouvelle Pie et plusieurs alliés familiers. Cette mini-série constitue-t-elle un bon point d’entrée ? Son lien avec Résurgence pèse-t-il sur la lecture ? Enfin, les récits de Tales from the DeadSide enrichissent-ils vraiment l’album ? La réponse se révèle contrastée. Le scénariste comprend l’univers de Shadowman et place l’amour au cœur du conflit. Pourtant, son récit trébuche parfois sur des dialogues raides et une narration trop explicative. Quant au dessin de Sergio Monjes, il manque souvent de précision pour donner toute sa force au cauchemar.

5 points essentiels sur Shadowman : Soul Eaters

  • Un récit horrifique accessible, malgré quelques liens avec Résurgence.
  • Une intrigue centrée sur Jack Boniface et Alyssa Myles.
  • Un début efficace, suivi d’un troisième épisode beaucoup plus laborieux.
  • Des dessins souvent trop brouillons pour soutenir les scènes d’action.
  • Une anthologie Tales from the DeadSide plus variée et surprenante.

Shadowman : Soul Eaters #1, un retour efficace aux fondamentaux

AJ Ampadu ouvre Shadowman : Soul Eaters avec une scène d’horreur simple, mais efficace. Dans un cimetière de La Nouvelle-Orléans, une créature vole des âmes pour façonner des golems. Le scénariste retrouve ainsi les ingrédients essentiels du personnage : magie vaudoue, morts agités et menace venue du Deadside. Surtout, il réinstalle rapidement Jack Boniface, Alyssa Myles et les Acolytes sans transformer leurs retrouvailles en cours d’histoire. L’intimité entre Jack et Alyssa apporte même une chaleur bienvenue. Pourtant, cette accalmie cache déjà le vrai danger. La révélation finale sur l’identité de la nouvelle Pie fonctionne très bien et donne une dimension personnelle au conflit. En revanche, Sergio Monjes peine à installer une véritable atmosphère. Ses cadrages restent lisibles, mais son trait manque de finition et de régularité. Malgré tout, ce premier épisode donne immédiatement envie de poursuivre.

Shadowman : Soul Eaters #2, beaucoup d’action mais peu de surprises

Le deuxième épisode prolonge presque entièrement la bataille engagée dans le cimetière. AJ Ampadu profite de courts retours en arrière pour expliquer comment Maître Darque a manipulé Alyssa. Cette précision compte, car elle évite de transformer la jeune femme en simple traîtresse. Jack affronte donc la nouvelle Pie. Son identité nourrit la tension bien mieux que l’armée de golems lancée contre les Acolytes. L’affrontement paraît dangereux et les héros restent constamment dominés. Pourtant, le récit avance peu. Chaque sort entraîne une riposte, puis une nouvelle attaque relance la mécanique. L’arrivée de Perséphone brise heureusement cette répétition et rappelle la puissance des forces en présence. Le lien avec Résurgence demeure cependant très discret. On peut donc lire Shadowman : Soul Eaters sans connaître cet événement Valiant.

Shadowman : Soul Eaters #3, une expédition dans le Soulside qui tourne à vide

Le troisième chapitre devait ouvrir le récit vers un territoire plus étrange. Jack traverse le Soulside afin de retrouver Sandria Darque, seule alliée capable de solutionner le problème de la Pie. Sur le papier, l’idée possède tout ce qu’il faut pour produire un grand épisode de dark fantasy. L’entrée en matière surprend même avec un démon occupé à dévorer Shadowman. Sergio Monjes imagine ensuite des visions macabres, avec les membres de Jack remplacés par des appendices d’insecte. Malheureusement, AJ Ampadu étouffe vite ces trouvailles sous les explications. Les personnages décrivent le plan, détaillent les règles et commentent chaque étape. Leur dialogue ressemble alors davantage à une notice qu’à une conversation. De plus, la rencontre avec Sandria s’étire sans faire monter la tension. Le récit relie correctement ses éléments, mais il oublie de leur donner du relief. Même le voyage paraît presque trop facile. Cet épisode forme donc le vrai creux de Shadowman : Soul Eaters, d’autant que le dessin reste raide et souvent brouillon.

Shadowman : Soul Eaters #4, une conclusion sauvée par le sacrifice

AJ Ampadu retrouve heureusement son sujet dans le dernier épisode. Pour sauver ses proches, Jack doit accepter une solution atroce : tuer la femme qu’il aime ou détruire l’amour qui les unit. Le choix donne enfin un poids émotionnel aux nombreuses explications magiques. Shadowman avance sans certitude, mais il accepte le sacrifice personnel. Cette force tranquille correspond parfaitement au personnage. La bataille finale dans le Deadside apporte aussi un rythme plus équilibré. L’exposition soutient l’action au lieu de la ralentir. De plus, une troisième solution évite au récit de sombrer dans une conclusion trop prévisible. Elle offre à une alliée une évolution intéressante et installe un nouveau statu quo. Malgré tout, Sergio Monjes montre encore ses limites dès que l’action s’élargit. Les plans rapprochés fonctionnent mieux, tandis que les grandes compositions deviennent confuses. Au final, cette conclusion ne transforme pas la mini-série en réussite majeure. Elle lui permet néanmoins de se terminer sur une note cohérente et satisfaisante.

Tales from the DeadSide, trois histoires pour élargir le cauchemar

Inséré entre les épisodes 3 et 4, Tales from the DeadSide complète intelligemment la mini-série avec trois histoires écrites par AJ Ampadu. La première reprend le vieux motif du pacte infernal. Le récit reste assez prévisible, mais son efficacité évoque les contes cruels des anthologies horrifiques. La seconde histoire se montre plus généreux. Docteur Mirage et Punk Mambo traversent l’enfer sur les traces de Hwen, tout en affrontant l’inquiétant Mr. Coffinmouth. Leur complicité dynamise l’aventure, même si le récit poursuit une intrigue commencée ailleurs. Enfin, la dernière histoire explore le passé de Jaunty et fait intervenir un ancêtre du Shadowman. C’est probablement le segment le plus touchant du trio. Sebastian Cabrol, Zulema Scotto Lavina et Jules Mamone apportent aussi des sensibilités graphiques différentes. Cette variété convient parfaitement au format. D’ailleurs, ces récits laissent davantage de place à l’étrange que la mini-série principale. L’anthologie enrichit donc le Deadside sans exiger une connaissance encyclopédique de Valiant.

Le dessin de Sergio Monjes affaiblit l’horreur

Le principal problème de Shadowman : Soul Eaters reste sa partie graphique. Sergio Monjes sait composer une page et rendre lisibles les échanges calmes. Certains visages expriment même correctement la fatigue ou l’inquiétude. Pourtant, son trait lâche dessert les scènes qui devraient impressionner. Les golems se fondent parfois dans les décors et les affrontements perdent en puissance. Le défaut devient plus visible dans le Deadside, lorsque les monstres et la magie envahissent les planches. Ce monde devrait paraître inquiétant, immense et imprévisible. Or, plusieurs cases donnent plutôt l’impression d’une esquisse encore inachevée. La couleur n’arrange pas toujours les choses. Les tons boueux créent une ambiance, mais ils brouillent également notre perception des atmosphères. En revanche, les changements d’artistes dans Tales from the DeadSide apportent un souffle appréciable. Le lecteur découvre alors des visions plus variées de l’horreur. Ce contraste souligne malheureusement les limites visuelles de la série principale.

Faut-il lire Shadowman : Soul Eaters ?

Shadowman : Soul Eaters possède de bonnes idées et comprend bien Jack Boniface. AJ Ampadu replace l’horreur, Maître Darque et le Deadside au premier plan. Surtout, il construit son récit autour de la relation entre Jack et Alyssa. Cette dimension intime donne du sens au combat final. Pourtant, la mini-série souffre d’un troisième épisode pesant et de dessins trop irréguliers. Son statut de récit lié à Résurgence relève aussi davantage de l’étiquette que de la nécessité : Soul Eaters peut se lire en unitaire sans trop de problème. Les nouveaux lecteurs peuvent donc entrer sans crainte, même si certains personnages secondaires demandent un petit temps d’adaptation. En revanche, les amateurs de Shadowman apprécieront les références et le retour de Sandria Darque. Tales from the DeadSide améliore clairement l’ensemble grâce à son format plus libre. L’album n’est donc pas indispensable, mais il offre une aventure horrifique honnête. Dommage que sa réalisation graphique ne soit pas à la hauteur de ses ambitions. Et pour rappel, comme l’explique ci-dessous l’éditeur, n’hésitez pas à commander cet album directement auprès de la boutique en ligne de l’éditeur.

Shadowman : Soul Eaters est un comics publié en France par Bliss Editions. Il contient : Shadowman : Soul Eaters #1-4 et Shadowman and Punk Mambo: Tales from the Deadside #1.




A propos Stéphane 895 Articles
Stéphane Le Troëdec est spécialiste des comics, traducteur et conférencier. En 2015, il s'occupe de la rubrique BD du Salon Littéraire. Ses autres hobbys sont le cinéma fantastique et les jeux. Enfin, et c'est le plus important : son chiffre porte-bonheur est le cinq, sa couleur préférée le bleu, et il n’aime pas les chats.